Produire local ? Produire mondial ?

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(Crédits : Reuters)
La décision de E.ON, l'un des leaders allemands de l'énergie, de séparer ses centrales conventionnelles (nucléaire, charbon et gaz) des énergies renouvelables (avec les réseaux et les services) est un pari que tous les concurrents observent avec prudence.

E.ON joue sur deux tableaux. D'une part, il anticipe un avenir où les énergies centralisées, produites par de grosses centrales, seraient moins performantes que les énergies décentralisées, produites par de petites centrales. D'autre part, E.ON veut se séparer des énergies contestées pour danger potentiel (le nucléaire) et pour pollution (le charbon et le gaz) sachant que les coûts et charges écologiques seront de plus en plus élevés.

Restons sur le premier argument, produire propre et local. Envisager l'énergie de l'avenir sous cet angle, c'est inventer un nouveau système fondé sur la proximité de production et de consommation. La plus petite centrale pourrait être l'hydrolienne dans un flux d'eau, un ruisseau, une canalisation.

La plus petite centrale solaire est la rue qui récupère la chaleur solaire, la chaleur des véhicules au stop ou au feu tricolore. C'est aussi l'immeuble à énergie positive, les sols à forte fréquentation comme les halls de gare ou les écoles maternelles.

La géothermie, avec le risque d'un forage moins producteur que prévu, est aussi à sa manière une énergie locale.

Imaginer l'énergie dans sa proximité de consommation inverse la logique des grosses centrales et de leurs réseaux de distribution massifs. À juste titre, E.ON regroupe les énergies renouvelables, les réseaux et les services. C'est dans ces deux derniers aspects que se cache l'intelligence du système. Comment utiliser au mieux moins d'énergie est la règle de l'avenir.

E.ON n'est pas une exception

La sidérurgie, l'agroalimentaire, la pharmacie, les moyens de transport, etc., sont dans cette logique. Si aujourd'hui les usines sont mondiales, chacun cherche le moyen de produire au plus près, au plus juste, au plus personnel. La production locale favorise l'emploi local, limite la pollution, est plus réactive, et finalement sera moins chère.

Certes, il s'agit d'une vision à trente ans, à l'horizon 2050. Cela paraît lointain ?

Les hyper-usines, comme celles de Foxconn ou celles qui nous envoient les découpes de poulets surgelés du Brésil, ne vont peut-être pas disparaître, mais elles ne répondront plus aux exigences des consommateurs locaux.

E.ON est tout simplement en avance sur l'industrie, l'emploi et l'environnement de 2050. Mais d'ici là, de nouvelles attentes auront émergé.

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

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Commentaires
a écrit le 02/03/2015 à 12:59 :
En France, l’énergie propre et locale cela existé déjà, c'est Enercoop, fournisseur d'électricité éthique et coopératif qui propose une offre unique, basée sur l'utilisation de sources d'énergie renouvelables et locale pour la production d'électricité. enercoop.fr
si vous attendez après l’Europe, c'est pas pour demain!!
a écrit le 17/01/2015 à 23:24 :
On pourrait répondre sans réserve qu'il faut produire local ; dans une approche différente de la mondialisation actuelle. Cependant nous ne pourrons muter de cette mondialisation à un autre système, sans nous donner les moyens de cette mise en place. L'Europe doit reprendre le relais, pour une économie de marché différente.
Alors comment créer cette Europe, si nous n'acceptons pas une répartition des rôles dans le développement de cette économie. C'est pourquoi nous devrions envisager une production industrielle de l'énergie électrique à partir des énergies renouvelables dans les pays où la géographie prédispose le déploiement. Mais compléter ce schéma par des appoints locaux. Le tout en développant les mesures d'économie de consommation. Cette vision ne peut se faire que dans un état fédéral.
L'énergie du nucléaire ne peut-être pérenne dès lors que nous ne possédons pas le combustible sur notre propre territoire.
a écrit le 24/12/2014 à 11:24 :
Les ressources en énergies ne doivent pas seulement qu'orienter notre consommation, elles sont un atout de développement d'un système économique pouvant organiser et répartir une économie Européenne. Ainsi il faut discerner les énergies locales qui devront servir d'appoint et de sécurité dans chacun des pays membres et une grosse distribution servant à l'intégration dans la performance, des pays de l"Europe du sud ; pour les énergies solaires. Un équilibre futur indispensable ; à caractère mondial concurrentiel.
a écrit le 21/12/2014 à 16:19 :
En Allemagne ou l'electricite coute le VRAI prix, le developpement des EnR, principalement le PV est du de plus en plus a des systeme d'auto-consommation avec batteries et appoint du reseau. Le metier de vendeur d'electricite est donc amené a decliner sans disparaitre (surtout pour les clients industriels fort consommateurs), pour etre remplacé par un metier de fournisseur de solution de production decentralisees ou la valeur ajoutee n'est plus tant dans le kWh que dans la fourniture du systeme et sa maintenance.
Dit ainsi ca a l'air simple mais deployé a l'echelle d'un groupe comme EON c'est un vrai defi.
Ce paradigme s'etendra a la France aussi, tout depend du courage de nos politiques a nous expliquer la verite : nous devons payer notre electricite plus cher pour financer l'entretien de nos vieilles centrales, leurs mise aux normes post-Fukushima, leur demantelement et le stockage des dechets nucleaires sur des millenaires.
a écrit le 16/12/2014 à 9:13 :
Sauf que les sources d'énergie citées fournissent beaucoup trop peu pour les besoins.
Réponse de le 17/12/2014 à 11:06 :
... aujourd'hui.

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