Suffragettes, à vos bulletins !

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Olga Trostiansky et Anne Hidalgo
Olga Trostiansky et Anne Hidalgo (Crédits : DR)
Nous entrons dans la ligne droite des élections municipales 2014. Pour la première fois de son histoire, à l’issue des scrutins, une femme sera Maire de Paris. L’association Femmes et Pouvoir organise le 29 novembre l’édition 2013 du Forum national des élues. A J – 5 mois de l’échéance, c’est l’occasion parfaite pour les candidates, têtes de liste et possibles adjointes, en particulier Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet, de présenter leur programme et leur ambition en matière d’égalité femmes-hommes.

Les femmes représentent 52,6 % de l'électorat en France. A cinq mois du scrutin, la parole des femmes est mobilisée et compte bien profiter de ces futures échéances électorales pour se faire entendre. Pas une semaine, où une, voire deux, études énoncent toujours la même vérité. A ceux qui croient encore que l'égalité serait un non-sujet, car soit disant acquise dans les faits, des torrents de données quantifiées déferlent, en France comme dans le monde entier, pour démontrer du contraire. Trop de chiffres brouillent le message ? Laissons aujourd'hui de côté les statistiques, concentrons nous sur les stratégies politiques. Les élections municipales 2014 représentent une formidable occasion pour les partis politiques de promouvoir la parité.

Grâce à un certain nombre de femmes et d'hommes engagés qui ont conduit à la loi sur la parité, toutes les villes vont afficher des listes paritaires. Le cadre législatif désormais contraint les partis politiques. Pour la première fois, les conseillers municipaux des communes de 1 000 habitants et plus (contre 3 500 habitants et plus auparavant) seront élus au scrutin de liste. Cette modification, prévue par les lois organique et ordinaire du 17 mai 2013, est destinée à accroître le nombre de conseillères municipales et d'adjointes au maire.

Comme toujours, en France, Paris est particulièrement sous les feux de la rampe. Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet ont déjà entamé leur marathon électoral. A l'issue des scrutins du 23 et 30 mars prochain, une seule portera les couleurs de Paris à l'issue du scrutin.

Qui sera-t-elle ?  Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet sont données au coude à coude dans les derniers sondages. Avec un léger avantage toutefois à Anne Hidalgo qui est, comme l'écrit notre consœur de Elle, Caroline Laurent-Simon, dans l'édition de, cette semaine, « Le nez dans les dossiers ». La candidate socialiste avance pas à pas, avec détermination et stratégie appliquées. Pour sa liste, elle a tenu les promesses qu'elle avait formulées : c'est à dire réussir à faire monter une jeune génération dans les têtes de liste, lutter contre le cumul des mandats et appliquer la parité à la lettre. Avec 10 candidates pour les 20 arrondissements.

De son côté, Nathalie Kosciusko-Morizet qui a dévoilé ses « chefs de file » après la candidate socialiste, a surenchéri et mise sur onze femmes pour neuf hommes, une moyenne d'âge de 47 ans et un habile patchwork d'élus UMP expérimentés et de visages plus neufs.

La parité sera au cœur des débats dans les cinq mois à venir. Dans ce domaine, Anne Hidalgo possède une carte maîtresse : Olga Trostiansky. Ce n'est pas un hasard si le 18 octobre, la première adjointe de Bernard Delanoé lui a remis l'ordre de chevalier de la légion d'honneur, saluant dans son discours, son courage, la justesse de son combat, la réussite de son mandat et sa ténacité.

Elue conseillère de Paris depuis 1995, dans le Xème arrondissement, adjointe au maire depuis 2008, Olga Trostiansky, chargée de la solidarité, de la famille et de la lutte contre l'exclusion est la référente d'Anne Hidalgo en matière d'égalité/parité. Elle incarne de facto la politique de justice sociale de la ville.

A Paris, plus d'un électeur sur deux est une femme. Dont une majorité de mères, très actives, ce qui ne les empêche pas pourtant d'assumer encore 80 % des tâches ménagères. Majoritairement à la tête des familles monoparentales (à hauteur de 27 %), les Parisiennes, comme les Françaises, en général, sont particulièrement attentives à l'égalité hommes/femmes.

