L'entreprise charentaise Lippi est encore là, mais à quel prix ? En un an, l'ex-ETI familiale a licencié 70 % de ses salariés et liquidé les deux tiers de ses filiales. Ses dirigeants ont subi la concurrence internationale et se disent éprouvés par les réglementations françaises.« Notre petite histoire s'inscrit dans la grande histoire de la désindustrialisation française. » Venir rencontrer Frédéric et Julien Lippi, c'est écouter le témoignage de chefs d'entreprise complètement lessivés par un redressement judiciaire rude. A quelques kilomètres au sud d'Angoulême, en Charente, leur navire industriel a pris l'eau. Sur 24.000 m2 de bâtiments, on y concevait, soudait, peignait des clôtures grillagées et portails métalliques. L'accueil aujourd'hui désert abrite un open space où seule la machine à café demeure fonctionnelle.
240 personnes étaient encore employées par le groupe et ses quinze filiales en 2022, qui fournissaient collectivités, sites industriels et particuliers.. A la suite d'un redressement judiciaire ouvert en février 2024, les effectifs ont fondu à 70 salariés et il ne reste que six entreprises derrière ce grand nom de la clôture grillagée créé dans les années 1960. Comme l'ont vécu d'autres secteurs, le cognac par exemple, la marque a connu une envolée de la demande après le Covid... puis un brutal retour à la réalité.
Les réglementations en ligne de mire
« Après un arrêt complet du marché en 2020, les gens se sont mis à consommer massivement pour leur habitat en 2021. Les distributeurs commandent du surstock à toutes les usines, on se retrouve avec des carnets de commande inouïs... jusqu'à ce que le château de cartes s'effondre », retrace Frédéric Lippi. En 2022, le fabricant enregistre 17 millions d'euros de commandes industrielles au premier semestre. La demande s'effondre à 8 millions au second.
C'est alors le début des pertes avec une structure industrielle et salariale surdimensionnée par rapport à la réalité d'un marché où il est difficile de se démarquer face à la concurrence internationale. Cette dernière crise du secteur creuse définitivement le retard de l'industriel français face à ses principaux concurrents, ibériques et chinois. Historiquement, le groupe avait fait le choix de maintenir sa production en France et son approvisionnement en Europe.