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Pourquoi le business britannique aime l'austérité

Eric Albert, à Londres

Publié le 07 avril 2011 à 12:34 - Mis à jour le 07 avril 2011 à 12:45

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Les entreprises britanniques, lors de la conférence annuelle de la chambre de commerce, ne se plaignent pas des coupes budgétaires, l'exemple du Portugal servant de repoussoir. En revanche, elles se plaignent des lourdes réglementations qui pèsent sur elles.

Maso, les entreprises britanniques ? A en croire le ton général lors de la conférence annuelle de la chambre de commerce britannique (BCC) à Londres ce jeudi, elles accueillent généralement bien l'austérité, qui entre actuellement en vigueur dans le pays. « Ce ne sont pas des coupes sauvages, comme je l'entends souvent, estime David Frost, le directeur général de la BCC. Les entreprises ont dû faire des économies beaucoup plus fortes pendant la crise. »
Pas de quoi sauter de joie, bien sûr. Les PME en particulier, bien représentées par la BCC, sont encore très incertaines, et marchent sur des ?ufs. Mais dans l'ensemble, les coupes budgétaires sont applaudies. « Purement pour mon entreprise, c'est plutôt une bonne chose », estime Steve Porter, qui dirige un groupe de transports de marchandises.

Même s'il ajoute immédiatement : « ce que je crains, c'est que les coupes enfoncent les plus pauvres. Socialement, j'ai donc des réserves. Mais d'un point de vue business, c'est une bonne chose. »
Sandy Needham, qui dirige la chambre de commerce de Bradford (nord de l'Angleterre) résume la même chose : « après chaque budget, je reçois d'habitude des dizaines de coups de téléphone de chefs d'entreprise qui sont très agacés. Mais pour le budget 2011 (présenté le mois dernier), ce n'est pas arrivé, pour la première fois. »

En gros, l'argument des entreprises est le suivant : le secteur public était de toute façon trop gros, après 13 ans d'investissements dans l'Etat par les travaillistes ; et surtout, les exemples de la Grèce, de l'Irlande et désormais du Portugal prouvent que la rigueur était nécessaire. George Osborne, le chancelier britannique, l'a encore rappelé ce jeudi : « la Grèce et le Portugal ont un déficit inférieur au nôtre. » Sans une action très forte, les marchés auraient pu se retourner contre le Royaume-Uni. Le taux d'intérêt payé par le pays sur le marché obligataire aurait alors été très élevé, alors qu'il est actuellement autour de 3,7%, proche du niveau de l'Allemagne. Pour les entreprises, l'impact aurait été pire.

A cet argument macro-économique s'ajoute de nouvelles aides spécifiques pour les entreprises. Afin de conserver la croissance pendant la rigueur, le gouvernement britannique a réduit l'impôt sur les sociétés de 28% à 26% dès cette année, puis à 23% d'ici trois ans. Il a aussi créé des zones franches pour les entreprises dans une dizaine de régions.

La confiance des entreprises britanniques est importante. Si personne ne doute que l'impact social de l'austérité sera violent, la question est de savoir si la croissance en sera étouffée ou pas. Si les entreprises pensent que ce ne sera pas le cas, le gouvernement de David Cameron a une chance de réussir son pari, à savoir que le secteur privé prendra la relève quand le secteur public se retirera.

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Alors, heureuses, les entreprises britanniques ? Pas vraiment. Mais à les en croire, le problème est avant tout le poids de la régulation qui pèse sur elles. Vu de France, le Royaume-Uni a la réputation d'être administrativement très légère. La réalité n'est pas si simple. En particulier, les entreprises s'attaquent toutes au régime très lourd qui pèse sur les permis de construire, y compris pour simplement rénover un magasin.

« Le régime des permis de construire change d'une ville à l'autre, et prend très longtemps », se plaint Ken McMeikan, directeur de la chaîne de boulangeries Greggs. Il en sait quelque chose : il a 1500 magasins dans le pays et en ouvre un nouveau par semaine actuellement. Il raconte comment chaque ville a un formulaire différent, des demandes fluctuantes et des critères difficilement lisibles. Quant à la durée requise pour obtenir un permis, elle est très longue, avec trois mois en moyenne pour autoriser un nouveau magasin. Tout le monde s'en plaint, des grandes entreprises comme Alstom et EDF jusqu'aux petits commerçants : « nous avons récemment dû gérer l'appel d'une décision qui nous autorisait à mettre des décorations lumineuses dans une de nos vitrines, explique Ken McMeikan. La décoration était déjà en place, mais l'appel a duré six mois. Ca n'a pas de sens. "

La deuxième colère des entreprises britanniques se dirige contre le système éducatif. Toutes répètent que les apprentis sont rarement au niveau requis. Et que le système d'aide aux apprentis est complexe et peu efficace. « C'est un vrai problème », se plaint Elizabeth Fothergill, directrice de Pennine Healthcare, une entreprise qui fabrique des lits médicaux.

Eric Albert, à Londres

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