Verrerie française en crise : Sophie Binet dénonce « le fiasco économique du gouvernement »

La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet est venue soutenir les salariés d'OI-Glass en Gironde ce 9 septembre 2025.
MG / La Tribune

La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet est venue soutenir les salariés d'OI-Glass en Gironde ce 9 septembre 2025.
MG / La Tribune
800 kilomètres séparent leurs deux usines. Et pourtant, ce 9 septembre au matin, les verriers de Gironcourt, dans les Vosges, étaient sur le site girondin d'OI-Glass. Tout comme leurs collègues du Gard, de la Loire, de la Champagne ou du Puy-de-Dôme, rejoints par des confrères des deux autres leaders du verre, Verallia et Saverglass. A l'appel de la CGT, plusieurs centaines de personnes se sont mobilisées devant l'usine de Vayres, à l'est de Bordeaux, pour contester un plan de licenciement qui menace jusqu'à 556 salariés sur les 2 000 que le groupe emploie en France.
« La direction veut augmenter la capacité de production, en réduisant les effectifs. L'obsession d'OI-Glass, c'est le coût de production à la tonne. C'est terrible pour nous car on génère un fric fou, et derrière, ils cassent », s'indigne Ghyslain Badonnel, salarié de l'usine vosgienne qui fournit les bouteilles pour le géant de la bière Carlsberg. Une colère mêlée d'incompréhension, largement partagée au sein des manufactures verrières. Après avoir enregistré des profits records durant le Covid et bénéficié de dizaines de millions d'euros de soutien public pour décarboner les fours, l'industriel taille dans la masse salariale.
« L'un de nos deux fours ne repartira pas, regrette un salarié de l'usine de Vayres, première manufacture des bouteilles de bordeaux. La production se porte très mal car la crise du vin est toujours là. La production d'OI France doit encore être réduite de 47 000 tonnes sur la fin de l'année. Toute la motivation des gars est retombée », témoigne-t-il, alors que l'arrivée du plan social fait bondir l'absentéisme. Le site a déjà bénéficié de six mois de chômage partiel pour chacun de ses fours, tandis que 4 millions d'euros ont été versés par l'Ademe pour la construction du nouveau four à oxygène inauguré en 2023. L'unité de production décarbonée fait pourtant ici la fierté des salariés. 80 voire 120 sur les 240 du site risquent le licenciement.
De quoi nourrir une certaine amertume dans les rangs. Face à la forte demande des producteurs de vin et bière durant le Covid, les verriers avaient largement augmenté leurs prix. La manœuvre fait d'ailleurs l'objet d'une enquête de l'Autorité de la concurrence. « OI réalise des profits en France mais il a accès au chômage partiel. Pourquoi ? », s'interroge le secrétaire général de la section Verre et Céramique de la CGT, Philippe Thibaudet. Les sites de Veauche (Loire), Reims (Marne) et Gironcourt (Vosges) ont également bénéficié de deniers publics pour la construction de nouveaux fours.
Tandis qu'un rapport sénatorial a évalué à 211 milliards d'euros le montant annuel des aides publiques aux entreprises, la cheffe de file du syndicat, Sophie Binet, abonde et propose :
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Un double jeu auquel OI-Glass, qui a réalisé un bénéfice net de 43 millions d'euros en 2023 en France, se prête aussi. L'activité récente de ses sept usines tricolores a été marquée par des mesures de chômage partiel et des arrêts de ligne. La suppression nette d'effectifs vise environ 340 postes, mais ce sont 550 salariés qui pourraient partir en cas de refus de reclassement. Soit 25 % des effectifs français de la marque. Rendu public début avril, le plan intitulé « Fit to win » (S'ajuster pour gagner) est ainsi mis à exécution pour gagner en productivité. Les restructurations vont bon train dans toute l'Europe, entre fermetures de lignes en Allemagne, extinction de fours aux Pays-Bas et en Écosse, réorganisation du siège en Italie et fermeture d'une usine à Barcelone.
Tout comme ses concurrents Verallia et Saverglass, le fabricant dit être confronté à la baisse des ventes d'alcool, en particulier sur les marchés du vin et de la bière. « Ce ralentissement, combiné à une surcapacité et à une forte concurrence, a incité l'entreprise à envisager des actions supplémentaires pour améliorer sa compétitivité à long terme », précise le groupe par communiqué. Les salariés constatent aussi ce ralentissement. « Le développement de la canette aluminium nous fait très mal. Il y a une quinzaine d'années, elle donnait un goût de métal. Ce défaut a été gommé et aujourd'hui, elle affiche des couleurs, des formes et un packaging qui donne envie. Elle nous prend des parts de marché », affirme Ghyslain Badonnel dont l'usine vosgienne produit près de 2 milliards de flacons chaque année.
L'inquiétude est quant à elle a son comble du côté de Vergèze, dans le Gard, chez le fournisseur historique de l'eau minérale Perrier. Le scandale sanitaire déclenché par Nestlé pourrait causer la fermeture de l'usine et le licenciement des 164 salariés d'OI-Glass. « On est à la recherche d'un repreneur dans le domaine du verre. Si on ne trouve pas, il y a la possibilité d'une reconversion industrielle », se projette Guillaume Boisson, délégué CFE-CGC du site. Approché, Verallia ne se serait pas montré intéressé pour une reprise. Nestlé n'a quant à lui pas répondu aux sollicitations des salariés.
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L'État est sommé d'agir pour sauver les verreries qui font partie des dernières usines en France implantées à proximité de leurs clients. « Ce plan de licenciement illustre le fiasco économique du gouvernement d'Emmanuel Macron. Les aides publiques sont attribuées sans aucune condition, tonne Sophie Binet. On a besoin de plus de verre pour remplacer les emballages en plastique, c'est une industrie d'avenir et de proximité. Fermer les usines serait une catastrophe environnementale », agite-t-elle en appelant les industriels à se diversifier. Pour les salariés et leurs représentants, les négociations autour du plan social vont débuter ce vendredi à Vaulx-en-Velin, dans le Rhône, au siège d'OI-Glass France.
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