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OpinionsGénération deuxième gauche

Election présidentielle, les conditions historiques du succès

Photo de Pierre-Yves Cossé

Pierre-Yves Cossé

Publié le 01 décembre 2014 à 08:56 - Mis à jour le 01 décembre 2014 à 13:38

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La précampagne en vue de l'élection présidentielle est lancée. Au vu de l'histoire, à quelles conditions un candidat peut-il prétendre remporter ce scrutin? par Pierre Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Depuis le « retour » de Nicolas Sarkozy, la précampagne de l'élection présidentielle est ouverte, au moins pour les médias. C'est déplorable, car le débat va davantage porter sur les tactiques, les manœuvres d'appareil et les « petites phrases » que sur les problèmes urgents du pays.
Cela dit, quelques rappels tirés du passé peuvent éclairer cette précampagne et expliciter les conditions à remplir pour réussir ce marathon.

Ne penser qu'à ça

En préalable, une conviction. Le « bon » candidat est celui qui ne pense qu'à ça, à toute heure du jour, et qui croit à son étoile. Parfois, il est le seul ou presque. Qui misait sur la candidature de François Hollande lorsqu'il voulait se mesurer à DSK dans des primaires, sinon lui ? Le degré d'engagement personnel pèse dans le combat. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy est un « bon » candidat.
D'autres éléments sont moins subjectifs et plus mesurables.
Les popularités comparées ne sont guère significatives pour une échéance aussi éloignée. Elles vont varier fortement dans le temps et en fonction des circonstances ; au dire des sondages, VGE était réélu sans conteste début 1981 et Edouard Balladur élu début 1995. Il faut que le mouvement soit stable ou croissant dans la durée pour que la victoire du « chéri » des sondages apparaisse probable.

Disposer de l'appareil d'un grand parti

Les qualités d'acteurs, notamment à la télévision, jouent mais sont rarement décisives, s'agissant de candidats professionnels ayant appris les règles du spectacle télévisé. Nous ne sommes plus en 1965, lorsque François Mitterrand faisait peur à la télévision. Tous les «grands » candidats sauront jouer des médias. Des prestations réussies ont surtout pour effet de mobiliser les partisans.

En revanche, le fait de disposer de l'appareil d'un grand parti est une exigence pratiquement incontournable. Il faut que la candidature soit relayée sur tout le territoire par les notables et les militants sous des formes variées (réunions, tracts...).  Ceux-ci se battent pour leur avenir politique, voire professionnel (quoique certains peuvent craindre des retombées négatives en cas d'échec de leur président) Raymond Barre ne disposait pas d'une telle base, l'appareil UDF étant faible et peu structuré. François Bayrou, non plus. Ils ont échoué.

La question des élections locales

Les succès aux élections locales précèdent généralement le succès aux présidentielles. Ce fut le cas pour le PS en 1981. Cela jouera en faveur de la droite en 2017, après la défaite socialiste aux municipales et celles annoncées pour les départements et les régions.
Pour Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, le problème est de savoir qui contrôlera l'appareil de l'UMP, dont la mobilisation sera un élément décisif. Celui qui ferait scission et jouerait sur l'éclatement du parti prendrait un risque considérable. Le précédent Chirac/ Balladur montre que toutes les hypothèses peuvent être envisagées. Il faut des adversaires faibles pour prendre le risque de la division. Or Marine Le Pen est bien placée pour être présente au second tour.

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Limiter le nombre de candidats au premier tour

La limitation du nombre de candidats au premier tour appartenant à sa famille politique est une autre condition du succès.
N'oublions pas que dans un système politique rigide peu capable de faire émerger de nouvelles têtes, le premier tour des présidentielles est le moyen de se faire connaître, comme Arlette Laguiller. De nombreux candidats aspirent seulement à la notoriété.
En 2002, Jacques Chirac, président sortant, a réalisé un score médiocre au premier tour (20%) mais supérieur à celui de Lionel Jospin (17%) qui fait beaucoup moins qu'en 1995 ; la multiplicité des candidatures de gauche, notamment celles de Taubira, Chevènement et Mamère, a étouffé celle du PS. En 2017, la multiplicité des candidats est probable à gauche (Ecologie/ Verts) et à droite si N Sarkozy est candidat, du fait des passions qu'il suscite. Au contraire, A Juppé obtiendrait plus facilement le ralliement du centre et des divers droite. Il est mieux placé pour remplir cette condition.

Un programme pertinent?

La pertinence du programme est-elle une condition du succès ? Sûrement pas pour le second tour, où la prudence conduit au laconisme. En 1981, F Mitterrand jouant sur la dynamique ne voulait rien dire qui puisse diviser un électorat composite ; il y est parvenu. Les confrontations télévisées pour le second tour sont devenues ennuyeuses, les candidats s'efforçant d'en dire le moins possible.
Pour le premier tour, la situation est plus complexe. Les programmes élaborés au sein des partis politiques sont rarement utilisables car ils visent d'abord la satisfaction des sensibilités internes. Il en sera probablement de même pour 2017. Afficher des valeurs susceptibles de rallier son camp est la première préoccupation; le travail, la responsabilité et la sécurité pour le Sarkozy de 2012, la justice et l'égalité pour François Hollande. Ces affiches doivent être illustrées par des mesures symboliques, comme la taxation des hauts revenus de Hollande- ou le « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy.

Le programme a aussi un volet négatif : écarter du programme ce qui braque son électorat, par exemple les impôts à droite, ou l'allongement de la durée du travail, à gauche. Le programme pour se faire élire n'est en aucun cas le programme du futur gouvernement. Les « catalogues » proposés sont illusoires, ils ne sont pas financés et négligent les contraintes européennes ou mondiales.
Les électeurs et même les candidats en ont pris conscience. Et, nous ne reverrons pas un catalogue de 110 propositions comme celui de F Mitterrand en 1981.
Si dans le passé la pertinence du programme n'a jamais été une condition de succès, il se pourrait qu'il en aille différemment en 2017. La sobriété s'imposera.

Un gouvernement de salut public?

Mettons un instant de côté les conditions habituelles de succès et imaginons un scénario original. La gravité de la crise, la montée du Front National qui propose la fermeture de la France avec la sortie de l'euro, et le risque d'abstentions massives, incitent à inventer un type nouveau de programme, centré sur un gouvernement de salut public, qui serait pour une fois conçu pour être appliqué. Bien sûr, seuls des événements graves, comme l'impossibilité de faire face aux échéances de la dette, des tensions sociales compromettant l'unité nationale, la plausibilité d'une victoire de Marine Le Pen peuvent conduire un candidat à la dramatisation et à l'énoncé d'un ensemble de mesures cohérentes, dont le contenu n'est nullement évident, contrairement à ce qu' affirment de bons esprits.
Nul ne peut dire si dans deux ans la situation sera détériorée au point qu'un candidat soit conduit à proposer l'équivalent de ce que le général de Gaulle a réalisé fin 1958 début 59, au risque de malmener les procédures démocratiques. Nul ne peut dire si ce candidat alliant la lucidité, l'imagination et le courage existe vraiment. Il est des cas- rares- où la situation fait apparaître l'homme capable de répondre à l'événement.

Pierre-Yves Cossé
Novembre 2014

Pierre-Yves Cossé

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