Poutine et les mirages de la « soft law »

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(Crédits : reuters.com)
La stratégie de la soft law viendra-t-elle à bout du hard power russe ?

Les accords successifs de cessez-le-feu, jamais respectés, en Ukraine, n'y changent rien. De même que l'annonce faite par Vladimir Poutine de la suspension du projet de gazoduc South Stream par lequel Gazprom comptait renforcer son poids dans l'approvisionnement énergétique du sud européen. Il n'y a pas de « containment » de la pression russe.

En réalité, la guerre d'influence entre Européens et Russes est bien en train de s'étendre et de s'intensifier le long d'un axe Nord-Sud allant de la Baltique à la Mer Noire en passant la Biélorussie, l'Ukraine, le Caucase et les Balkans occidentaux. Indécise sur ses frontières depuis toujours, avant même la chute du rideau de fer (voir la perspective d'adhésion accordée à la Turquie dès les années 1970), l'Europe est en train de s'en découvrir une, quelque part à l'Est, au prix d'une guerre qu'elle n'a pas les moyens de soutenir seule.

À Bruxelles, le message reste, en substance : la stratégie de la soft law viendra à bout du hard power russe.

« Nous avons montré notre pouvoir », expliquait récemment une source haut placée à la Commission, forte du résultat des élections ukrainiennes qui venaient de confirmer le tandem pro-européen Poroshenko-Iatseniouk à la tête de l'ancienne république soviétique. Avant de reconnaître que l'on avait bien à faire à « un conflit totalement asymétrique ».

Mais à un conflit tout de même, en pleine escalade

Le revirement du président Juncker concernant la politique d'élargissement est révélateur.

« Il n'y aura pas de nouvel élargissement dans les cinq prochaines années », avait-il assuré en juillet devant les députés.

Il fallait « faire une pause, tout en continuant les négociations », selon lui. À présent, on assure à la Commission, off the record, qu'il y avait un « malentendu ».

La situation est « beaucoup moins stable que les gens ne le pensent même s'il n'y a pas de conflit » dans les Balkans occidentaux, où se trouvent les prochains candidats à l'adhésion.

Autrement dit : ce n'est pas le moment de relâcher l'influence européenne dans la région. On veut même croire que la politique russe est en train de jeter la Biélorussie dans les bras de l'Union.

« Je ne serais pas surpris que Loukachenko (le président biélorusse) nous demande de venir à Riga », au sommet européen qui se tiendra en 2015 sous la présidence lettone de l'Union.

Le calme et la subtilité avec laquelle Jean-Claude Juncker a accueilli l'annonce de la suspension du projet South Stream ne doivent pas tromper.

Il aurait pu crier victoire, dire que les Russes n'avaient pas les moyens de leur influence dans le sud de l'Europe. Au lieu de cela, il a expliqué que South Stream n'était pas mort, et que les Russes n'avaient qu'à respecter les règles européennes. C'était une manière de ne pas reconnaître que le coeur de l'Europe - la Bulgarie, membre plein et entier de l'Union, ou la Serbie, promise à l'adhésion, deux pays économiquement et politiquement fragiles, où des milliards sont en jeu dans cette affaire - est désormais potentiellement déstabilisé par ce Grand Jeu, où Poutine semble avoir toujours un coup d'avance.

Sa récente visite à Ankara annonce une alliance inquiétante entre le nationalisme russe et celui du Premier ministre turc Recep Erdogan.

Que cela arrive alors même que les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne sont censées se poursuivre, souligne également les ambivalences des Européens et leur impuissance à se forger une identité sinon nationale au moins géopolitique. Accessoirement, cela plante un coin dans l'Alliance atlantique, dont la Turquie est membre. N'en déplaise aux tenants de la soft law, les Européens payent plus que jamais cette « ambiguïté constructive » dont ils ont fait un mode de gouvernement et la poursuite de leurs intérêts économiques immédiats et divers. Leur dépendance à l'égard du seul pays capable de mettre dans la balance un hard power, les États-Unis, n'a jamais été aussi criante.

