Recyclage du plastique : malgré un fort soutien public, Valoregen a été liquidée

L'usine de Valoregen était installée à Damazan, en Lot-et-Garonne.
SEM47

L'usine de Valoregen était installée à Damazan, en Lot-et-Garonne.
SEM47
Grâce à une combinaison brevetée de procédés mécaniques et chimiques, Valoregen devait être en mesure de recycler jusqu'à 70 000 tonnes par an de films plastiques souples utilisés dans l'alimentaire et la logistique. En 2022, son PDG, Thierry Perez, avait su bâtir un plan de financement de 17 millions d'euros mêlant fonds bancaires, un prêt obligataire de 2 millions d'euros auprès de Dow Chemical, l'un de ses futurs clients, et 6 millions d'euros d'aides publiques.
Mais tout ne s'est pas passé comme anticipé par le chef d'entreprise. « Le crédit-bail pour financer les machines a pris un an de plus que prévu, nous avons rencontré des problèmes importants sur la toiture du bâtiment et la réglementation européenne, porteuse au départ, n'a cessé de se complexifier », relate Thierry Perez. L'usine, installée à Damazan (Lot-et-Garonne), est finalement entrée en fonctionnement début 2024 mais avec seulement une ligne partielle de recyclage mécanique. De quoi générer 700 000 euros de chiffre d'affaires l'an dernier.
« Nous avons ensuite réalisé 1,8 million d'euros au premier semestre 2025 mais nous étions très fragiles sur le plan de la trésorerie. Alors quand Dow Chemicals a eu besoin d'un délai de six mois pour répondre aux nouvelles exigences européennes de traçabilité du plastique, nous n'avions pas de quoi tenir », se désole le dirigeant agenais, qui évoque « un besoin de fonds de roulement de seulement 1,5 million d'euros ».
Mais, malgré près de six millions d'euros de commandes fermes d'ici au 31 décembre, aucun acteur n'a souhaité réinvestir dans Valoregen, qui avait déjà été contrainte de se refinancer deux fois compte tenu des aléas au démarrage.
La PME de 48 salariés s'est retrouvée en cessation de paiement cet été puis a été placée en redressement judiciaire début août avant d'être liquidée par le tribunal de commerce d'Agen ce mercredi 3 septembre, lestée de 15 millions d'euros de dettes.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Une faillite qui fait écho à celle de l'entreprise RecyOuest en Normandie fin juillet.
De son côté, la Région Nouvelle-Aquitaine ne reverra pas les 3,9 millions d'euros d'avances remboursables versées en 2021 pour soutenir l'amorçage industriel du projet. « C'est un dossier qu'on a beaucoup suivi et soutenu. L'entreprise a fonctionné sur le recyclage mécanique, qui produit des granules, mais ce n'était pas assez différenciant sur le marché dans le contexte actuel tandis que le traitement chimique du plastique visant à produire des huiles n'a jamais pu être déployé », constate Maud Caruhel, vice-présidente en charge de l'ESS, de l'économie circulaire et des déchets.
À lire également
« Le procédé chimique est breveté et à l'étape du pilote industriel mais on n'a pas pu le mettre en place au plan industriel », confirme Thierry Perez, pointant également « les flots de plastiques chinois qui inondent le marché européen sans contrôle à l'entrée ». Il reste à voir si certains actifs de Valoregen seront repris par des investisseurs ou acteurs industriels. Auquel cas, la Région compte bien avoir son mot à dire compte tenu de ses créances.