Le commerce mondial est-il un jeu de piste ?

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Par Martine Durand, Chef Statisticien et Directrice des Statistiques à l’OCDE / DR
Par Martine Durand, Chef Statisticien et Directrice des Statistiques à l’OCDE / DR (Crédits : DR)
De plus en plus, les produits que nous achetons sont des "Made in the World" et non plus "Made in China" ou "Made in France". Explication.

Lorsqu'un iphone ou une poupée Barbie sortent d'une usine en Chine pour être exportés vers les États-Unis, ou qu'un Airbus quitte une usine en France pour être livré à Singapour, une partie seulement de ces produits a réellement été fabriquée en Chine ou en France.

De fait, la conception, la fabrication des composants, l'assemblage ou la commercialisation de ces iphones, Airbus ou poupées Barbie sont répartis dans le monde entier, créant ainsi des chaînes de valeur ajoutée internationales.

Les mesures traditionnelles du commerce extérieur appréhendent mal les véritables flux bilatéraux. On attribue usuellement la totalité de la valeur des exportations au dernier pays exportateur de chaque produit final. Cela a conduit l'OCDE et l'OMC à développer de nouvelles mesures des échanges commerciaux en valeur ajoutée. Pour chaque famille de produits exportés, ces mesures estiment le montant de la valeur qui est ajoutée dans chaque pays impliqué dans la chaîne de valeur.

Les résutats montrent que les statistiques habituelles du commerce extérieur ont tendance à surestimer l'importance des économies voisines et de sous-estimer celle des économies éloignées tirant la demande en bout de chaîne. Ainsi, mesurées en valeur ajoutée, les exportations de la Corée vers la Chine ne représentent plus que 14% du total des exportations contre 28 % selon les mesures traditionnelles. Cette différence s'explique par le fait que la Chine transforme une partie importante de ces produits intermédiaires coréens avant de les exporter à son tour vers des pays tiers. De la même façon, selon ces nouvelles mesures, les États-Unis talonnent l'Allemagne en tant que principale destination des exportations françaises. Ceci reflète la valeur ajoutée française contenue dans les exportations d'autres pays à destination des États-Unis. Le consommateur américain est donc celui qui tire, autant que le consommateur allemand, les exportations françaises.

Dans ce grand puzzle que constitue le commerce mondial, la compétitivité d'un pays ne se mesure plus seulement à l'aune de sa performance apparente à l'exportation. Pour maintenir ou accroître sa compétitivité, un pays doit également être capable d'importer de manière efficace les biens intermédiaires qui lui permettront de mieux exporter et ainsi de s'intégrer dans les chaînes de valeur mondiales. En France par exemple, la part des produits intermédiaires importés pour produire les exportations de matériel de transport était de 63% en 2010, dont un quart avait pour origine des pays hors de l'Europe. Cette part était d'environ 50% dans les exportations de textiles et les métaux de base.

En outre, les services tels que la logistique, la communication ou le marketing, jouent un rôle clé dans le commerce international, que ce soit en amont ou en aval des chaines de valeur. Mesuré en valeur ajoutée, le secteur des services contribuait en 2010 pour plus de 50 % aux exportations totales des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l'Allemagne et de l'Italie, et à près du tiers de celles de la Chine. De fait, dans la plupart des pays industrialisés ou émergents, environ un tiers de la valeur des produits manufacturés est en fait attribuable aux services inclus dans leur production.

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