Le Smic en France pèse-t-il sur l'emploi des moins qualifiés ?

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Reuters (Crédits : reuters.com)
Pour surfer sur la vague montante de la data, La Tribune publiera désormais chaque lundi une analyse enrichie par un ou des graphiques animés, en association avec le site internet FactaMedia. Aujourd'hui, le Smic en France et à l’étranger.

Au moment des choix effectués dans le cadre du "Pacte de responsabilité" sur les baisses de charges, le débat sur le salaire minimum, son niveau et les problèmes qu'il peut poser en termes d'emploi et de revenus a pris une nouvelle dimension ces derniers jours.

Un salaire minimum plus élevé qu'ailleurs ?

La première idée souvent véhiculée est celle d'un salaire minimum français plus élevé qu'ailleurs. De fait, la France est bien dans un groupe de pays où le salaire minimum mensuel brut (à temps plein), la donnée de référence la plus récente et la plus partagée, est parmi les plus hauts d'Europe.

Mais pas le plus haut, se situant notamment derrière les pays du Benelux. Dans cet ensemble, le Luxembourg se distingue, mais il n'est pas vraiment comparable aux autres pays étudiés, à plusieurs titres.

Salaire minimum en euros début 2014 (source Eurostat)

>> Cliquez sur le graphique (ou ici) pour voir l'infographie animéecarte smic

Comme on peut le voir avec le graphique ci-dessous, la "hiérarchie" des minima salariaux n'a pas beaucoup fluctué depuis 2000 s'agissant de la France. Par ailleurs, le même classement se retrouve à peu près si l'on utilise les parités de pouvoir d'achat et non les montants nominaux en euros.

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Une fois ces comparaisons effectuées, il viendra bien sûr immédiatement à l'esprit le fait que le Smic est d'abord défini en niveau horaire - ce qui n'est pas le cas du salaire minimum dans tous les pays européens. Et que la France se distinguant par une durée légale du travail plus faible, le salaire minimum horaire y sera encore plus élevé en termes relatifs. En effet, pour cet indicateur, la France est bien en première position dans ces données de l'OCDE portant sur 2012.

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Rappelons qu'en 2014, le Smic horaire français est de 9,53 euros. A rapprocher du niveau du salaire minimum que vient de décider, après de longues tractations, la coalition CDU-SPD en Allemagne : 8,50 euros de l'heure à compter de 2015.

Le salaire minimum et les autres rémunérations

Lorsque le salaire minimum est plutôt élevé en comparaison internationale, cet écart se retrouve-t-il à d'autres niveaux de salaires ou bien, au contraire, sont-ils davantage concentrés vers ce bas niveau ? Pour mesurer cela, il est utile de comparer salaire minimum et salaire moyen. A nouveau ici, la France est dans le haut du classement, surtout par rapport aux économies les plus comparables.

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L'évolution de ces écarts peut aussi être éclairante. En comparant les écarts interdéciles de rémunération, on peut ainsi observer que les bas salaires ("D1", premier décile, 10 % gagnent moins) se sont légèrement rapprochés de la médiane ("D5") et des salaires plus élevés ("D9", neuvième décile) en France entre 2000 et 2010. Alors que ces écarts ont sensiblement progressé en Allemagne sur la même période.

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Le pouvoir d'achat du salaire minimum

On peut aussi s'intéresser aux gains de pouvoir d'achat du salaire minimum. Car dans beaucoup de pays, leur fixation et leur évolution dépendent de décisions politiques spécifiques et/ou de règles plus automatiques, ce qui peut donner des résultats très différents.

Pour la France, on observe ainsi sur le long terme des périodes où le pouvoir d'achat du salaire minimum a beaucoup progressé, et d'autres, comme sur la période récente, où il stagne davantage.

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Une évolution de long terme qui contraste en tout cas beaucoup avec celle des Etats-Unis, par exemple, où les décisions de revalorisation sont parfois très espacées en l'absence de réévaluation minimale automatique prévue par une disposition légale comme en France.

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Des études économiques approfondies indispensables

Comme souvent, seules des études économiques approfondies peuvent traiter un sujet comme celui-là dans toutes ses dimensions : coût réel du travail pour les entreprises, structure des salaires, taux de chômage selon les niveaux de salaire et de qualification, dispositifs dérogatoires applicables à certaines populations et notamment aux plus jeunes, mesures des impacts des politiques passées de relèvement du salaire minimal et a contrario de modération et/ou de baisses des charges patronales, situations de trappes à bas salaires, de travailleurs pauvres, etc.

Dans leur vaste majorité, à l'instar des derniers travaux de Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo, de telles études pointent un problème de salaire minimum trop élevé en France qui pèserait sur l'emploi des moins qualifiés. Et recommandent donc de concentrer les allègements de charges sur les plus bas salaires, pour faire baisser le coût du travail à ce niveau de rémunération et stimuler l'emploi.

