Actif depuis 1907, le site des papeteries de Condat a compté jusqu’à 1 200 salariés, soit le premier employeur privé de la Dordogne avant les années 2000.
En Dordogne, la menace d’une fermeture plane sur les 202 salariés des papeteries de Condat. Le groupe espagnol Lecta, qui enregistre des pertes continues, est prié de passer la main. Élus et salariés vont intervenir auprès des fonds d'investissement qui le détiennent.
Un colosse industriel de 30 hectares où ne tourne plus qu'une seule ligne. Aux papeteries de Condat en Dordogne, 202 salariés ne peuvent qu'interpréter les derniers signaux reçus face au mutisme de leur direction. Le 3 juillet, le président de l'entreprise a été démis de ses fonctions. Le 15, le siège des papeteries, historiquement situé en région parisienne, a été rapatrié en Dordogne. « Pour avoir un délai de liquidation plus rapide avec le tribunal de commerce », craignent ici les gens.
Depuis le printemps, le groupe Lecta, propriétaire du site, a cessé de rembourser un prêt contracté auprès de la région Nouvelle-Aquitaine comme l'a révélé Ici Périgord. Son président Alain Rousset s'est entretenu avec le directeur financier du groupe, bien décidé à récupérer les 9 millions d'euros restant, confirme-t-il à La Tribune. Sur place, il n'y a plus de commerciaux pour vendre les derniers papiers produits sur place tandis que les salaires n'ont été garantis que jusqu'à la fin de l'année. Pour mettre fin à l'histoire de l'usine centenaire, la méthode ne serait pas différente.
Trois fonds d'investissement
Au Lardin-Saint-Lazare, commune de 1 600 habitants sur un territoire rural et peu industriel, le nom de Lecta est sur toutes les lèvres. Les élus locaux et salariés du site en attendent une prise de parole. Mardi dernier, la table ronde qui les a réunis s'est soldée par un appel au départ du groupe espagnol spécialisé dans le papier et propriétaire de Condat depuis vingt-sept ans. « J'y suis favorable car c'est la seule solution pour éviter la fermeture de l'usine », confirme à La Tribune Philippe Delord, le délégué CGT, deux ans après le licenciement de 174 de ses collègues.
La maire de la commune embraye. « Les papeteries de Condat perdent environ 2 millions d'euros par mois. Nous souhaitons que Lecta vende le site, puis trouver des repreneurs. Pour y arriver, il faut essayer d'interférer sur les fonds d'investissement », vise Francine Bourra. Ils sont trois parmi les principaux actionnaires du groupe espagnol : le fonds français Tikehau Capital, adepte de l'immobilier et de l'aéronautique, l'américain Apollo Global Management et le britannique Cheyne Capital. Trois partenaires déjà bien au fait de la situation économique : les pertes de 2024 se compteraient en dizaines de millions d'euros, la dette globale, elle, en centaines de millions.
Députés, maires et autres élus du territoire préparent ainsi une lettre à l'intention de ces sociétés, qui ont peu à voir avec la Dordogne, pour leur ouvrir les yeux sur la situation. « Ce sont eux qui ont la clé et qui peuvent influer sur la direction de Lecta. La seule ligne qui tourne à Condat produit un papier à faible valeur ajoutée, qui ne permet pas de couvrir les frais fixes. Lecta a commis des erreurs stratégiques, je leur en veux terriblement », juge Francine Bourra. Condat a employé jusqu'à 1 200 personnes avant les années 2000.
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33 millions d'euros d'aides publiques
En 2023, le groupe décidait l'arrêt de la dernière ligne de production de papier couché en France, un papier blanc de haute qualité qui sert à l'impression des livres et magazines. Lecta a redirigé la production vers ses usines jumelles en Espagne et en Italie, laissant la Dordogne face à l'incompréhension. « La France consomme 320 000 tonnes de papier couché par an, la machine pouvait produire 260 000 tonnes par an. Il y avait bien assez de demande ! », calcule Philippe Delord.
Une rancœur d'autant plus vive que Lecta a reçu le soutien financier des pouvoirs publics pour installer une nouvelle chaudière et échafauder une nouvelle ligne de production consacrée à la glassine, un papier ciré et imperméable. Entre un prêt à taux zéro de la région Nouvelle-Aquitaine et une subvention de l'Ademe, ce sont 33 millions d'euros d'argent public qui ont été versés. Aujourd'hui, la production de glassine ne tourne qu'une vingtaine de jours par mois.
La certification obtenue pour en produire à destination des emballages alimentaires n'a d'ailleurs jamais été utilisée sur le site de Condat. « Si on était racheté par un industriel du papier, on pourrait mettre à son service un savoir-faire compétent et un outil neuf », fait valoir le délégué des salariés. Le syndicat CGT sera reçu le 11 septembre au ministère de l'Énergie et de l'Industrie pour discuter du dossier et chercher à éviter à tout prix un naufrage industriel annoncé, si ce n'est préparé.