Olga Trostiansky peut se prévaloir d'un bilan très honorable. En 6 ans, elle a piloté la création de 158 crèches dans Paris et initié 5 800 nouvelles places. Pour la prochaine mandature, son intention est d'impulser 4500 places supplémentaires. En s'appuyant sur les associations, les structures de la petite enfance et les hôpitaux de Paris, elle a favorisé le déploiement de crèches qui ouvrent de 6 heures à 22 heures (soit 500 places de plus entre 2001 et 2008). Et une politique pour proposer des moyens de garde alternatifs a vu le jour. Ainsi, l'association Môm'artre, depuis 2001, accompagne les enfants jusqu'à 20 heures autour d'activités culturelles.  Parallèlement, les familles monoparentales sont entrées dans le débat public parisien : pauvreté, difficulté à conjuguer vie professionnelle et vie familiale, souhait d'accompagnement dans la parentalité… autant de thématiques sur lesquelles Olga Trostiansky a mobilisé l'administration parisienne. Dans le domaine de la lutte contre l'exclusion, la mixité des centres d'hébergement a été favorisée, en parallèle, des centres pour les femmes victimes de violence ont été ouverts (ce qui s'est traduit par 1000 places d'accueil).

Parallèlement, l'élue du Xème arrondissement est plébiscitée pour avoir créé le Laboratoire de l'égalité en 2010. Fort de son réseau de plus de 1 000 hommes et femmes de différentes sensibilités politiques, acteurs de l'ensemble de la société civile (responsables politiques, dirigeant-es d'entreprises, partenaires sociaux,  représentant-es d'organismes publics, universitaires, chercheurs, scientifiques, économistes, acteurs et actrices du monde des médias comme du monde associatif,  tous impliqués dans de multiples réseaux agissant concrètement en faveur de l'égalité femmes-hommes. Le Laboratoire de l'égalité a  prouvé qu'il était une force de rassemblement, d'interpellation des décideurs publics et privés et de sensibilisation de l'opinion publique. A la veille des élections présidentielles de 2012, Olga Trostiansky a, avec l'ensemble des membres du Laboratoire, réussi la gageure de faire signer aux candidats à l'élection présidencielle le Pacte de l'égalité, qui en 20 points, préconisait une politique offensive en faveur de l'égalité femmes-femmes. François Hollande a été l'un des tous premiers signataires. Signée Mediaprism, présidé par Frédérique Agnes et partenaire de poids du Laboratoire, la campagne publicitaire « les femmes, on continue à s'asseoir dessus ? » a marqué les esprits.

Invitée en clôture des Etats Généraux de l'Egalité, organisé par Mediaprism et le Laboratoire le 12 septembre dernier au Conseil Economique et Social, Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des droits des femmes, a, une nouvelle fois, souligné le sérieux et la qualité des débats.

Avec Olga Trostiansky, Anne Hidalgo sait qu'elle bénéficie du soutien d'une femme d'influence dont l'action est reconnue. Ce d'autant qu'elle est également présidente de la Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes.

Nathalie Kosciusko-Morizet n'a, pour l'heure, pas dégainé son atout femme en matière d'égalité. Mais ce serait faire injure à son intelligence de douter que cette tacticienne ne s'y prépare pas. Sur qui s'appuiera-t-elle ? Puisera-t-elle également dans les ressources du Laboratoire ? Au delà, des jeunes figures de l'UMP, elle va avoir besoin d'une parole forte et légitime. Cela promet de belles discussions en perspective. Il va falloir bien maîtriser ses dossiers.

Ce qui vaut pour la capitale, vaut pour toute la France. A Paris d'être exemplaire. Aux candidat(e)s d'être à la hauteur de l'enjeu. Suffragettes, à vos bulletins !

