Technicolor : (re) dit non merci à JP Morgan

Technicolor ne se laisse pas faire et le fait savoir... Le conseil d'administration du groupe français de technologies, en mauvaise posture sur le plan financier, a rejeté une nouvelle offre de montée au capital émanant de JP Morgan.

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Pour ceux qui prennent le feuilleton en cours de route, petit retour en arrière... Au début du mois de mai, la banque américaine avait signé un accord avec Technicolor pour prendre place au tour de table du groupe tricolore dans le cadre d'une opération d'augmentation de capital d'un montant compris entre 147 et 158 millions d'euros.

La banque américaine JP Morgan et ses filiales, regroupées dans un véhicule d'investissement ad hoc baptisé « Jesper » devaient bénéficier d'une levée de fonds réservée au prix de 1,60 euro par action. A travers cette levée de fonds, JP Morgan était en passe de devenir l'actionnaire de référence de l'entreprise avec entre 25 et 30% des parts qui seront en sa possession, si bien sur l'opération a été approuvée. Mais les plans de l'américain ont été contrecarrés par l'arrivée d'un trouble-fête du nom de Vector Capital. Le fonds d'investissement américain a déposé, une offre concurrente le 28 mai dernier. Il souhaite acquérir jusqu'à 30% du capital du groupe français via une augmentation de capital à un prix de 1,90 euro par action. Ne souhaitant pas voir le contrôle lui passer sous le nez, JP Morgan a décidé de surenchérir en proposant une augmentation de capital à 1,90 euro par action également. De prime abord, l'offre parait être alléchante mais si on y regarde de plus près, elle s'avère bien contraignante pour Technicolor.

C'est que les dirigeants ont estimé que ces conditions étaient contraires aux intérêts de la société et de ses actionnaires. Deux clauses, insérées dans cette nouvelle mouture, ont en effet provoqué l'ire du conseil d'administration. Dans la première, la banque souhaite être déliée de son engagement si une nouvelle proposition concurrente était « soumise ou approuvée » par les actionnaires tandis que dans l'autre, JP Morgan exige le versement d'indemnités en cas de rupture de négociation. Les sommes en jeu pourraient se monter à plusieurs millions d'euros.

Alors, le conseil d'administration préfère camper sur ses positions et soutenir le projet initial de JP Morgan. Pour rappel, l'offre de l'américain consistait à une augmentation de capital destinée à renforcer la structure financière de Technicolor et aussi à conforter la mise en ?uvre de son plan stratégique du groupe français de technologies. Les autres actionnaires ne sont pas exclus de cette opération, ils pourront eux aussi prendre part à cette nouvelle tentative d'assainissement du bilan de l'ex-Thomson Multimédia. Ils pourront y souscrire à un prix de 1,56 euro par action avec une parité d'une action nouvelle pour 8,5 actions anciennes.

A l'issue de la transaction initiale, 80% des fonds levés seront affectés au remboursement de la dette, pour un montant compris entre 118 millions d'euros et 126 millions d'euros. Dans ces conditions, la dette nette groupe devrait être sera comprise entre 813 millions d'euros et 823 millions d'euros alors qu'elle campait au dessus du milliard d'euros à la fin 2011, à 1,1 milliard d'euros précisément... Le groupe avait expliqué que cette bouffée d'oxygène financière confortera « la mise en ?uvre du plan stratégique « Amplify 2015 », dont l'objectif est de faire de Technicolor un « leader de l'innovation en matière de solutions de monétisation du contenu ».

Si cette entrée au capital devrait permettre au spécialiste des services multimédias de sortir la tête hors de l'eau (enfin pour un petit moment), il n'en demeure pas moins que Technicolor reste encore dans une situation financière des plus difficiles. Le groupe doit en effet composer avec lourd endettement, tel un fardeau en ces temps orageux dans le ciel économique.

Et pourtant en 2010, nombre d'observateurs parlaient de renaissance pour le groupe alors qu'il avait renoué avec les bénéfices à l'issue de cet exercice. Sauvé in extremis de la faillite en 2009, l'action du groupe évolue au gré des annonces concernant l'amélioration de sa structure bilancielle. C'est que Technicolor souhaite effacer à jamais son passé sous la bannière Thomson. Mais on l'a vu, difficile de se défaire de son passif (au sens propre et figuré) d'un claquement de doigts. Les investisseurs restent encore sceptiques quant à la stratégie de recentrage opérée par le groupe. Et cette défiance se traduit dans les cours, en 5 années, le titre a perdu plus de 90% et plus de 55% rien que sur une année.... Un parcours boursier qui s'avère calamiteux même en tenant compte de la reprise du titre depuis le début de l'année avec une hausse de plus près de 40%. En tout cas, le dossier Technicolor va encore défrayer la chronique en attendant la prochaine l'assemblée générale du 20 juin. Une réunion qui sera déterminante pour l'avenir d'un groupe exsangue...

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