"Il était incohérent d'arrimer le franc suisse à l'euro"

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Nathalie Janson est professeur
Nathalie Janson est professeur (Crédits : DR)
Au lendemain de la décision soudaine de la Banque centrale suisse de changer sa politique monétaire, Nathalie Janson, professeur associé en économie à Neoma Business School, analyse les conséquences de cette décision. La politique de cours plancher du franc suisse menée depuis trois ans, n'était pas cohérente avec le statut de valeur refuge de la devise suisse, estime cet économiste

Comment analysez-vous la décision de la Banque nationale suisse (BNS) d'en finir avec sa politique de cours plancher du franc suisse?

Cette politique de plancher du franc suisse n'était pas compatible avec le statut de monnaie de réserve de cette devise. Lorsque vous arrimez votre monnaie à une autre, puisque c'était bien de cela dont il s'agissait jusqu'hier, votre politique monétaire devient tributaire des  fluctuations monétaires que vous ne maîtrisez pas. En l'occurrence, la BNS avait décidé d'arrimer sa devise à l'euro, et devait donc intervenir régulièrement pour des raisons qui ne concernaient pas l'économie suisse, cela manquait de cohérence. En trois ans, cet interventionnisme monétaire a coûté plus de 200 milliards d'euros à la BNS si bien que son bilan atteint aujourd'hui 90% du PIB suisse. Pour comparer, le bilan de la Banque centrale européenne ou de la Réserve fédérale américaine ne dépassent pas 50% du PIB de la zone économique dont ils ont la charge.

La décision de la BNS pouvait donc être anticipée ?

Cela fait quelques temps que la presse s'interroge sur la pérennité de cette politique. Moi-même, j'ai été surprise que la BNS poursuive cette politique au moment du krach du rouble en décembre. A cette époque, elle avait dû vendre pour 21 milliards d'euros pour compenser l'afflux d'investisseurs sur le franc suisse. C'était d'ailleurs un autre indice: la diminution des réserves de changes n'était pas tenable. Mais, il faut dire que la BNS n'a jamais donné d'indications permettant d'anticiper sa décision.

La BNS a-t-elle, elle-même, anticipé les effets de sa politique monétaire?

La BNS s'est elle-même mise dans cette situation dont la fin était prévisible. Il y avait quelque chose d'incohérent à arrimer sa monnaie à une monnaie en pleine crise, pour un pays réputé pour sa stabilité et son conservatisme.

Quelles conséquences macroéconomiques peut-on craindre pour l'économie suisse ?

Dans un premier temps, il va y avoir une période de flottement surtout pour les entreprises qui n'ont pas couvert leurs positions. Mais cela ne remet pas en cause la compétitivité de l'économie suisse. D'ailleurs, les pays à monnaie faible ne sont pas les champions de l'exportation.

La Suisse est menacée par une inflation très faible, est-ce que cette décision ne fait pas courir un risque déflationniste au pays?

Je suis assez réservée sur la situation des prix en Suisse, ou en tous cas pour parler de très faible inflation au sens réel du terme. Le ralentissement de la hausse des prix effectivement constaté en Suisse est davantage le fait d'un phénomène d'assainissement de l'économie consécutif à la crise financière de 2007. D'ailleurs, une des préoccupations de la BNS qui a peut-être aussi motivé sa décision, c'était de circonscrire la bulle immobilière qui s'est formée.

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Commentaires
a écrit le 18/01/2015 à 18:58 :
Et c'est une "professeur"..?? Qui ne connaîtrait pas les swaps de devises entre toutes les banques centrales..?? Qui sont activables à volonté ... politique, d'ailleurs. Elle ne semble pas non plus connaître le nombre de monnaies arrimées soit au dollar, soit à l'Euro, non plus.
Je plains les éventuels élèves...
Réponse de le 30/01/2015 à 14:59 :
Et vos swaps n'ont pas de date d'échéance??? toute protection sur le marché a une date d'échéance. A cette date vous devez renouveller votre position (ou pas)....c'est a ce moment la que vous payez/encaissez la différence de cours ....par ailleurs toutes les entreprises n'ont pas le moyens de se couvrir!
Pour ce qui est de monnaies encrées au dollar ou à l'euro ....elles ne sont pas utilisée comme valeur refuge comme le franc suisse ! (couronne danoise par exemple) l problématique n'est pas la meme!
a écrit le 17/01/2015 à 22:36 :
"Cela fait quelques temps que la presse s'interroge sur la pérennité de cette politique..."