>> Plus d'infographies sur le site FactaMedia - Fact-checking & Data

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Commentaires
a écrit le 23/04/2014 à 10:58 :
Êtes vous assurés que les données de l'Institut Montaigne sont les plus objectives? L'orientation exclusivement "libérale" des positions de cet organisme relèvent du paradoxe car la liberté de penser demande la capacité à s'abstraire du dogme. En bon adepte de Schumpeter, je vous certifie que les orientations de l'institut Montaigne sont au mieux "partisanes" et qu'elles ont deux bons métros de retard. En effet RIEN n'y est décrit sur la provision pour investissement sur les gains de productivité ENORMES que l'économie française à réalisés sur les vingt rnières années. Ainsi il serait possible de mettre en évidence que non seulement le SMIC en France est bon pour ceux qui le perçoivent; mais aussi pour ceux qui payent sur cette base, car les gains de productivité compensent très largement les saliares versés, et font des "smicards " de France la meilleure main d'oeuvr, même si des effeorts en termes de formation doivent être poursuivis. Le seul perdant dans le SMIC; c'est le budget de la France, car il n'est pas possible d'imposer de faibles revenus, et là ces derniers temps, nous avons la Valls pour entrer dans la nouvelle danse d'un état devenu percepteur de ses intérêts propres, sans contrepartie pour la collectivité, ni investissements dans les hôpitaux, crèches, infrastructures, équipements ferroviaires, énergétiques...TOUT sera confié au "privé" pour parachever une mise à mort de l'état social...
a écrit le 23/04/2014 à 9:42 :
Quelle ambition!! Vouloir embaucher deux personnes non qualifiés au dessous du SMIC plutôt qu'un seul bien formé au tarif!! Il me semble que la Chine prend le chemin inverse!!
a écrit le 23/04/2014 à 8:49 :
Pourquoi parler de salaire pour le MÉDEF c'est à coup de pompe dans le c.. Qu'il faut travailler. On parle toujours du Smic mais jamais de ceux qui gagnent plus de 400 fois le Smic, là il peut servir de référence. On est des veaux et ils ont raison d'en profiter.
a écrit le 23/04/2014 à 0:44 :
Je suis sceptique: y a-t-il moins de chômage en Bulgarie ? la réponse est non. Que fera un employeur s'il ne paie pas de charges sur un petit salaire ? la réponse est évidente, il va virer celui qui touche plus que le plafond d'exonération. Les technocrates ont toujours des solutions faciles qui ne tiennent pas compte des réalités de la nature humaine :-)
a écrit le 22/04/2014 à 20:05 :
La question n'est toujours pas la bonne; on parle du SMIC; du salaire... alors que la chose réellement importante c'est le rythme de vie et ce qu'on peux acheter avec 1 euro par exemple. Il y a a peine 20 on allait chercher quelques produits au magasin et souvent de quoi manger. Aujourd'hui avec 10 euro soit plus d'argent, on revient les mains pratiquement vide... Pourquoi les français veulent travailler pour plus qu'un SMIC? C'est parce que l'on veux vivre et manger et qui si on bosse pour moins ce ne sera plus faisable. En plus avec les aides, ce lever le matin, payer l'essence pour aller travailler, payer le repas du midi, ça laisse moins pour vivre que de rester au chômage sans voiture avec un logement payé par les APL et les repas par le resto du cœur... En plus on peux s'offrir un écran plat a noël avec la prime de l'état... Non mais ils croient quoi dans ce pays, qu'on est prêt à payer pour ce faire suer a aller travailler? A part les riche je ne connais aucun travailleur qu'il soit a la chaîne, artisan, fonctionnaire a retarder son départ en retraite...
a écrit le 22/04/2014 à 17:12 :
pourquoi les commentaires apparaissent puis disparaissent ?
Réponse de le 23/04/2014 à 8:42 :
Il y a la censure de la Tribune et ensuite celle des politiques via leur implantation dans la presse.
a écrit le 22/04/2014 à 16:07 :
Les comparaisons de cout horaire sont incomplètes si on ne met pas en parallèle la productivité horaire. Et toutes les études internationales placent la France très haut dans la tête des classements.
C'est donc que les salariés français ne volent pas leurs salaires et que la question du coût n'est pas pertinente.
a écrit le 22/04/2014 à 14:54 :
dommage que votre article fasse l'impasse sur la partie la plus délicate de la démonstration, à savoir le rapport entre l'emploi et le salaire minimum.
Vous nous renvoyez aux travaux d'un think tank généralement considéré comme libéral. Etait-il besoin de tant de graphiques pour nous rappeler qu'en théorie économique classique le salaire minimum est considéré comme nuisible à l'emploi ?

Une étude sur l'impact de l'introduction d'un salaire minimum en grande Bretagne (en 1999) aurait été intéressante.

Par ailleurs on ne voit pas apparaitre sur votre graphique sur "l'évolution du SMIC en France" (avant dernier graphique) les différentes baisses de charges, sont elles insignifiantes ou n'avez vous pris en compte que le revenus des employés et pas le cout pour l'employeur ?

