Lara Rouyres, entrepreneure "in the city"

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Lara Rouyres, entrepreneure in the city. / DR
Lara Rouyres, entrepreneure "in the city". / DR (Crédits : DR)
À 31 ans, Lara Rouyres vient de cofonder sa deuxième entreprise, Selectionnist, avec Tatiana Jama, son associée dans Dealissime, qu'elles ont vendue à l'américain Living Social. Un nouveau business de femmes, pour des femmes.

Lara Rouyres n'est pas du genre à lever le pied, même avec un ventre rebondi de future maman. À huit mois de grossesse, la dynamique cofondatrice de Selectionnist s'affaire pour développer cette plate-forme qui permet d'acheter les produits vus dans les magazines, qu'elle a lancée au début de l'année avec Tatiana Jama. Contrainte de limiter ses déplacements, elle télétravaille dans son canapé, profitant des jours de congé qui ponctuent les mois de printemps pour étendre le champ de ses connaissances.

« Durant le week-end de Pâques, je me suis plongée dans le fonctionnement d'AdWords, la régie publicitaire de Google. J'adore apprendre, et mon travail est une passion : j'ai du mal à faire autre chose », confie l'entrepreneure, tout sourire.

Et pour cause. En quelques mois d'activité, Selectionnist a déjà séduit une vingtaine de magazines et référence plus de 15.000 produits.

« Notre idée est de faire partager un nouveau modèle économique aux éditeurs de presse. Les journalistes repèrent les tendances, et nous, nous trouvons où ces produits se vendent grâce à une technologie maison, basée sur des travaux de l'Inria. »

Les titres de la presse féminine comme Grazia, Elle, Madame Figaro ou encore Vogue ont déjà rejoint l'aventure, aux côtés de magazines people comme Closer, Gala ou Paris Match.

« Nous allons bientôt ajouter un univers "enfant" avec Family et Milk », révèle Lara Rouyres, qui prévoit de conquérir ensuite la presse masculine et même les journaux d'actualité.

Elle se concentre sur les univers qui l'attirent et qui lui ressemblent

Elle crée des offres pour des femmes comme elle, cible préférée des publicitaires. Lectrice assidue de presse féminine et attirée par le luxe depuis l'enfance, elle se passionne pour les séries télévisées. Comme nombre de filles de sa génération, elle a grandi avec les héroïnes actives, drôles, sexy et décomplexées de Sex and the City.

« D'ailleurs, Dealissime, notre première entreprise, a bien failli s'appeler "Deal in the City", se souvient Tatiana Jama, l'associée de Lara Rouyres.

Lara est très visionnaire sur ce qui va marcher ou pas dans les nouvelles technologies. Depuis six ans que l'on se connaît, je la savais déterminée, très travailleuse, et rassurante car elle ne doute jamais.

Mais ce côté visionnaire, je l'ai découvert récemment, quand nous avons étudié différentes idées de business pour monter une nouvelle entreprise ensemble. »

Ce tandem s'est formé d'abord à HEC où elles suivaient un master dédié aux étudiants en droit, après s'être rencontrées par l'intermédiaire de leurs conjoints respectifs.

Puis toutes deux sont parties travailler dans des cabinets d'avocats, et ont prêté serment au Barreau de Paris. Mais rapidement, Lara Rouyres s'y ennuie.

« Je savais qu'il me faudrait dix ans avant de commencer à m'amuser dans le "business development". Et quand je voyais des figures entrepreneuriales comme Orianne Garcia [la cofondatrice de Caramail, ndlr], je me disais : ça, c'est un job de rêve ! »

« Une véritable "patte" entrepreneuriale »

Dans sa famille, où les générations d'entrepreneurs se succèdent, sa décision de raccrocher sa robe à épitoge n'a pas vraiment surpris.

« Je n'imaginais pas Lara rester salariée très longtemps. Elle a un esprit d'indépendance très fort, elle est entière, tenace, et elle exprime ce qu'elle pense », explique Nellie Rouyres, sa mère, qui a été son premier mentor durant l'été 2009, alors que l'idée de Dealissime a germé.

« Je l'ai encouragée à rédiger un business plan. Puis je l'ai accompagnée dans ses premières démarches commerciales. Elle a rapidement volé de ses propres ailes. »

En effet, après quelques mois à mûrir son idée de plate-forme d'achats groupés pour une clientèle féminine, elle est rejointe par Tatiana Jama, et les deux associées intègrent l'incubateur HEC, dirigé alors par Guilhem Bertholet.

