LE MONDE D'APRES. "Je ne veux pas d'une parenthèse et que tout redevienne comme avant. La crise doit faire évoluer les réflexes et les postures de chacun d'entre nous. Le lien social, le local, la solidarité sont des valeurs défendues depuis longtemps par le tissu associatif !" Dans un long entretien à La Tribune, Léa Thomassin, la présidente d'HelloAsso, revient sur les conséquences de la crise sanitaire et économique pour le monde associatif, sur le modèle économique atypique d'HelloAsso fondé sur le don et sur la trajectoire hors norme de cette entreprise, basée à Bordeaux, qui fête ses...LA TRIBUNE - Depuis fin 2019, vous êtes la présidente d'HelloAsso. une entreprise qui propose aux associations des services entièrement gratuits et ne fonctionne que grâce aux contributions volontaires des particuliers. Est-ce qu'au moment de créer HelloAsso avec Ismaël Le Mouël en 2010, vous espériez permettre aux associations de récolter plus de 200 M€ en dix ans ?
LÉ
A THOMASSIN - Absolument pas ! En mars 2009 quand on a décidé de se lancer dans ce projet c'était en utilisant des signatures d'e-mails solidaires. A ce moment-là, on n'avait aucune idée de là où on allait précisément. Pendant ces dix ans, il y a eu plusieurs phases très différentes à commencer par une traversée du désert pendant trois ans autour de ces signatures d'e-mails solidaires... Cette période a été très compliquée et on s'est retrouvé à deux doigts d'abandonner. Mais bien souvent on ne se rend pas compte à quel point on est proche du succès quand on pense à abandonner et, finalement, l'activité d'HelloAsso a vraiment démarrer dans les mois suivants. Ce qui nous a sauvés c'est la solidarité entre les trois associés de départ, la volonté commune de ne pas lâcher et le fait d'avoir rencontré quelques centaines d'associations qui nous ont fait évoluer en nous demandant des modules de dons en ligne. On a finalement mis en place cette solution en 2012.
C'est de là que date le réel démarrage de l'entreprise telle qu'on la connaît aujourd'hui ?
D'une certaine manière oui puisqu'en l'espace de quelques mois on a vu plus de 500 associations s'inscrire sur HelloAsso pour bénéficier de cet outil de collecte de dons en ligne. Dès le départ, il a été conçu avec un modèle de rémunération fondé sur un don supplémentaire au profit d'HelloAsso. Une idée inspirée des Etats-Unis qui n'existait pas en France. On a donc été des précurseurs et dix ans plus tard c'est encore un choix très rare par rapport au modèle classique des paiements lignes fondé sur des commissions. Donc à partir de 2013, on a pivoté pour se concentrer sur ce nouveau modèle en étoffant la solution avec beaucoup de développements informatiques : campagne de financement participatif, gestion des adhésions, gestion de la billetterie, etc.
Propos recueillis par Pierre Cheminade