François-Joseph Viallon, le "contrôleur d'applications"

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François-Joseph Viallon, fondateur StarDust
François-Joseph Viallon, fondateur StarDust (Crédits : DR)
À 34 ans, le fondateur de StarDust déploie à l'international son activité de test d'applications. Il s'apprête à lancer un label qualité dans ce domaine et à accueillir les premières start-up dans son incubateur.

Les nouveautés, c'est sa routine. Smartphone, tablette, ou encore montre connectée, François-Joseph Viallon achète un nouveau modèle chaque semaine. Non pas que le président de StarDust soit un geek insatiable : il lutte contre l'obsolescence de son outil de production.

Depuis quatre ans, la société qu'il a cofondée à Marseille avec Delphine Guyot-Giler et Guillaume Gimbert a ainsi accumulé plus de 1.800 écrans en tous genres pour tester les applications de ses clients. L'objectif : identifier les bugs de compatibilité qui peuvent apparaître avec certains appareils.

« Nous sommes le "Bureau Veritas" du numérique. Nos clients sont de grands noms du luxe, de la pharmacie, des médias, de la finance, des jeux d'argent et de l'ecommerce, qui peuvent perdre jusqu'à des dizaines de milliers d'euros par jour si leur application ne fonctionne pas sur un terminal particulier », souligne l'entrepreneur de 34 ans, qui prévoit de finir 2014 avec un chiffre d'affaires de 1,4 million d'euros.

Cette année, son équipe a doublé de taille et compte désormais 34 salariés, dont cinq au Canada où il a ouvert sa première filiale, il y a un an. Et ce bon vivant au calme imperturbable prévoit dès l'an prochain d'ouvrir d'autres bureaux à l'étranger : à Lausanne et à Londres.

« Mais d'abord, nous nous implanterons à Lille, où se trouvent les géants de la distribution. »

L'appel du sud

Stéphanois de naissance, « en quête de soleil », il a mis les voiles pour le Sud en 1998, une fois son baccalauréat électrotechnique en poche.

« J'ai choisi de rejoindre l'IUT de Sophia-Antipolis, car à l'époque, c'était là où tout se passait dans le numérique. »

Ces deux années, passées en internat, lui laisseront surtout des souvenirs festifs entre camarades. Lors d'un stage chez Capgemini, il se découvre une fibre commerciale.

« Cette expérience de la relation client a été une révélation. Jusqu'alors je me voyais passer ma vie à coder dans un sous-sol. »

Il poursuit sa collaboration avec Capgemini pendant trois ans, dans le cadre d'une formation en alternance à Marne-La-Vallée, pour devenir ingénieur réseaux diplômé de l'Esipe.

« D'abord, j'ai travaillé pour TDF - qui était alors encore une filiale de France Telecom -à la création de flux pour remonter les informations des journalistes en régions vers la rédaction parisienne. Ce qui m'a donné l'occasion d'assister à l'inauguration de la ligne LGV Paris-Marseille par Jacques Chirac, chef de l'État à l'époque », souligne François-Joseph Viallon, qui aime truffer ses récits d'anecdotes et de détails.

Croquer les sciences du commerce et de la gestion

De retour de Croatie, il pose donc ses valises à Grenoble pour intégrer un mastère spécialisé de l'ESC, travaillant en alternance chez l'équipementier électrique Arnould, filiale de Legrand.

« Nous réalisions toutes les séries de moins de 1.000 pièces, notamment pour l'hôtellerie de luxe. Je me suis aguerri à la stratégie et au business development. Et j'ai mené mon tout premier recrutement : celui du stagiaire qui allait me succéder. »

Bruno Debatisse, DRH France du groupe Legrand, l'encadrait alors :

« François-Joseph se cherchait à cette époque. Il avait le look d'un jeune de 24 ans, et beaucoup à apprendre sur la nature humaine. Et déjà l'envie d'entreprendre. Que de chemin parcouru depuis ! Mais malgré sa réussite, il reste humble. »