Notez que je n'ai pas la moindre idée de ce qui peut ressortir des deux points que j'ai soulevés, peut-être ne changeraient-ils rien à la conclusion, mais quitte à faire un article autant qu'il soit complet :p
a écrit le 22/04/2014 à 14:03 :
Comme tous les articles économiques du moment qui se penchent sur le coût du travail en France, cet article fait abstraction d'une chose essentielle : la corrélation avec le coût de la vie. Lorsqu'on veut comparer les salaires d'un pays à l'autre, il est en effet essentiel de comparer également le coût des postes les plus budgétivores comme le loyer, l'énergie, l'alimentaire qui varient d'un pays à l'autre. Par exemple, l'Allemagne, du fait de sa démographie atone et de sa politique d'encadrement des prix des loyers a su maintenir des prix du marché stables depuis plus de 15 ans tandis qu'en France, les prix ont plus que doublé sur la même période.
L'article évoque le pouvoir d'achat qui aurait "beaucoup progressé" sur une certaine période. Il faudrait déjà nous expliquer ce qu'il entend par "pouvoir d'achat" (comment est-il calculé ?) et quelle période est concernée. Car, si on prend la période entre 1995 et 2013, on s'aperçoit que les revenus n'ont augmenté que de 1,6 fois tandis que les prix de l'immobilier ont progressé de 2,5 fois.
Comme quoi tout est relatif et ne traiter que du coût du travail en France ne relève que de la pure propagande néo-libérale qui veut que les Français seraient trop payés.
Réponse de le 22/04/2014 à 15:02 :
par contre il est effectivement dommage qu'il n'y ait pas d'approximation sur l'évolution du salaire minimum en Allemagne, car ils étaient fixés par branches jusqu'aux fameux accords Hartz qui ont permis à de nombreux employeurs de ne plus respecter les accords de branche (au moins sur ce point) et certains y pointent la dégringolade des bas salaires depuis 10 ans.
a écrit le 22/04/2014 à 13:13 :
On demande aux espagnols d'être plus compétitifs par rapport aux portugais, aux français d'être plus compétitifs par rapport aux allemands, aux hollandais d’être plus compétitifs par rapport aux belges, et aux belges d'être plus compétitifs par rapport aux irlandais...

Résultat: Les salaires baisses, encore et encore, jusqu’à l'appauvrissement des peuple européens ce qui mènera a l'implosion de cette absurdité que l'on nomme "Union" européenne.

Il est urgent de sortir de ce cercle vicieux, seul l'UPR propose une sortie juridique de l'UE via l'article 50 du TUE.
Réponse de le 22/04/2014 à 13:31 :
D'accord mais nous sommes la zone géographique du monde ou nous entretenons le plus hommes politiques!
Réponse de le 22/04/2014 à 14:27 :
@Realiste : retrouvons en priorité notre liberté de choisir l'avenir que nous voulons en quittant l'UE, et tout le reste pourra se régler une fois libérés.
a écrit le 22/04/2014 à 12:27 :
Il y a 2 problemes:

1) le cout d un salarie au smic (qui comprend son salaire net+ les charges sociales (patronales incluses)

2) le fait qu en france il es difficile de vivre avec juste un salaire au smic, surtout quand la plupart sont a temps partiel. Une piste intelligente serait non pas de remonter le smic mais faire baisser le cout de la vie en france (par ex en arretant la politique de l immobilier cher mene depuis 10 ans)
a écrit le 22/04/2014 à 12:05 :
en tant que chef d'entreprise, je n'ai pas de problèmes à payer au SMIC + charges un jeune sans diplôme, ni expérience dans la mesure où il parle, écrit et comprend le français de base et sait faire quelques calculs arithmétiques simples. Mais voilà l'éducation nationale produit par milliers des jeunes de 16 ou 20 ans qui en sont incapables. On ne les embauchera donc jamais, meme si le SMIC baisse.
Réponse de le 22/04/2014 à 13:34 :
Exact cependant ces jeunes sont plus facilement manipulables pour entendre la bonne parole politicienne et s'inscrivent parfaitement dans la médiocrité dans laquelle va la France.
Réponse de le 23/04/2014 à 8:51 :
C'est le seul objectif des bobos de gauche.
a écrit le 22/04/2014 à 11:37 :
Conclusion : si j'étais social-libéral, il faut s'aligner sur la Bulgarie ou si je suis plus ambitieux, faire autre chose que produire de la merde
a écrit le 22/04/2014 à 11:21 :
ce qui compte, ce n'est pas le niveau du salaire brut, mais le coût total salaire brut plus charges patronales, d'une part pour comparer le niveau de valeur ajoutée minimale nécessaire à l'entreprise, et d'autre part le salaire net perçu par le salarié pour comparer la capacité d'achat résultante pour le salarié .
Réponse de le 22/04/2014 à 11:30 :
Exactement. On voit par exemple que la comparaison avec l'Irlande n'est pas tenable, un salarié irlandais au smic coutera bcp moins à son patron qu'un salarié français, même si a première vue les salaires bruts sont les même.
Réponse de le 23/04/2014 à 8:46 :
Pas mal votre comparaison un salarié coûtera beaucoup moins cher à son patron êtes vous sûr de parler d'un être humain ou vous parlez d'une boîte de conserve.

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