Transition énergétique : des créations d'emplois, oui mais...

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(Crédits : reuters.com)
Le "verdissement" de l'économie va-t-il créer beaucoup d'emplois? C'est qu'affirment nombre de responsables politiques. Les modélisations rigoureuses incitent à la prudence sur ce point. par Frédéric Gonand, professeur d'économie associé à l'Université Paris-Dauphine

Le débat récent sur la transition énergétique a, de l'avis de nombreux experts, relativement peu porté sur les questions de coûts et de prix de l'énergie. L'analyse économique en aurait un peu été le parent pauvre. Pourtant, les travaux économiques ne manquent pas pour éclairer les choix publics dans le domaine de la politique de l'énergie. En particulier, des modélisations rigoureuses ont été réalisées qui évaluent les effets à attendre d'une transition énergétique en termes de croissance et d'emploi. Il en ressort globalement un message de prudence quant aux thèses d'une économie verte créant massivement des emplois nets.

 Transition énergétique: une petite perte de croissance, des créations d'emplois?

En 2010, la très sérieuse revue scientifique The Energy Journal publiait un numéro spécial consacré à l'effet sur la croissance de scénarios permettant de réaliser l'objectif concernant la présence de Co20 (limitée à  400 parties par million à l'horizon 2100,)  permettant a priori de contenir le réchauffement climatique à +2°C à cet horizon. Plusieurs modèles suggéraient globalement que cet effet économique serait légèrement défavorable pour le niveau du PIB, à hauteur de -2,5% sur le siècle, soit une perte de croissance annuelle très minime. Le résultat notable demeure qu'aucun de ces travaux, pourtant méthodologiquement très différents les uns des autres, ne suggérait que la transition énergétique était susceptible de créer massivement des emplois nets durables.

Les études françaises plus optimistes: un enrichissement de la croissance en emplois

En France, plusieurs travaux fournissent aujourd'hui des ordres de grandeur des effets économiques agrégés de transitions énergétiques. Le travail de l'ANCRE (Alliance Nationale de Coordination de la Recherche pour l'Energie, qui regroupe notamment l'IFP Energies Nouvelles, le CNRS, le Commissariat à l'Energie Atomique) fournit une modélisation méticuleuse et utile du secteur de l'énergie dans son infinie variété - mais pas encore d'évaluation sur l'emploi d'une transition énergétique car il ne comporte pas de bouclage macroéconomique.

Les calculs de l'ADEME et de l'OFCE, sur la base d'un type d'un modèle normalement utilisé pour des prévisions de court terme (1 à 2 ans), suggèrent à l'horizon 2050 un effet positif sur le PIB de 3% et 800.000 emplois nets créés (soit +20.000 emplois nets créés par an). A long terme, un gain de 3% du PIB se traduirait normalement par environ 450.000 créations nettes d'emplois marchands, ce qui suggère que l'ADEME/OFCE tablent apparemment sur un enrichissement important de la croissance en emploi lié à la transition énergétique.

 La transition énergétique génère aussi des coûts

Ce point a pu être débattu car la transition énergétique a aussi tendance à engendrer un enrichissement de l'économie en capital : pour économiser de l'énergie, on accumule davantage de capital de meilleure technologie. Le Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement (CIRED) du CNRS obtient un effet sur le PIB un peu inférieur à 3% mais des créations d'emplois nettes plus standards - environ 300.000 emplois nets d'ici 2050 (soit +7.500 emplois par an). Enfin, des travaux en cours à la Chaire Economie du Climat indiquent un effet favorable sur le niveau d'activité, mais plus faible, de l'ordre de +1% de PIB à l'horizon 2050. Ces derniers résultats se situent donc à mi-chemin entre les résultats de la littérature et ceux des modèles français utilisés ou évoqués dans la cadre du débat national sur la transition énergétique.

Au total, aucun modèle existant aujourd'hui en France n'indique que la transition énergétique puisse constituer à elle seule un moyen de créer chaque année massivement des emplois nets (c'est-à-dire de créer beaucoup d'emplois dans les secteurs « verts » sans en détruire simultanément un certain nombre dans d'autres secteurs). Ce résultat est compréhensible dans la mesure où la transition énergétique génère, surtout à court terme, un certain nombre de coûts, et tend à renchérir globalement le prix de l'énergie.

