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OpinionsEuromed

L'an I de la Tunisie, c'est maintenant !

Photo de Alfred Mignot

Alfred Mignot

Publié le 02 décembre 2014 à 06:26 - Mis à jour le 08 décembre 2014 à 14:22

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Tout commence à nouveau pour la Tunisie qui vient de réussir sa transition démocratique. Mais il lui faut encore accomplir des réformes difficiles, afin de redresser son économie. Jusqu'où l'Europe pourra-t-elle l'aider ?

Béji Caïd Essebsi ou Moncef Marzouki ? À l'heure où nous écrivons, l'issue du second tour de l'élection présidentielle, le 21 décembre, reste bien sûr inconnue. Les Tunisiens peuvent cependant déjà se féliciter d'être les seuls à avoir accompli leur transition démocratique, concrétisée par des élections libres, pour la première fois de leur histoire, et quatre ans presque après leur insurrection de janvier 2011, qui a déclenché la vague du « printemps arabe ». Ce succès leur vaut moult félicitations et une considération exprimées par de nombreux pays à travers le monde, et il leur appartient désormais de construire leur avenir... en relevant leur économie.

L'urgence des réformes sur le front économique

Logiquement délaissé ces dernières années du fait de l'emprise des préoccupations politiques, le front économique sera l'urgence à laquelle devra s'atteler le futur gouvernement. Il aura la pleine légitimité pour déployer le processus de réformes commencé par le gouvernement provisoire de Mehdi Jomaa (installé le 29 janvier 2014), un gouvernement « de compétences » et de « service national » salué notamment par Philippe de Fontaine Vive, le vice-président de la BEI et « patron » de la Facilité euroméditerranéenne d'investissement et de partenariat (Femip), qui, en septembre dernier, qualifiait de « très courageuse la stratégie de réformes engagée ».

C'est en effet un chantier immense de réformes qui attend les nouveaux dirigeants, comme l'évoquent notamment la présidente de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat (Utica), Ouided Bouchamaoui, et Radhi Meddeb. Dans une tribune libre publiée en septembre dernier sur Latribune.fr, l'économiste et entrepreneur tunisien, président de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed, Paris), dresse l'impressionnant catalogue des réformes de toutes sortes dont le pays a selon lui besoin - et dans l'urgence : la restauration des grands équilibres macroéconomiques.

« L'État tunisien aura vu son budget augmenter de plus de 60 % en moins de quatre ans, alors que le PIB n'augmentait sur la même période que de moins de 5 % ! », relève-t-il ; la réforme d'une administration « pléthorique, plombée par les recrutements partisans » ; la restructuration des entreprises publiques ; la réforme fiscale et du secteur financier ; la réforme de la caisse générale de compensation, qui « absorbe 20 % du budget de l'État, ce qui est devenu insoutenable » ; la rationalisation des importations pour combler « un déficit commercial largement approfondi durant les quatre dernières années, avec un taux de couverture passé de près de 80 % à presque 60 % » ; la restructuration d'un secteur touristique « stratégique, contribuant pour plus de 7 % au PIB, à 12,5 % de l'emploi et à 10 % de la balance des paiements, mais malade de longue date » ; etc.

L'Europe peut-elle faire plus?

Sur la question cette fois du partenariat avec l'Europe, parfois contesté en Tunisie, Radhi Meddeb considère que depuis novembre 2012, date de l'accession par la Tunisie au statut de partenaire privilégié de l'Union européenne, « nous avons perdu un temps précieux, tout reste à faire. Il est urgent de donner un véritable contenu à cet accord sur la voie de l'engagement des réformes et de l'adoption des standards techniques européens. Cela pourrait être notre vrai passeport vers la modernité, la compétitivité de notre tissu économique et financier, le relèvement du niveau de notre système de formation, d'éducation et de santé. »

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Côté européen, dès le 20 janvier 2011, quelques jours seulement après le soulèvement démocratique, la BEI publiait un communiqué par lequel elle affirmait se tenir « à la disposition de la Tunisie, au service de ses priorités économiques et sociales ». Dès le 2 mars suivant, Philippe de Fontaine Vive se rendit à la rencontre des nouvelles autorités, déclarant : « Je suis venu à Tunis pour écouter les Tunisiens et les accompagner dans leur transition démocratique. Notre action est d'envergure, centrée sur la croissance économique et la création d'emplois. »

Concrètement, cet engagement fort de la Banque européenne d'investissement se sera traduit, de janvier 2011 à ce jour, par des financements supplémentaires de plus de 1 milliard d'euros pour la mise en oeuvre de projets nouveaux dans des secteurs tels que l'énergie, les PME, les infrastructures, l'éducation et le logement social.

On ne saurait considérer que c'est peu, la BEI-Femip s'impliquant plus que toute autre institution, puisqu'elle est le principal financeur de la Tunisie. Mais est-ce assez ? À considérer le point de vue de la « patronne des patrons » tunisiens, c'est 1 milliard d'euros supplémentaires qu'il faudrait chaque année à la Tunisie, pendant dix ans, pour s'extraire de la précarité et s'engager fermement vers l'émergence. «Une ambition à la portée de nos partenaires internationaux, Européens d'abord», dit-elle...

L'alliance numérique,
une coproduction réussie

Dix milliards... c'est précisément ce qu'évoquait dès le 18 janvier 2011 Radhi Meddeb, devant le comité de parrainage politique de l'Ipemed : «Il nous suffira de 10 à 15 milliards d'euros pour construire la Tunisie de demain!», affirmait-il. Quelques jours plus tard, le professeur économiste-géographe Pierre Beckouche (Sorbonne) allait plus loin, préconisant que «la Tunisie pourrait être le laboratoire d'une première adhésion d'un pays arabe à l'Union européenne!»

Malgré les félicitations et déclarations officielles - «L'UE est prête à continuer à soutenir la Tunisie dans ses efforts vers la stabilité et le développement économique et social du pays», déclarait dès le soir du premier tour présidentiel Federica Mogherini, haute représentante à l'action extérieure de l'UE - on doute que l'Europe soit prête à aller aussi loin, tant elle est préoccupée par sa propre crise.

Reste que certaines initiatives bien concrètes sont porteuses d'avenir. C'est le cas de l'Alliance numérique franco-tunisienne. Lancée en octobre 2012, « cette expérience gagnant-gagnant permet à des entreprises de nos deux pays d'être plus compétitives et d'aller ensemble sur des marchés plus larges que leurs propres marchés d'origine. Cela marche très bien », se félicite Ouided Bouchamaoui. De fait, l'objectif initial d'aboutir à moyen terme à 50 partenariats sera dépassé. Un bel exemple de coproduction que la présidente de l'Utica voudrait bien élargir : «Notre ambition est d'aller au-delà du numérique, de faire cela dans le textile, dans l'agroalimentaire, dans la mécanique, dans l'aéronautique, dans l'éducation, dans la santé et dans bien d'autres secteurs encore», s'enthousiasme-t-elle.

Alfred Mignot

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