Céline Lazorthes, la "Wonder Woman" de la cagnotte

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Pour Céline Lazorthes, vie professionnelle et vie personnelle se rejoignent souvent, « par nécessité »/ DR
Pour Céline Lazorthes, vie professionnelle et vie personnelle se rejoignent souvent, « par nécessité »/ DR (Crédits : DR)
À 31 ans, la fondatrice de la cagnotte en ligne Leetchi a séduit 1 million d'utilisateurs dans 150 pays et dirige 26 salariés. Business angel, administratrice et conférencière, elle diffuse sa passion d'entreprendre.

Complimentée pour le succès de Leetchi, la start-up qu'elle a fondée seule il y a quatre ans, Céline Lazorthes rosit et baisse le regard.

Et pourtant, elle pourrait s'enorgueillir : sa plate-forme de cagnotte en ligne qui permet de collecter et gérer de l'argent à plusieurs revendique 1 million d'utilisateurs dans 150 pays, avec une déclinaison professionnelle, Mango Pay, en sept devises. À 31 ans, elle dirige une équipe de 26 personnes basée à Paris et au Luxembourg.

Et elle a levé 5,5 millions d'euros auprès des pointures du secteur : Oleg Tscheltzoff (PDG de Fotolia), Xavier Niel (Kima Ventures), Jérémie Berrebi (Net2one), Patrick Chassany (ex-Amen), puis des fonds IdInvest Partners et 360 Capital Partners. Mais Céline Lazorthes garde la tête froide.

« Pour pérenniser une start-up, il faut une attention constante et beaucoup de travail. Ce n'est jamais gagné d'avance. »

Cette rigueur dans l'exécution de son projet est appréciée par Catherine Barba, pionnière du Web qui siège à son conseil d'administration :

« Céline a toutes les qualités de l'entrepreneur : énergique, déterminée et "focusée" tout en restant à l'écoute. Elle est très ambitieuse et très humble. C'est une femme de coeur d'une grande générosité, et qui sait s'entourer. Il faudrait la cloner... et ainsi la France sortirait du marasme ! » s'enthousiasme l'organisatrice de la Journée de la femme digitale.

Enfant, cette native de Toulouse rêvait de « devenir Wonder Woman pour sauver le monde »

« J'ai eu du mal à trouver les études qui me convenaient vraiment », se souvient Céline Lazorthes.

Attirée par le Web, elle a commencé une formation à l'Epita qu'elle a quittée deux ans plus tard, ne voulant pas devenir ingénieur informatique. Elle rejoint alors l'Institut Léonard de Vinci pour un DESS Internet et gestion des médias, et enchaîne en parallèle des expériences professionnelles variées (du graphisme à la gestion de projet, en passant par la rédaction d'un discours pour un député des Hauts-de-Seine). Cette brune élancée au caractère affirmé préfère l'action aux études.

Et pourtant, quelques mois après avoir été embauchée par Gilles Babinet chez Eyeka, elle retourne sur les bancs de l'école, à HEC. Elle maîtrise déjà la vente, découverte auprès de sa mère, qui outre ses activités de cardiologue et de directrice médicale dans l'industrie pharmaceutique, gérait un réseau de magasins Benetton.

« Vendre des pulls, ce n'est pas évident. Cette expérience m'a appris l'importance du "geste commercial". »

À HEC, elle s'initie à l'entrepreneuriat et commence à esquisser le futur Leetchi, à l'état embryonnaire. Se souvenant de ses déboires pour collecter le financement d'un week-end d'intégration dans son école, elle est convaincue que de nombreux organisateurs de cagnottes aimeraient remplacer l'habituelle enveloppe par un outil numérique. La plateforme verra le jour neuf mois après le dépôt des statuts et l'afflux des utilisateurs confirme son intuition.

Elle recrute alors les premiers piliers de l'équipe, comme Laure Ménée, au poste clé de directrice technique.

« Je ne connais pas d'autres start-up qui ont une femme CEO et une femme CTO », se félicite Céline Lazorthes, qui milite pour la promotion de l'entrepreneuriat féminin au sein de l'association Girls in Tech, ou en participant comme mentor à l'Incubateur June, un programme de téléréalité diffusé par la chaîne pour jeunes filles.

« En témoignant de mon expérience, je veux donner envie aux femmes de se lancer. Le plafond de verre est surtout psychologique », estime Céline Lazorthes, qui dit n'avoir jamais pâti d'être une femme entrepreneur.

« Au contraire, être une femme m'a donné plus de visibilité dans les médias et auprès des investisseurs. Bien sûr, certains ne m'ont pas prise au sérieux. Mais pendant qu'ils me sous-estimaient, je prenais une longueur d'avance. »

« Céline s'est toujours montrée très mature pour son âge », se souvient Emanuele Levi, associé gérant chez 360 Capital Partners, actionnaire dès les balbutiements de Leetchi.

« Elle anticipe les problématiques de croissance de l'entreprise et elle est capable de prendre des décisions qui paraissent contre-intuitives à un entrepreneur, comme embaucher un collaborateur à un niveau de salaire supérieur au sien. »

« Si l'on veut attirer les meilleurs, c'est normal », assène l'entrepreneure qui se dit parfois « soupe au lait », mais qui considère son équipe comme sa « famille ».

« Elle a su insuffler une âme dans la société. Elle sait être proche des gens sans renoncer à son exigence de qualité dans le travail », explique Romain Mazeries, ami d'enfance et directeur de la branche luxembourgeoise du groupe, Leetchi Corp.