Après un bref passage dans une start-up niçoise où « ça n'a pas collé », il est mis en contact avec les fondateurs d'une jeune entreprise marseillaise, Mobile Distillery, par la professeure de l'ESC Grenoble qui encadre sa thèse de mastère et qui a investi dans cette société. Aujourd'hui PDG-fondatrice de Rondol Industrie et administratrice indépendante notamment chez Eurazeo et Arkema, Victoire de Margerie salue la stratégie d'internationalisation de François-Joseph Viallon :

« En général, on s'implante d'abord à New York et en Asie. Mais ne parlant pas le chinois, et ayant des concurrents bien installés sur ce marché, il a préféré s'implanter au Canada. Il a le goût du risque maîtrisé, il est persévérant et il a l'instinct des opportunités : il a vu le potentiel d'une activité à laquelle les autres ne croyaient pas. »

Chez Mobile Distillery, qu'il a rejointe en 2004, François-Joseph Viallon a gravi les échelons, de chef de projet à business développeur, jusqu'à en devenir l'administrateur. En parallèle, il était le trésorier de Paca Mobile Center, une association créée par un consortium d'entreprises du numérique, avec le soutien de la Région Paca, pour mutualiser les coûts d'achats de terminaux mobiles destinés à valider leurs services.

« Mobile Distillery n'a pas su prendre le virage impulsé par l'arrivée de l'iPhone. Et quand la crise est arrivée en septembre 2009, avec 70% des budgets coupés du jour au lendemain, la société s'est trouvée en difficulté. Il aurait fallu suspendre nos activités commerciales pendant six mois pour repenser notre offre mais des fonds venaient d'être levés et il était compliqué d'expliquer aux actionnaires un tel changement d'orientation. Et en tant qu'administrateur, j'ai dû virer mes deux anciens patrons de l'époque, se souvient François-Joseph Viallon. Une alerte a été lancée par le commissaire aux comptes de Mobile Distillery en août 2010. J'ai alors fait une proposition de rachat de l'activité de tests, qui a été rejetée. »

Ce fils d'entrepreneur et petit-fils d'artisan persévère, et acquiert les actifs de Paca Mobile Center fin 2010. Deux mois plus tard, il cofonde StarDust avec d'anciens collègues de Mobile Distillery.

« François-Joseph porte StarDust depuis quatre ans, avec optimisme et un management collégial apprécié. Comme il est insomniaque, nous continuons d'échanger beaucoup malgré le décalage horaire », confie son associée Delphine Guyot-Giler, qui dirige le bureau de StarDust à Montréal.

Père de deux garçons, il veut aider d'autres start-up à grandir, en les accueillant dès juin prochain dans son Appcubateur, un espace où StarDust met à disposition ses terminaux pour leurs tests. François-Joseph Viallon prépare aussi le lancement d'un label international pour certifier les applications. Tout en soignant son réseau. Fin novembre, il a pris part au voyage présidentiel au Canada aux côtés de capitaines d'industrie dont Jean-Yves Le Gall (Cnes), Guillaume Pépy (SNCF), Frédéric Vincent (Nexans) et Yves Guillemot (Ubisoft). De nouvelles connexions à son actif.

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MODE D'EMPLOI

Où la rencontrer ? : Autour d'une table. « J'apprécie les rencontres autour d'un repas, fast-food ou gastronomique. Vous pourrez aussi me rencontrer dans le TGV Marseille-Paris, trajet que j'effectue au minimum une fois par semaine. »

Comment l'aborder ? Parlez usages plutôt que technique. « Rien ne me fait plus vibrer que la conquête du client. Et si vous aimez Marseille, nous aurons un point commun : c'est ma ville de coeur ! »

À éviter ! S'emporter. « Celui qui s'énerve à toujours perdu. Je reste calme en toutes circonstances, et je n'apprécie guère ceux qui s'emportent à tout va. »

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TIMELINE

  • Novembre 1980 Naissance à Saint-Étienne
  • 2000-2004 Missions chez Capgemini, puis Legrand
  • Décembre 2005 Trésorier de l'association Paca Mobile Center
  • 2009 Administrateur de Mobile Distillery
  • Février 2011 Cofonde StarDust
  • Fin 2014 Crée l'Appcubateur, et participe au voyage présidentiel au Canada
  • 2017 StarDust emploie 100 salariés pour son activité de tests

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