Chine : Investissement ou consommation, telle est la question….

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Les investissements et l'urbanisation toujours au coeur du modèle de croissance
Les investissements et l'urbanisation toujours au coeur du modèle de croissance (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Beaucoup de questions demeurent sur l'orientation de l'économie chinoise dans les prochains mois. Le rééquilibrage de la croissance entre la consommation et l'investissement reste un objectif mais il ne sera pas atteint à court terme.

La grande question aujourd'hui en Chine est celle des moteurs de la croissance dans les mois et les années qui viennent : investissement ou consommation ?  Au deuxième trimestre 2013, la croissance du PIB s'est élevée à 7,5% en rythme annuel (contre 7,7% au premier trimestre), un chiffre qui a d'ailleurs plutôt provoqué une bonne surprise chez les économistes qui craignaient une performance inférieure. C'est parfaitement en ligne avec ce que je laissais entendre dans mon précédent article. La décélération est désormais inscrite dans les faits.

 Le FMI préconise une diminution de la part des investissements

Ce qui est au centre du débat c'est donc la composition de la croissance future. Lorsque le FMI, dans son dernier rapport sur la Chine, appelle à une diminution de la part des investissements et du crédit dans la croissance du PIB, il ne fait en réalité qu'emboîter le pas aux nouveaux dirigeants chinois qui ne cessent de prôner un rééquilibrage vers la consommation. Pour l'instant, ce n'est pas le cas. La part de la consommation intérieure dans le PIB est même plutôt en baisse et elle est aujourd'hui inférieure à 35%, soit le taux le plus faible comparé à celui des autres grandes économies, alors que la part de l'investissement est supérieure à 45%.

 

Ce déséquilibre dans la croissance économique chinoise est-il un réel problème ? Certains experts en doutent sérieusement. Dans un article publié par le Financial Times (23 juillet 2013), Yukong Huang, ancien directeur Chine à la Banque Mondiale et senior associate de la Fondation Carnegie, soutient qu'il n'existe dans la théorie économique aucune doctrine faisant de la consommation un moteur de la croissance. Cette dernière ne peut être créée que par une amélioration des facteurs de production - le travail et le capital - et de la productivité. « La main d'œuvre est en train de diminuer même si sa qualité peut s'améliorer, le taux d'investissement a atteint ses limites, même si sa composition doit changer. Le défi pour la nouvelle direction du pays est donc de pousser des réformes qui amélioreront la productivité » écrit-il. Le danger d'une augmentation trop rapide de la consommation, explique encore Yukong Huang, serait que la Chine perde les gains de productivité engrangés par une politique de réforme ambitieuse, accélérant l'urbanisation et permettant au secteur privé de réaliser son plein potentiel. Il note encore que des économies comme celles du Japon, de la Corée du Sud ou de Taïwan ont amorcé leur rééquilibrage vers la consommation lorsqu'elles ont atteint le niveau de 12 000 à 15 000 dollars de revenu par habitant, alors que la Chine n'en est aujourd'hui qu'à 9 000 dollars. Cette analyse est intéressante, dans la mesure où elle prend à contrepied un certain nombre d'économistes, dont Paul Krugman qui, dans un article publié par le New York Times, anticipait que faute de rééquilibrer rapidement sa croissance vers la consommation, la Chine heurterait bientôt la Grande Muraille économique…. Encore une fois, ce rééquilibrage ne peut pas être rapide. Si la consommation devait représenter 50% du PIB dans dix ans (au lieu de 35% aujourd'hui), et que l'on part du principe que le taux de croissance moyen des dix prochaines années sera de l'ordre de 6 à 7%, il faudrait que la consommation des ménages augmente de 11% par an jusqu'en 2023, une performance qu'elle n'a jamais atteinte, même dans la période de croissance à deux chiffres… Générer une telle croissance de la consommation sur une décennie ne serait possible que grâce à une hausse du revenu des ménages de plus de 10%par an, ce qui serait dommageable pour la productivité des entreprises chinoises, comme le souligne d'ailleurs Yukong Huang.

Quelles conséquences pour les économies occidentales ?  

