Panne sur le chantier énergie

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(Crédits : reuters.com)
Pas contents, les opérateurs de l'éolien. Eux qui s'étaient habitués à être choyés par les autorités européennes au nom de leur contribution à la lutte contre le changement climatique n'ont pas trouvé ce qu'ils attendaient dans la stratégie mise sur la table, à la fin de janvier, par Bruxelles.

Bien sûr, l'Europe tente de sauver son statut de champion mondial de protecteur du climat en se proposant de baisser ses émissions de CO2 de 40% à l'horizon 2030 (par rapport à 1990) et de faire passer la part des énergies renouvelables à 27%. Mais cette ambition n'est pas du goût du lobby européen de l'éolien.

Car il y manque un message clair aux capitales nationales avec une déclinaison pays par pays, estime l'EWEA. Non pas que ses membres - comme l'italien Acciona Energy, qui a tout de même installé 10.000 MW dans une quinzaine de pays - prennent particulièrement plaisir à voir les gouvernements ployer sous les diktats bruxellois, mais parce que qui dit objectifs chiffrés, dit politique industrielle et subventions à la clé.

Or, avec un marché de l'électricité encore dominé par le thermique et le nucléaire, et un prix des énergies fossiles certes volatil mais tiré vers le bas par l'abondance du gaz de schiste, les énergies renouvelables ne sont pas arrivées au point où elles peuvent se reposer sur les seules lois du marché pour équilibrer leurs comptes. EWEA est donc entré en campagne pour combler ce manque avec, en ligne de mire, la réunion des chefs d'État et de gouvernement de mars où l'énergie constituera le plat de résistance. Ce lobby n'est pas le seul à avoir des raisons de s'inquiéter.

Le problème est plus profond

Obsédée hier par la perspective de l'« oil peak », ce point, qui n'a jamais été atteint, où les réserves pétrolières devaient commencer à décroître, l'Europe doit faire face à présent à un « electricity peak », comme l'a dit Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez. La consommation d'électricité européenne n'a toujours pas retrouvé le niveau de 2007. La récession n'est pas seule en cause, les économies d'énergie et l'amélioration de l'efficacité énergétique finissent également par porter leurs fruits. Mais Gérard Mestrallet n'est pas le seul à déplorer une régulation basée sur les prix de court terme, qui déstabilise le marché et compromet l'investissement.


L'un des problèmes centraux de l'Europe est que ses infrastructures vieillissent et qu'elle doit donc en financer de nouvelles, tant pour la production que pour le transport... alors même que la demande stagne. La crise du marché électrique européen se résume à un problème typique d'investissement public et d'arbitrage entre long et court terme face auquel, en principe, la puissance publique devrait prendre les devants et dessiner une perspective à vingt ans. Or, fixer un objectif de réduction du CO2 n'y suffit pas. Tant s'en faut.

L'avenir est à la diversité des sources d'approvisionnement

Mais comment composer ce « mix » tout en limitant notre dépendance vis-à-vis des grands producteurs d'énergie fossile ? Et ce, dans un contexte où les mécanismes de marché ne permettent pas de gérer le moyen terme, où le prix du carbone, qui était censé orienter les investissements, ne joue plus d'autre rôle que d'engraisser les heureux bénéficiaires de « quotas gratuits », à commencer par les producteurs d'électricité...

Sans oublier que les aversions nationales pour le nucléaire divergent tout autant que les prix de l'électricité au compteur des ménages européens. Personne n'a donc la réponse et il y a fort à craindre que les chefs d'État progressent peu sur ce terrain. Pour repartir du bon pied, il faudrait commencer à faire le point sur les besoins du continent européen, procéder à la revue des avantages compétitifs des uns et des autres, et avoir une vraie politique de l'offre, qui ne repose pas seulement sur la concurrence, mais assume le besoin d'une planification des infrastructures.
On en est encore loin.

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Commentaires
a écrit le 21/03/2014 à 13:56 :
"il faudrait commencer par faire le point ..."
Si on réfléchissait rationnellement à Bruxelles ( Paris, Berlin..) ça se saurait
a écrit le 27/02/2014 à 14:48 :
sauf erreur, Acciona est un groupe espagnol.
a écrit le 26/02/2014 à 11:20 :
L'énergie nucléaire est une énergie fossile non émettrice de CO2.
Les énergies solaires et éoliens sont des énergies renouvelables mais émettrices de CO2 (via les moyens de productions très émetteurs en CO2 qui compensent la forte intermittence de ces énergies).
Réponse de le 26/02/2014 à 14:55 :
Dans ce cas, l'énergie nucléaire aussi émet du CO2, il faut bien adapter la production à la consommation qui varie fortement d'heure en heure (ce qu'une centrale nucléaire peut difficilement faire ; ce n'est pas pour rien que notre mix actuel n'est pas 100% nucléaire). L'hydraulique y contribue certes, mais dans ce cas c'est tout autant le cas pour les renouvelables.
Réponse de le 28/02/2014 à 11:05 :
Les centrales nucléaires françaises, à la différence d'autres pays, ne fonctionnent pas seulement en base. Elles font du suivi de charge et participent bien à l'équilibre production-consommation. Une partie de leur production est modulée en fonction d'un programme journalier pré-défini. Il suffit de voir les variations de puissance injectée par une centrale sur 24H (notamment la nuit) pour le comprendre.
a écrit le 26/02/2014 à 10:56 :
D'un coté on veut une économie libérale avec un minimum d'intervention de l'état. De l'autre dés que cela va moins bien on fait appel à l'état et à ses aides financieres
Si globalement le cout e l'énergie baisse, En France nos factures ne cessent d'augmenter. Il est vrai que pour l'électricité on a un cout assez faible
a écrit le 26/02/2014 à 9:20 :
"Obsédée hier par la perspective de l'« oil peak », ce point, qui n'a jamais été atteint, où les réserves pétrolières devaient commencer à décroître "

Pour information, le peak oil correspond au moment ou la PRODUCTION diminue. Les réserves prouvées, elles, diminuent déjà depuis longtemps....

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