On ne peut pas la manquer. Été comme hiver, chaque samedi, Marie Wallace installe son stand au cœur d'Eastern Market, l'un des plus grands et des plus anciens marchés d'Amérique du nord. Âgée de 44 ans, la Française fait des crêpes et les fait bien au vu de son succès. En travaillant une seule journée par semaine, avec quelques extras parfois, Marie Wallace se verse autour de 5.000 dollars de revenu par mois. La Française est arrivée en 2004 à Detroit, quelques années avant la crise des « subprimes » en 2008 qui a jeté une bonne partie de la population à la rue.
Elle-même et son mari (dont elle est aujourd'hui divorcée), ont dû abandonner leur maison en 2006, acculés par les dettes. Prospère grâce aux usines Ford, la capitale mondiale de l'automobile comptait à son apogée, dans les années soixante, 1,8 million d'habitants. Il y en a aujourd'hui trois fois moins.
Comme nombre de familles, blanches surtout, Marie Wallace a elle aussi quitté Detroit en 2015 pour aller vivre à Grosse Pointe, une banlieue résidentielle à une petite demi-heure du centre. « Ici, on a tous les services possibles, assure-t-elle. On paye des impôts assez élevés mais on a des piscines, des cinémas, on vient nettoyer les trottoirs, enlever les feuilles et la neige. Pour nos enfants, on a accès une école gratuite parmi les meilleures de tous les États-Unis. Alors qu'à Detroit, les écoles publiques sont désastreuses. C'est pour cela que la ville ne se développe pas ! »