Une autre question va se poser très vite : quelles seraient les conséquences sur les économies occidentales d'un rééquilibrage de la croissance vers la consommation ? Il ne fait guère de doutes que ce sont les fournisseurs de matières premières qui en supporteraient d'abord les conséquences négatives, notamment les grands groupes australiens et d'Afrique du Sud. Le nouveau Premier ministre australien, Kevin Rudd, vient d'ailleurs de qualifier d'essentielles pour l'avenir du pays, la diversification de l'économie et l'amélioration de la productivité.  Mais il est prévisible que les entreprises de bien d'équipements fortement exportatrices vers la Chine, notamment en Allemagne, subissent elles-aussi le contrecoup d'une baisse du niveau d'investissement en Chine. Encore faut-il se garder de trop d'anticipations, tant que les dirigeants chinois n'auront pas défini, de façon plus précise leurs objectifs en terme de pilotage macro-économique du pays,  ce qui ne devrait se faire officiellement et de façon solennelle lors de la prochaine session du XVIIIème Congrès du Parti communiste chinois, c'est à dire en octobre prochain. 

Mini-relance, audit de la dette, réduction de capacités….  

 Quelques jours après la publication des chiffres de la croissance du PIB au second semestre et de celui de la production industrielle de juin, le gouvernement a pris trois séries décisions, qui montrent clairement où sont ses inquiétudes réelles. La première décision est celle de lancer un mini-plan de relance de l'activité. Il est construit autour de trois mesures phares : la suspension provisoire de la TVA et autres impôts sur toutes les entreprises qui réalisent un chiffre d'affaires mensuel de moins de 20 000 renminbis (soit environ 3 250 dollars) ; la simplification temporaires des procédures et des coûts administratifs pour les entreprises exportatrices (et notamment les frais liés à l'inspection des exportations de matières premières et aux contrôles douaniers pour les exportations de produits manufacturés) ; la création de nouveaux modes de financement pour le développement des infrastructures ferroviaires ( participation d'investisseurs privés, nouvelles formes d'obligations). Ces mesures soutiennent assez adroitement trois secteurs clés de l'économie chinoise : les petites entreprises privées, les entreprises exportatrices et les investissements dans les infrastructures.

 La deuxième décision concerne le lancement immédiat d'un audit de l'ensemble de la dette publique de la Chine par le National Audit Office, annoncé le 28 juillet, et qui tentera d'évaluer la dette accumulée à tous les niveaux de l'Etat, depuis les villages et les bourg jusqu'aux grandes villes et à l'Etat central. Le gouvernement chinois montre ainsi qu'il n'est pas sourd aux observations d'un certain nombre d'expert pointant le caractère incontrôlé de l'augmentation de la dette publique (le FMI vient d'évaluer à 50% le poids de la dette publique dans le PIB), et notamment celle des collectivités, qu'une estimation de 2010 évaluait à 1 750 milliards de dollars, soit environ 25% du PIB.

 La troisième décision tire les conclusions des excédents de capacité qui sont apparus ces derniers mois dans l'industrie chinoise. Le Ministère de l'industrie et des technologies de l'information a ordonné à 1 300 entreprises dans dix-neuf secteurs où l'excédent de capacité a conduit à une guerre des prix ravageuse, de réduire leur appareil de production. Cela concerne les cimenteries, les sidérurgistes, les producteurs de ferroalliages, d'aluminium, de cuivre, de fibres chimiques et de papier, et dix-neuf entreprises publiques sont touchées par cette décision, qui prend effet en septembre et durera jusqu'à la fin de l'année. D'après les chiffres publiés par  China Daily, ce ne sont pas moins de 92 millions de tonnes de ciment, 7 millions de tonnes d'acier, 280 000 tonnes de papier, 655 000 tonnes de cuivre qui devraient ainsi être enlevées à la capacité de production de l'industrie chinoise. Là encore, c'est une façon, pour la direction chinoise, de remettre un peu d'ordre dans cette débauche d'investissements industriels opérés dans la plupart des grandes régions du pays. 

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Commentaires
a écrit le 14/12/2013 à 13:38 :
Taux d'interet stables ???
a écrit le 24/08/2013 à 14:14 :
Je l ai enfin finiiii ! Oeee j ai tout luuuuu
Réponse de le 24/08/2013 à 19:04 :
Vous avez eu du courage ! Moi j'ai laché à l'avant-dernier paragraphe

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