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a écrit le 17/12/2014 à 20:58 :
Désolé, Mme Autret, mais vous n'avez aucune idée sur quoi vous écrivez. Poutine est un politicien modéré en Russie, il n'est pas ni un Jean-Marie Le Pen ni un Mitt Romney et moins encore un John McCain. Dimitri Medvedev c'est déjà de l'histoire, il représente 'les Atlantistes', c'est-à-dire, cette l'élite 'libérale' moscovite orientée pro-Occident. Mais c'est une faction tellement détestée en Russie que, sondage après sondage, elle n'enregistre aucun soutien.

Si Poutine s'en va, il va falloir s'attendre à qu'un leader de ligne dure, intransigeant, prenne sa place. Le terrain actuellement est plus que propice à ce genre de nationaliste. Je pense à un Evgueny Fedorov, par exemple. Cela démontre bien à quel point la politique occidentale peut être étriquée, voire stupide, dans ses efforts pour saper Poutine . Les russes ont goûté 'le libéralisme' de l'élite et c'est ce régime que la Russie actuelle soutient, il suffit de voir le score de popularité élevé de Vladimir Poutine. Il est impossible de revenir en arrière. Les escrocs, comme Mikhail Khodorkovsky et d'autres de son genre – ceux qui sont fêtés à l'Ouest comme des victimes de Poutine – ils n'ont aucune chance auprès de la population.

Les analystes occidentaux le savent, mais ils ont tous compris que l'intérêt des Etats-Unis n'est pas d'entretenir une Russie démocratique et prospère (comme celle de Poutine jusqu'au putsch de février à Kiev), pour l'Establishment de Washington-Wall Street peu importe le genre de président russe, qu'il soit un ivrogne comme Yeltsin, ou un "libéral pro-Occident" comme Medvedev, ou un escroc comme Khodorkovsky, ou même un nationaliste anti-Occident comme Fedorov. Pour les disciples de Brezinky et Soros la Russie idéale est simplement une Russie dans le chaos, cassée, desarmée, appauvrie et quasiment anéantie.

Mais pour croire à une telle fantaisie, il faut réellement ne pas connaitre les russes.
Réponse de le 20/12/2014 à 11:05 :
Démocratique la Russie actuelle ? Envahir un pays souverain ne me semble pas très démocratique....
Réponse de le 23/12/2014 à 21:10 :
Un état démocratique envahi par la Russie ?
Débranchez la télé et regardez ou vous avez vu un pays envahi ???
Un pays démocratique celui dont les dirigeants sont arrivés au pouvoir par la force d'un coup d'état et dont les premières mesures attaquaient la population russophone de l'Ukraine?

On voit que la propagande anti-russe et pro toutou américain marche bien !
a écrit le 12/12/2014 à 23:36 :
Soyons sérieux : l'Europe n'est qu'un amas de supplétifs du vainqueur de la seconde guerre mondiale ( guerre entre européens d'abord ) ; l'OTAN et l'U.E en sont les instruments. C'est l'empire américain, naturellement issu d'une guerre intra européenne, qui s'échine à repousser 'l'ours russe"dans ses cavernes le plus à l'est possible.Le reste n'est que littérature.
a écrit le 12/12/2014 à 20:29 :
A bruxelles la "softpower"... Vous etes mal renseignee... Ce sont les pro-ue qui bombardent les villes a l'arme lourde... Les pro-russes se sont contentes d'une fusillade dans la rue.... Sur ce coup la, c'est plutôt Poutine qui la joue soft.... Mais il est vrai que face a l'UE et a l'OTAN, avec leur besoin insatiable de sang frais, même un tyran comme Saddam passe pour un enfant sage....
Réponse de le 20/12/2014 à 11:08 :
Vous n'avez pas l'impression que votre commentaire est peu crédible ?
a écrit le 12/12/2014 à 19:21 :
Vous inquiétez pas les USA tiennent le tisonnier!

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