Donc, si je comprends bien, les journalistes s'y attendaient mais les traders n'ont rien vu venir. Ca serait bien qu'ils se fassent virer pour ne pas avoir lu les nouvelles dans le journal.
a écrit le 17/01/2015 à 17:11 :
le franc suisse est notoirement surévalué alors tout cela relève de la spéculation, non? Déjà à 1.20FS pour un euro, faire ses courses ou vivre en EU pour un suisse c'est comme se rendre dans un pays du tiers monde mais en donnant un bonus supplémentaire de plus de 20% cela frise l'incompréhension totale....certes, la zone euro a des difficultés mais notre économie est autrement plus puissante que l'économie suisse, non? le vrai cours de 1.60 / un euro semble si loin....la BCE devrait intervenir pour soutenir notre monnaie en relevant les taux bancaires à 2.5% car les taux pratiqués ont démontré leur totale inefficacité.
a écrit le 17/01/2015 à 14:27 :
Comment un professeur peut-il écrire de pareilles inepties ? Malheureux étudiants !!! Si la BNS a poursuivi une politique monétaire de parité fixe avec l'Euro, c'est est simplement parce que l'essentiel de l'activité economique de la Suisse se fait avec la zone euro d'où l'établissement d'un single money market BCE/BNS éradiquant autant que faire ce peut le risque de change pour les entreprises suisses. L'auteur doit d'urgence repasser sur les bancs de ses étudiants !!!!
a écrit le 17/01/2015 à 14:20 :
cette décision suisse, augure la fin de la partie de monopoly mondiale !
a écrit le 17/01/2015 à 14:08 :
une trouille que les dettes mondiales soient remises à zéro ?
Réponse de le 17/01/2015 à 14:40 :
EXAT???
a écrit le 17/01/2015 à 14:06 :
ça ressemble à une vision à court terme .... l'avenir le dira !
a écrit le 17/01/2015 à 14:03 :
N'importe quoi, c'est vrai il vaut mieux l'arrimer au Rouble !
a écrit le 17/01/2015 à 10:40 :
Les pays membres du club de l'€uro ne pouvaient supporter un pays européen non membre de ce club se porter mieux; c'était un défi contre leur philosophie globale, ils auront tout fait pour que ce pays fasse exactement la même chose, concernant une "liberté" tous azimuts. Maintenant ce pays va se retrouver devant de graves difficultés, pays d'export, ses exportations et son tourisme vont subir un grand coup, le résultat sera peut-être une capitulation devant les pays du club de l'euro au détriment de leur bien-être et de leur niveau de vie jusque-là bien supérieurs à ceux de n'importe quel pays européen.
Réponse de le 17/01/2015 à 13:15 :
les industriels auront des problèmes au début , les horlogers seront obligés de réduire leurs marges ( énormes ) et les autres vendront un peu moins à l'extérieur.
au pire , ils feront des plans de licenciements qui toucheront essentiellement les travailleurs frontaliers, ils exporteront le chômage.
Réponse de le 17/01/2015 à 18:04 :
@Gérard B.
Le niveau de vie des Suisses s'est beaucoup fait sur le dos des Européens. Les revenus de la finance ont largement contribué. La Suisse est un paradis fiscal qui a aspiré les liquidités de ses voisins qui auraient pu servir à autre chose qu'à stériliser des montagnes d'argent .
a écrit le 17/01/2015 à 9:33 :
La Suisse n'a vocation de créer de main d'œuvre non qualifiée pour créer des produits à faible valeur ajoutée.
Le CHF est une devise forte et doit le rester. Bientôt 1 EUR pour CHF 0,75 !
A +
a écrit le 17/01/2015 à 8:54 :
c'est vrai qu'il est bien plus cohérent d'arrimer le "franc grec" à l'euro.
a écrit le 17/01/2015 à 0:21 :
c'est toujours facile après coup. moi aussi je peux faire ce style d'article point besoin de diplome ni d'etre professeur.
Réponse de le 17/01/2015 à 14:29 :
Exact, et voyez ma réaction. "Professeur" un peu "court"...,
a écrit le 16/01/2015 à 22:00 :
la solution c est la suisse rejoingne l euro ..
Réponse de le 16/01/2015 à 22:57 :
Alors ça vous pouvez toujours courir, les suisses sont bien trop attachés à leur indépendance monétaire pour adopter l'euro. La preuve vient d'en être donnée.
Réponse de le 17/01/2015 à 0:04 :