 L'argument des créations d'emplois à utiliser avec prudence

 Pour la transition énergétique, ces résultats ne retirent absolument rien à sa pertinence économique (surtout si le prix du pétrole continue à augmenter dans le futur) et environnementale (surtout si l'on souhaite infléchir la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre). Mais ils suggèrent que l'argument relatif aux créations d'emplois, qui doit être examiné au niveau de l'ensemble de l'économie et non des seuls secteurs dits « verts », doit être employé avec prudence. Il n'est pas bon de défendre une bonne cause avec des arguments inadéquats.

Frédéric Gonand Professeur d'économie associé à l'Université Paris-Dauphine

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a écrit le 29/05/2014 à 20:16 :
Les expériences de l'Espagne et de l'Italie montrent que les emplois "verts" créés en détruisent davantage, et donc que le solde net est négatif. Pourquoi ne pas prendre en compte ces retours d'expérience? Quant à l’Allemagne, suite à sa politique énergétique irrationnelle, le prix du kWh est le double de celui que nous payons… et fleurissent moult centrales charbon et lignite…
a écrit le 29/05/2014 à 16:58 :
Je ne suis pas 'Professeur associé' de grande université, juste en contact avec le terrain. Et aujourd'hui, de Nice a Lyon, il est rentable d'installer des panneaux solaires PV pour auto-consommer, a condition de ne pas (encore) installer de batteries, et ceci en comparaison avec l'economie faite avec un contrat 'Tarif Bleu'. Que le prix des equipements posées baisse te celui de l'electricite monte, et ce seront les tarifs Jaune et Vert, ou les Bleus plus au nord qui deviendront rentables (dans 1-3 ans selon le cas).
Mais ca, ca depasse l'entendement d'un Professeur Associe.
Réponse de le 09/06/2014 à 13:56 :
De l'auto-consommation sans batteries? Techniquement, comment faites-vous lorsque vous ne pouvez pas consommer l'électricité produite? Vous couvrez vos panneaux avec une bâche?
a écrit le 29/05/2014 à 0:49 :
Les expériences de l'Espagne et de l'Italie montrent que les emplois "verts" créés en détruisent davantage, et donc que le solde net est négatif. Pourquoi ne pas prendre en compte ces retours d'expérience? Quant à l’Allemagne, suite à sa politique énergétique irrationnelle, le prix du kWh est à présent le double de celui que nous payons… et fleurissent moult centrales charbon et lignite…
a écrit le 28/05/2014 à 20:27 :
Les expériences de l'Espagne et de l'Italie montrent que les emplois "verts" créés en détruisent davantage, et donc que le solde net est négatif. Pourquoi ne pas prendre en compte ces retours d'expérience?
a écrit le 27/05/2014 à 22:16 :
Dans un article a coté on apprend que l'électricité nucléaire, vous savez l'énergie la moins chère , a augmenté de 20% depuis 2010. Alors la transition énergétique je ne me fais pas d'illusions on ne va pas en profiter , …, on va la subir.
Réponse de le 09/06/2014 à 13:59 :
Vous avez juste oublié de lire que même 20% plus chère (principalement en raison des investissements destinés à augmenter la sûreté), elle reste concurrentielle par rapport au charbon et au gaz. Surtout, elle permet de produire l'électricité lorsqu'on en a besoin, par lorsque la météo est favorable et à partir d'une ressource facile à se procurer de par le monde, ce pour un prix très modeste.
a écrit le 27/05/2014 à 19:06 :
Il faut mettre une taxe sur l'énergie pour réduire les charges sociales. Cela correspond aux travaux du CIRED.
Réponse de le 29/05/2014 à 11:41 :
++++++++
je ne connais pas le cired mais voici une remarque lucide.
c'est le credo des economistes ecologiste et d'un point de vue physique c'est une évidence.
a écrit le 27/05/2014 à 17:26 :
Il serait temps d'observer sans préjugé le "modèle" allemand qui va dans le mur. Dépenser pour des éoliennes et panneaux solaires revient à jeter l'argent à la mer. Même si on doit payer des gens à le faire, ce n'est sûrement pas bon pour l'économie.
a écrit le 27/05/2014 à 16:40 :
Si effectivement en finançant des emplois verts, on crée des emplois, on détruit les emplois qui étaient auparavant créés avec l'argent prélevé pour les emplois verts.
C'est ce qu' Eva Joly n'arrivait pas à comprendre.
Il faut boucler le système au niveau de l'économie toute entière.

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