Du bon usage des prophéties autoréalisatrices

C'est désormais un classique du monde de l'économie et de la finance remis aujourd'hui spectaculairement en selle par la crise : la prophétie autoréalisatrice ! Elle se produit lorsqu'une croyance a modifié des comportements de telle sorte que ce qui n'était que croyance devient réalité.

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La prophétie auto-réalisatrice charrie le pire comme le meilleur. Le pire ? C'est la Bourse qui s'agite à la moindre information et l'économie qui dérape quand les difficultés redoublent. Dans l'entreprise, ce sont des managers démotivés et démobilisés qui n'adhèrent plus à la stratégie... ce qui lui donne encore moins de chances de se réaliser. Le meilleur ? C'est en matière d'éducation quand un professeur particulièrement convaincu d'avoir de bons élèves, leur fera mieux apprécier ses travaux, mais motivera également ses élèves qui feront des progrès. C'est vrai aussi dans l'entreprise en matière de management, ce que les psychosociologues nomment l'effet Pygmalion.

« Si les hommes considèrent des situations comme réelles, alors elles le deviennent dans leurs conséquences », disait le sociologue américain William Isaac Thomas dans les années 1930. Il a donné naissance au « théorème de Thomas » pour rendre compte du fait que les comportements des individus s'expliquent par leur perception de la réalité et non par la réalité elle-même. Autrement dit, les actions individuelles se comprennent au regard de la « définition de la situation » que ceux-ci font avant d'agir. En 1949, dans « Social Theory and Social Structure », le sociologue Robert K. Merton, va un cran plus loin que le théorème de Thomas estimant : « C'est, au début, une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie. » À la différence du « théorème de Thomas », ce ne sont donc plus simplement les conséquences de la croyance qui sont vraies, mais la croyance qui le devient.

Dans un contexte où les politiques et les économistes jouent à celui qui sera le plus inquiétant et où beaucoup veulent croire que le pire est devant nous, rassurer devient suspect. Et dans l'entreprise, tout discours alarmiste qui croit être motivant peut vite devenir contre-productif. Car ceux qui l'écoutent préfèrent sélectionner les informations qui vont dans le sens de leurs croyances qu'adhérer à une parole trop souvent entendue. C'est par la qualité relationnelle plus que par le discours qu'il est aujourd'hui possible de bien manager. Ainsi, prendre le temps de partager autour du travail, même et justement parce qu'il est devenu plus ardu, trouver des pistes de coconstruction pour éviter la surchauffe individuelle dans un bureau isolé, autant de comportements qui permettent d'éviter d'affoler les équipes. Et s'inspirer de l'effet Pygmalion pour faire bon usage des prophéties autoréalisatrices. Si un manager est particulièrement convaincu d'avoir une équipe de talents, d'une part cette confiance lui fera mieux apprécier leurs résultats, d'autre part cette confiance motivera ses collaborateurs, capables de se défoncer même dans les pires environnements. « Encourager les collaborateurs revient à baisser d'un tiers chez l'homme et de moitié chez la femme les risques psychosociaux et améliore le sentiment d'efficacité personnelle, donc ses performances » a souligné Philippe Rodet, médecin et spécialiste du stress, à l'université d'été du Medef.

Nourrir ce sentiment d'efficacité personnelle et collectif est le plus sûr moyen de redresser la barre. Au risque sinon de tomber dans un cercle vicieux : penser que tel nouveau collaborateur n'est pas bon, c'est courir le danger de moins investir sur lui, de lui donner moins de reconnaissance, moins d'accès à la formation... et au final de le décourager et de ne pas réaliser son potentiel. La boucle de la prophétie autoréalisatrice est alors bouclée ! Le regard que nous portons sur notre travail et sur nos collaborateurs devient essentiel. Tout comme le fait de cultiver la convivialité et le respect mutuel.

Inspirons-nous donc de l'initiative du collectif « Improv Everywhere », qui a dressé cet été dans New York une tribune pourvue d'un mégaphone avec un petit écriteau « Say Something Nice » laissant aux passants le soin d'inventer leur message. « Dire quelque chose de gentil »...Voilà une prophétie propre à réaliser le quotidien avec un peu plus de gaieté. À installer de toute urgence dans les entreprises.

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