« On ne peut pas comprendre le monde en s'affranchissant de l'économie » (Cédric Gras)
Propos recueillis par Maxime Giraudeau, à La Rochelle
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L'écrivain voyageur Cédric Gras a présenté son livre et son documentaire sur les traces des Alpinistes de Staline, lors du festival du film et du livre d'aventure de La Rochelle.
Samuel Buton
Entre deux projets narratifs, l'écrivain et voyageur Cédric Gras était de passage au festival international du film et du livre d'aventure de La Rochelle, qui s'est déroulé du 15 au 21 novembre. Le lauréat du prix Albert Londres 2020 relativise grandement les perceptions idéalisées sur son métier, qu'il a d'ailleurs du mal à qualifier comme tel. Entretien avec un témoin qui, au terme d'explorateur préfère celui de "saltimbanque en embuscade", et aborde la société au travers de facettes économiques parfois délaissées.
LA TRIBUNE - Ces derniers temps sur vos réseaux sociaux, on peut vous voir traverser le plus grand glacier du monde en Russie, faire la promotion d'un documentaire d'exploration en montagne ou encore survoler le massif des Écrins en hélicoptère. Vous comprenez que les gens puissent avoir toutes les raisons de vous détester ?
Cédric GRAS - Non, parce que je travaille beaucoup ! Et c'est amusant d'être confronté au public avec ces questions parfois un peu candides. Mais c'est normal, chacun son métier. Les gens ne voient que la façade agréable de l'affaire. Je ne me plains pas de ma condition mais il y a du travail derrière. Un film c'est d'abord une idée : ça s'écrit, ça se vend, ça se tourne, c'est du travail en équipe. Un livre constitue un boulot énorme. Mon dernier livre (*) c'est deux ans de travail, d'enquête et puis il faut trouver des financements parce que le livre ne rapporte pas beaucoup d'argent. C'est vrai qu'on n'offre que le produit fini au public... Non, je ne voudrais pas qu'on me déteste. (rires)
Derrière cette fascination du public pour l'exploration, votre implication physique et psychologique n'est-elle pas dévorante dans votre vie personnelle ?
L'avantage de ce genre de métier, c'est qu'il s'agit d'un "métier passion". Je n'ai pas une journée qui commence à neuf heures et finisse à dix-huit. Mon métier est ma vie, et inversement. Je ne fais pas la différence entre les heures de travail et les heures de loisirs ; ça n'existe pas...
Alors comment arrivez-vous à garder un équilibre ?
Parfois ça prend le pas... Vivre pour quelque chose qui vous anime c'est merveilleux, si ça vous dévore tant mieux. Je n'ai pas du tout besoin de me garder du temps pour des vacances ou des loisirs. Je n'ai pas envie d'aller rien faire !
Et en même temps, sur cette question de travail et loisirs : mon métier ne correspond pas à une case dans les formulaires. Quand je me retrouve dans un dîner, tout le monde parle de son job, se plaint, se félicite, se vante et moi, je me sens toujours un peu à l'écart puisqu'on n'est pas dans le monde du travail tel que le connaissent 90 % de la population. J'ai un ami voyageur qui s'est cassé le bras et qui ne sait même pas comment faire auprès de la Sécu pour déclarer un arrêt maladie. Je n'ai moi-même jamais pris un arrêt maladie de ma vie. On est complètement hors de ce cadre-là. On ne compte pas nos heures de travail et si on ramenait le nombre d'heures qu'on passe à l'écriture d'un livre ce serait...
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