La solution, c'est que l'euro rejoigne la Suisse !
Réponse de le 17/01/2015 à 7:54 :
A moins que l'Allemagne rejoigne la Suisse pour ensuite acquérir des actifs européens pour une bouchée de pain...
Réponse de le 17/01/2015 à 13:16 :
le résultat d'une votation sur le sujet ne fait guère de doute :-)
Réponse de le 17/01/2015 à 14:42 :
EXAT???
a écrit le 16/01/2015 à 21:29 :
la chine est un pays a monnaie faible qui bat des records d'exportations !!!
Réponse de le 16/01/2015 à 22:36 :
La Chine est un pays dont la monnaie ne flotte pas librement, ca n'est plus comparable à la Suisse qui jusqu'à il y a quelques jours baissait aussi artificiellement la valeur de sa monnaie en suivant un euro baissier. L'essentiel de l'expansion économique de la Suisse s'est faite soit avec des boites vraiment exportatrices et d'autres qui produisent hors de Suisse et vendent hors de Suisse. Pour ces dernières, leurs résultats vont être affectés, mais pour un investisseur étranger il est possible que la baisse de la valeur des actions en CHF soit compensée par la hausse du taux de change. Ce qui va être difficile, ce sont les services ou les industries Suisses qui produisent localement et vendent à l'étranger: elles viennent de se prendre une baffe terrible car à couts identiques elles rapportent 30% de moins ou alors elles ne passeront plus en prix: ca va ravager l'intérieur de l'économie. Pour en revenir à l'article lui même, effectivement une monnaie de réserve ne peut pas s'accrocher à une autre, ca n'a pas de sens. Mais que le Franc Suisse soit considéré comme une monnaie de réserve est le véritable non sens: en regard de la taille économique de la Suisse ce n'est pas logique: dans le monde d'aujourd'hui il faut comparer le PIB à celui de la Chine, des USA ou de l'UE et celui de la Suisse en est bien loin. Le CHF utilisé comme réserve est bien plus proche de l'or qu'autre chose de négociable: ca prend de la valeur parce qu'on veut que ca prenne de la valeur, pas à cause des fondamentaux économiques: la hausse du CHF a le gout de la spéculation. Il y a tout lieu de croire qu'il y a une bulle CHF, qui va retomber comme l'or l'a fait. A partir de ce jour le CHF aura perdu définitivement son aura de monnaie de réserve, tout le monde aura intégré qu'à l'heure actuelle la surface économique de la Suisse et son secret bancaire vacillant ne correspondent plus à ce qu'on doit attendre d'une monnaie de réserve.
Réponse de le 17/01/2015 à 14:43 :
EXAT??? C EST SA FORCE???
Réponse de le 17/01/2015 à 18:06 :
C'est pour ça qu'elle exporte. Mais la monnaie n'est pas tout, des salaires bas, ça aide aussi.
a écrit le 16/01/2015 à 19:54 :
Le raisonnement de l'économiste manque le point. L'euro initialement était à 1.6 contre franc suisse, cela veut dire que pour une économie suisse qui est quand même orientée sur l'exportation non seulement de services mais aussi de biens pour plus de 54 milliards en 2014, - horlogerie, mécanique, pharma, etc.. - le fait d'avoir une chute dans un premier temps de 1.6 frs à 1.4 frs contre euro signifie que les coûts des produits suisses à l'étranger sont renchéris de 15 à 20%, on rappellera que l'euro était à ce taux en 2002, 10 ans après l'euro ne vaut plus que 98 ct, cela veut dire que la valeur de la monnaie a été divisée à peu près par deux, le taux était même à 85 ct, en 10 ans absorber une perte de valeur d'un des marchés important pour la Suisse ou autrement dit un renchérissement de deux des produits suisses n'est pas absorbable par des gains de productivité ou d'efficience correspondants dans les entreprises. Autrement dit il aurait fallu diviser les salaires en deux, alors que l'on sait que le salaire médian en Suisse est de 7000 francs par mois soit en euro 7000 euros par mois soit un coefficient de 2-3 par rapport au salaire médian français, mais les produits suisses pour être compétitifs doivent être d'une qualité irréprochable et d'une haute technologie et d'un prix correct or avec un euro à 1.2 cela n'était pas le cas et le choc