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Pourquoi Hong Kong se rebelle, en 6 questions

Photo de Charles-Henri Larreur

Charles-Henri Larreur, à Hong Kong

Publié le 03 octobre 2014 à 09:12 - Mis à jour le 03 octobre 2014 à 15:14

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Le mouvement pro-démocratie qui agite depuis dix jours Hong Kong ne cesse de s'amplifier. Voici les 6 points essentiels pour comprendre l'origine de cette flambée de contestation, les parties prenantes et les enjeux politiques et économiques.

1. Pourquoi les Hongkongais manifestent-ils ?

Comme cela a été déjà activement relayé dans la presse, les Hongkongais manifestent pour pouvoir avoir le droit d'élire en 2017 leur chef de l'exécutif au suffrage universel. Depuis dimanche 28 septembre, ils occupent sans discontinuer les quartiers de Central (le centre historique), d'Admiralty (où siège le pouvoir exécutif) et de Mong Kok (un quartier populaire très commerçant).

L'occupation se fait uniquement dans la rue. Pour se faire une idée de l'ampleur du mouvement, c'est comme si à Paris, des manifestants occupaient tous les Champs Elysées, de l'Arc de Triomphe à la Concorde, en plus du quartier des Halles.

2. Quel est le système politique actuel de Hong Kong ?

Actuellement, et ce depuis le retour à la Chine en 1997, Hong Kong est une région administrative spéciale de la République Populaire de Chine (HKSAR). Bien que faisant partie intégrante de la Chine, elle dispose de sa propre constitution, la Basic Law, un document qui résulte des négociations sino-britanniques ayant eu lieu à la fin de la période coloniale.

La Basic Law est un texte qui expose que le système socialiste en vigueur dans le reste du pays ne s'applique pas à Hong Kong. Le document garantit en outre le respect des libertés fondamentales (opinion, presse, commerce, etc.), d'où l'expression « un pays, deux systèmes ».

Bien que toutes les libertés soient garanties, Hong Kong n'est pas une démocratie pour autant. Si l'assemblée législative est élue au suffrage universel, le chef de l'exécutif est pour l'instant élu par un collège de 1200 grands électeurs qui représentent les professions organisées. Le chef de l'exécutif est en outre responsable devant le gouvernement chinois. En un mot, le système est tel qu'il favorise un candidat pro-Pékin.

3. Pourquoi maintenant ?

La Basic Law prévoit qu'à terme le mode de désignation du chef de l'exécutif doit se faire au suffrage universel. L'idée d'une évolution graduelle vers un mode de sélection démocratique est d'ailleurs clairement indiquée à l'article 45 du texte.

Cependant, alors que beaucoup espéraient que la prochaine élection serait l'occasion d'achever totalement la transition démocratique, le mode de scrutin arrêté en août dernier prévoit certes l'élection du chef de l'exécutif au suffrage universel en 2017 mais indique que les candidats doivent d'abord être approuvés par le collège électoral de 1200 membres.

Cette décision a créé un grand mécontentement, surtout parmi les plus jeunes et les démocrates, qui y voient, non pas un pas vers plus de démocratie par rapport au système actuel mais un simulacre de démocratie. Le gouvernement de Hong Kong a eu beau expliquer que le processus vers une évolution démocratique se poursuivrait par la suite, les opposants y ont vu le signe de la mainmise de Pékin sur les affaires internes et craignent que ce mode de désignation ne perdure.

4. Qui sont les manifestants ?

Si depuis l'an dernier, un mouvement appelé Occupy Central avait proposé une occupation du centre des affaires en cas d'évolution démocratique incomplète, les manifestations des derniers jours ont davantage commencé à l'initiative des étudiants. En grève depuis le début de la semaine dernière, ils se sont regroupés dimanche matin, appuyant leur mouvement sur les réseaux sociaux.

Les amis d'Occupy Central et les leaders du camp démocrate ont rapidement rejoint les étudiants. Depuis dimanche et les attaques de la police au gaz lacrymogène sur la foule, le mouvement s'est encore étendu. La situation a rappelé aux Hongkongais les tristes événements de Tian'anmen et a créé un vaste courant de sympathie en faveur des étudiants.

Depuis lors, la popularité du mouvement ne cesse de croître. Nombreux sont ceux qui viennent pour quelques heures, rejoindre les manifestants. Ces jours derniers, on voyait des couples, des familles et des expatriés se mêler à la foule. Contrairement à ce qu'on a pu lire, tous les commerces ne sont pas fermés. La boutique Chanel de Central par exemple, en plein cœur du quartier occupé, est restée ouverte de façon continue. De même pour Berluti, Ralph Lauren et tant d'autres.

L'attitude des manifestants est d'ailleurs un atout dans leur lutte. Ils sont totalement pacifistes, n'ont dégradé aucun bâtiment et font régulièrement le ménage dans les rues occupées. Les lieux sont d'ailleurs tellement propres que les Hongkongais plaisantent en disant que c'est le seul endroit de Hong Kong où l'on se croirait au Japon.

5. Existe-il des opposants au mouvement à Hong Kong ?

Malgré l'immense courant de sympathie qui accompagne les manifestants, tous les Hongkongais n'approuvent pas ce mouvement. Certains mettent en avant un réalisme cynique disant qu'au final c'est la Chine qui décide. D'autres craignent les représailles de Pékin, non pas tant d'un point de vue policier que d'un point de vue économique. La Chine pourrait par exemple revoir à la baisse le nombre de visas touristiques vers Hong Kong, ce qui affecterait fortement les commerces.

Certains ont peur également de l'image pour Hong Kong à l'international et craignaient que les investissements se détournent davantage vers Singapour ou Shanghai. Devant les réactions internationales et le calme des manifestants jusqu'à présent, ce sont aujourd'hui des arguments qu'on entend moins.

Les commerces de détails ont cependant souffert des événements récents. Cette semaine a coïncidé avec la « golden week », une semaine de vacances en Chine du fait de la fête nationale. C'est normalement une grosse période pour les boutiques à Hong Kong mais ces dernières ont logiquement vu leurs ventes baisser par rapport à l'an dernier. Rien pourtant de nature pour l'instant à faire pression pour que le mouvement cesse. De nombreux commerçants soutiennent d'ailleurs les manifestants en les ravitaillant plus ou moins gratuitement.

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6. Où en est-on ?

Après avoir tenté de disperser les manifestants dimanche, le chef de l'exécutif, Leung Chun-ying a adopté - visiblement sur les recommandations de Pékin - la stratégie du pourrissement, se disant que ces manifestants finiraient bien par se lasser et seraient rattrapés par leurs obligations quotidiennes. Il a donc laissé les étudiants occuper les rues, se bornant à renforcer la garde du bâtiment du gouvernement.

Inquiets de cette stratégie inattendue et désireux de capitaliser sur leur élan, les manifestants ont menacé hier d'envahir le bâtiment du gouvernement. Pour éviter une telle situation, C.Y. Leung a tendu hier soir la main à ses opposants. Sans pour autant accepter de démissionner comme le réclament les manifestants, il a ouvert la porte à des négociations. Elles auront lieu demain et seront menées par Carrie Lam, l'équivalent du premier ministre de Hong Kong et personnage le plus populaire du gouvernement.

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L'auteur
Charles Henri Larreur enseigne la finance à Science-Po et HEC, contribue au "South China Morning Post", prépare un ouvrage "Financements structurés - Entre innovations et révolutions financières" (Ellipses, à paraître), et travaille à Hong Kong comme banquier d'affaires.

Charles-Henri Larreur, à Hong Kong

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