« Vingt-quatre heures après la mise en ligne de la plate-forme, nous étions contactées par un investisseur. Et au bout de 48 heures, par un deuxième. À la fin de la première semaine d'activité, nous avions reçu une proposition de valorisation intéressante pour une première levée de fonds. Nous n'étions pas certaines d'avoir besoin de cet argent. Nous voulions juste faire quelque chose de bien », se souvient Lara.

Ce premier tour de table, de 600.000 euros, auprès d'Oleg Tscheltzoff, Jonathan Benassaya et Simon Istolainen, est finalement conclu en juin 2010.

« Lara sait où elle veut aller. Elle met beaucoup d'elle-même dans ses entreprises. Elle a une véritable "patte" entrepreneuriale », affirme Adrien Nussenbaum, le cofondateur de Mirakl, qui l'a conseillée pour ses opérations financières, notamment en novembre 2010, quand Dealissime entamait des discussions pour lever 3 millions d'euros afin de se déployer en Europe, fort de 150.000 clientes en France.

« C'est alors que l'américain Living Social nous a proposé de nous racheter, se souvient Lara Rouyres. Nous n'avions pas l'idée de vendre, mais devenir la filiale française du numéro 2 du secteur au niveau mondial nous est apparu comme une opportunité à ne pas manquer : c'était comme faire un MBA accéléré. Et effectivement, pendant deux ans après le rachat, on a appris beaucoup, notamment en management et sur la gestion politique au sein d'un groupe. »

Depuis la success story de Dealissime, Lara Rouyres partage son expérience : comme membre du Conseil national du numérique, au sein du Conseil national d'orientation de Bpifrance en charge de l'innovation, comme membre du Conseil scientifique de l'Institut Mines Télécom et en tant que business angel et partenaire de 50 Partners et de Partech Venture. Karine Brana, fondatrice du comparateur de courses en ligne Monsieur Drive, a bénéficié de son accompagnement :

« Lara a mobilisé tout son réseau pour m'aider dans les premiers mois de mon activité, en me mettant en relation en toute simplicité. Elle s'investit à fond sans être dogmatique, avec beaucoup de douceur et une grande qualité d'écoute. »

Lara Rouyres entend s'impliquer encore davantage dans l'écosystème parisien des start-up. Tout en continuant d'entreprendre, quitte à recommencer de zéro à chaque fois. Sans se prendre au sérieux, et toujours avec le sourire.

« Lara et moi partageons le même bureau, et pas mal de fous rires, même dans l'adversité, précise Tatiana Jama. À sa création, Selectionnist était basé dans une chambre de bonne, au quatrième étage sans ascenseur, et avec les toilettes sur le palier... Ces conditions n'étaient pas faciles pour Lara, qui était déjà enceinte. Mais elle en plaisantait : "C'est ça, la vie d'entrepreneur à succès ?" »

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>>> MODE D'EMPLOI

Où le rencontrer ? : « Dans le cadre d'événements sur les start-up. Sinon, contactez-moi via LinkedIn, Twitter ou mail pour prendre un café dans le centre de Paris, de préférence en fin de journée. Je ne suis pas toujours très réactive dans mes réponses, donc n'hésitez pas à me relancer.»

Comment l'aborder :  « Vendez-moi votre rêve ! J'aime les gens qui savent ce qu'ils veulent.»

À éviter ! Les accords de confidentialité. « Il est difficile de travailler avec les adeptes du secret. Signer des clauses de confidentialité n'est pas la meilleure façon d'initier une collaboration de confiance. Et, par ailleurs, sachez que j'ai du mal à m'intéresser au projet d'un entrepreneur qui pense à vendre sa boîte avant de l'avoir créée.»


>>> TIMELINE

  • Décembre 1982 Naissance à Paris.
  • 2005 Termine ses études de droit à Paris X Nanterre et à Panthéon-Assas.
  • 2007 Rencontre Tatiana Jama en master, à HEC.
  • 2009 Cofonde Dealissime au sein de l'incubateur HEC.
  • 2011 Vend Dealissime à Living Social, et codirige Living Social France.
  • 2014 Cofonde Selectionnist.
  • 2016 Lance Selectionnist à l'international, et étend ses activités dans l'écosystème entrepreneurial.

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