aurait été trop violent pour les entreprises. L'idée de la BNS était de favoriser ou de permettre aux entreprises exportatrices suisses d'encaisser le choc d'une dévaluation de l'euro ou d'une revalorisation du franc suisse pour les entreprises exportatrices. L'interlocutrice devrait savoir que le même processus a déjà été mis en place contre le DM à l'époque en 1977, mais les effets étaient limités. L'intérêt sur le franc suisse est aussi négatif actuellement , cela se comprend très bien, car Draghi va annoncer un plan de rachat de dettes d'état massif, il fait ce que l'on avait interdit de faire aux banques centrales nationales dans les années 1970, cela aura pour conséquence d'anéantir la valeur de la monnaie, on rappellera aussi qu'il fallait 4 francs suisse pour 1 dollar en 1970 aujourd'hui il vaut à peine 85 ct mais sur 40 ans, c'est une destruction de la valeur d'une monnaie et c'est exactement ce que va faire Draghi. On sait que les pays à monnaie forte on des exportations robustes et pas l'inverse, l'Allemagne et la Hollande avant leur entrée dans l'euro avaient des monnaies fortes, le florin et le deutschmark, alors que la France avait une monnaie faible, sa monnaie n'a fait que de faiblir croyant que pour bouster les exportations il suffisait de dévaluer un leurre, bien entendu.
Ensuite le franc suisse est effectivement la monnaie la plus forte du monde c'est un pied de nez formidable à tous ceux qui ont essayé de mettre à genoux le système bancaire suisse par la liste noire, OCD; USA, FMI, ou d'essayer de l'affaiblir alors que la réévaluation aussi brutale qu'inattendu aura pour conséquence de mettre le monde financier dans la tourmente par l'éradication de beaucoup de spéculateurs qui n'avaient rien vu venir et qui doivent couvrir leur position en Angleterre et aux USA, cela va faire mal on est au début d'un processus de purification majeure.
Réponse de le 17/01/2015 à 18:16 :
Il y a quand même une limite, une monnaie vraiment trop forte nuit aux exportations.
Quelques produits dont le luxe seront peu impactés, mais la majorité de ce qui se fait en Suisse et qu'on peut parfaitement produire ailleurs va souffrir.
Réponse de le 17/01/2015 à 21:14 :
La salaire médian est de 7000 CHF, parce que c'est une moyenne, car il y a beaucoup de gens riche.. 9% de la population ont en dessous de 4000 CHF, personnellement, je ne connais personne qui gagne plus de 7000 CHF!!
Donc ce salaire "médian" est loin de représenter la réalité...
Réponse de le 27/01/2015 à 22:13 :
Karine, le médian n est justement pas la moyenne. Le median est la valeur centrale: 50% gagne plus que le median et 50% de la population gagne moins. La moyenne par contre est effectivement une valeur biaisee par les hauts salaires.
Réponse de le 29/01/2015 à 17:20 :
Le salaire mediant, par définition , veut dire qu'il y a autant de gens qui gagnent moins que de gens qui gagnent plus. C'est différent de la moyenne qui peut être tirée vers le haut par une faible proportion de gens qui ont un salaire extrement élevé .
a écrit le 16/01/2015 à 19:36 :
En attendant pendant près de 4 ans ils ont une monnaie sous évaluée et ça a booste leur économie.
a écrit le 16/01/2015 à 19:09 :
c est dur le franc suisse qui est une monnaie solide ne pouvait pas continuer a acheter de l euro qui est en perdition ,mai tenant j attend que merkel se retire et l euro seras fini,enfin...!!
Réponse de le 16/01/2015 à 22:39 :
Pendant combien de temps continuera-t-on à vendre le mirage qu'on peut sortir de l'Euro? Qu'on l'aime ou pas on est dans le même bateau et on n'a pas le choix que d'avancer tous ensemble, la question "euro ou pas" c'était avant d'y aller qu'il fallait y penser.
Réponse de le 17/01/2015 à 14:31 :
Super intelligent, et avec le Franc Lepen, ce sera quoi le litre d'essence ? En tout cas, avec de la monnaie de singe, vous ne m'achèterez rien du tout....
Réponse de le 19/01/2015 à 14:42 :
L'EURO se meurt.CHAMPAGNE !!!

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