Pour Céline Lazorthes, vie professionnelle et vie personnelle se rejoignent souvent, « par nécessité »

Mais sans amalgame, selon Julien Lazorthes, son frère et ancien stagiaire chez Leetchi. Les chamailleries de fratrie n'ont pas leur place au bureau, et elle oublie d'être patronne quand elle participe à des courses à pied avec ses collègues.

Elle continue de s'inspirer de ses expériences personnelles pour faire grandir Leetchi : alors qu'elle prépare son mariage pour septembre prochain, elle lance une cagnotte spécifique pour proposer une alternative aux traditionnelles listes de mariage.

Déjà, son futur époux participe aux pots hebdomadaires de l'équipe et l'accompagne dans les cocktails de networking.

« Céline est de ces personnes qui, bien que peu volubiles, focalisent l'attention quand elles arrivent quelque part. Son charisme de leader donne envie de la suivre dans tous ses projets », souligne Antoine Vigne, son fiancé.

Et de projets, elle n'en manque pas, pour faire grandir Leetchi, son « bébé qui commence à bien marcher mais qui n'est pas encore autonome ».

Elle aimerait voir son équipe doubler dans les deux prochaines années. Tout en restant la « bonne fée » d'autres entrepreneurs, grâce à ses mandats d'administratrice et ses contributions de business ange.

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>>> MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? : En marge d'une conférence qu'elle donne une fois par semaine à travers l'Europe, pour partager son expertise en business modèles, en levée de fonds, ou faire un point sur le crowdfunding. Ou tout simplement, sur le canapé du salon de Leetchi, à une heure pas trop matinale.

Comment l'aborder : Un sourire. « La conversation débute bien quand les gens sont dans l'échange, sincères et avenants. »

À éviter ! « Ne m'appelez pas Leetchi ! Mon prénom, c'est Céline. Ne perdez pas votre temps en flatteries, et ne m'invitez pas à déjeuner si on ne se connaît pas : dites-moi plutôt de façon concise et directe comment je peux vous aider. »


>>> TIMELINE

  • Décembre 1982 Naissance
  • Mars 2009 Fonde Leetchi
  • 2010-2011 Représente la France au G20 YES de Toronto puis de Nice
  • Mai 2013 Lance Mango Pay avec une licence européenne d'établissement de monnaie électronique Janvier
  • 2014 Lance la cagnotte « Mariage »
  • 2016 À la tête de 50 salariés. Aura peut-être un bébé (un vrai).

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Commentaires
a écrit le 11/01/2015 à 16:41 :
A partir du moment ou Céline ne tire pas un trait sur ses racines ''chocolatines''...
a écrit le 18/07/2014 à 1:27 :
Chère Céline,
Félicitation pour votre réussite.
Pensez-vous qu'il est possible de mener de front un poste de CEO et avoir des enfants?Souhaitez-vous en avoir?
a écrit le 10/03/2014 à 15:53 :
Bidon de chez bidon
a écrit le 10/03/2014 à 12:00 :
a quoi sert se site?
facile d'entreprendre quand on a le soutiens d'une famille millionaire, ça aide pour trouver des fonds, ou passer le cap difficile du demarrage ou pour corriger le tir bref en france rien de nouveau....
Réponse de le 10/03/2014 à 13:02 :
Pour commenter il est souvent préférable de :
1- Se renseigner
2- Réfléchir
3- Exprimer un avis
Rater une de ces trois étapes augmente sensiblement le risque de dire une (grosse) bêtise, regardez "Toto".
Réponse de le 17/03/2014 à 19:24 :
Cher Toto, Cher PM,

Il doit y avoir une incompréhension dans l'article car si mes parents ne sont pas dans le besoin, ils sont loin d'être millionnaire ! J'ai fait des petits boulots depuis l'âge de 14 ans (baby-sitting, vendeuse, ou encore vacataire à la mairie) et payé mes études grâce à un prêt que je rembourse tous les mois ! S'il n'y a pas de mérite à cela, je vous l'accorde, il n'y a pas non plus eu de facilité particulière...
En espérant que ce commentaire vous éclaire.
Céline.
a écrit le 10/03/2014 à 7:05 :
J'ai lu deux fois l'article. J'ai pas compris ce qu'est une cagnotte en ligne.....
a écrit le 08/03/2014 à 15:46 :
Eclairant: une descendante d'une famille dont la rémunération mensuelle se compte en 5 chiffres... Qui a fait une université privée. Qui change de parcours quand elle veut... Vous n'auriez pas autre chose dans la "méritocratie républicaine féminine" ???
Réponse de le 09/03/2014 à 11:41 :
Je la trouve très bien. Et on n'a pas à blâmer l'intelligence de ses parents. Ils payent suffisamment d'impôts pour cela. Une université privée ? Que voulez-vous , le public ne sait pas construire d'offres , il ne connait même pas la demande.
Changer de parcours quand elle veut ? Excellent .
Ce qu'elle fait , c'est quand même mieux que de lire Madame Figaro à une terrasse de café de luxe , don't you think so ?
a écrit le 08/03/2014 à 14:54 :
Encore un site qui aura disparu dans 5 ans...
a écrit le 08/03/2014 à 11:50 :
Vous n'imaginez pas combien Toulouse regorge d'entrepreneurs innovants !! La liste est longue et l'on va s'en apercevoir d'ici quelques années !!

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