 

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Commentaires
a écrit le 12/11/2013 à 17:12 :
Paris exemplaire... quelle galéjade ! Paris, c'est d'abord une vitrine et un tremplin pour le pouvoir suprême. Ne s'y pressent que les politiciens aux dents longues les plus endurcis, et le fait que 2 femmes soient en tête dans la course ne fait que démontrer une fois de plus que l'égalitarisme ne fait triompher que les mauvais côtés des uns et des autres.
a écrit le 12/11/2013 à 13:20 :
Ce n'est pas faire preuve de grand sexisme que de dire que ce sera soit Anne Hidalgo ou Nathalie Kosciusko-Morizet qui sera probablement élue.
En revanche, c'est un peu aller vite en besogne et ne pas faire preuve de grand respect pour la démocratie que de déclarer les jeux faits avant même d'avoir vu le résultat des urnes.
Mais ça, c'est une tendance assez courante qui n'a pas attendu les élections municipales pour se manifester...
a écrit le 11/11/2013 à 23:10 :
Deni de démocratie! En tant qu'homme, je suis outré qu'on puisse considérer que les jeux sont faits, et que les héritières des deux principaux camps sont d'ores et déjà gagnantes! Ce sont les favorites, certes, mais des hommes sont dans la compétition, et n'ont pas à être méprisés de la sorte. Ce sexisme est insupportable et choquant, et j'espère qu'un journal sérieux comme la Tribune saura se ressaisir, et éviter à l'avenir cette propagande politique misandre particulièrement outrancière.
Réponse de le 12/11/2013 à 8:27 :
Vous n'avez donc pas encore remarqué que le sexisme n'existe que si c'est une femme qui en est victime ? Si c'est en défaveur d'un homme, alors c'est bien fait, ou une juste revanche, ou une goutte d'eau négligeable face à ce que doivent subir les femmes...
Réponse de le 13/11/2013 à 0:04 :
Ce qui serait drôle, ce serait que les urnes désigne encore un homme.
Mais, le plus important est d'élire des gens valables, s'il s'en présente.
Réponse de le 13/11/2013 à 13:38 :
En octobre 1945, les femmes ont fait leur entrée à l Assemblée nationale. Elles étaient 33 au sein de ce premier contingent. Quarante-huit ans plus tard, aux législatives de 1993, elles étaient... 35 à obtenir un siège au Palais-Bourbon. Il a fallu attendre 1997 pour constater une progression significative – 63 élues –, qui faisait péniblement passer la proportion de députées au-dessus de 10 %. Quant au Sénat, jusqu en 1989, les sénatrices se comptaient sur les doigts des deux mains. Là encore, les années 1990 ont permis une très légère évolution, 19 femmes siégeant au Palais du Luxembourg à l issue du renouvellement de 1998. De réelles avancées en la matière ont été réalisées en politique. Depuis la loi de juin 2000 qui impose pour certaines élections l égalité de représentation entre hommes et femmes, ces dernières ont en effet fait une entrée en masse notamment dans les conseils municipaux. Les femmes restent cependant très souvent absentes des postes de maire des grandes villes. Là aussi, beaucoup reste à faire pour que la parité hommes-femmes soit respectée. L écart entre les aspirations des femmes, la diffusion des valeurs égalitaires et la situation réelle est de plus en plus choquant. Je pense qu à petits pas, on n avance pas. On a besoin d actions volontaristes, comme le montre l histoire. Le droit de vote, l avortement, les congés maternité et bien d autres droits paraissaient scandaleux pour beaucoup au moment où on en débattait. Ensuite, et tout de suite, ils deviennent évidents L égalité, c est le refus d une société organisée sur un mode hiérarchique où la femme est englobée par l homme.
Le féminisme touche un point sensible. Quand ils n arrivent pas à leurs fins, le retour de bâton antiféministe n est jamais loin. Les féministes y font face de toutes parts. Il semble que les anarchistes, les communistes, les libertariens du sexe, les masculinistes et les droitistes peuvent s entendre sur au moins une chose : le caractère sacré du pouvoir masculin. Les hommes, appuyés par tout groupe où ils sont dominants, se mobilisent en force pour remettre les femmes « à leur place », que ce soit par la calomnie, la censure, les menaces ou la violence physique.

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