L'Europe veut garder ses meilleurs cerveaux

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L'Europe souhaite attirer et retenir les meilleurs cerveaux.
L'Europe souhaite attirer et retenir les meilleurs cerveaux. (Crédits : Reuters)
Pour lutter contre l'attractivité des Etats-Unis pour les chercheurs, l'Europe développe depuis plusieurs années ses dispositifs d'aide. Dernier outil en date, une aide conjointe avec les régions. Une quinzaine sont impliquées en France.

Mobilité des chercheurs = fuite des cerveaux aux Etats-Unis. Pour beaucoup, la mobilité internationale des chercheurs se réduit à cette équation. Fin 2010, une étude de l'institut Montaigne sur les expatriés de l'Enseignement supérieur aux Etats-Unis enfonçait le clou. Car si seulement moins de 2 % des chercheurs français partent outre-Atlantique, le phénomène s'accélère, en particulier chez les jeunes post-doctorant à la recherche d'un poste permanent. Et il est pire dans d'autres pays européens comme le Royaume-Uni, l'Italie ou l' Espagne.

Mais comme le souligne Axel Kahn, le président de l'université Paris 5-Descartes, si plus de la moitié des étudiants en sciences dures effectuent leur post-doctorat à l'étranger, en priorité aux Etats-Unis, le Royaume-Uni puis la Suède, l'Allemagne et la Suisse restent des destinations privilégiées. Après, "la vrai question est le non-retour de ceux à qui les Etats-Unis font des offres alléchantes et qui ne reviennent pas".

"Job market"

Dans ce contexte de forte concurrence sur le "job market" des chercheurs et craignant une pénurie de chercheurs dans certaines disciplines, l'Europe cherche depuis les années 2000 à améliorer son attractivité et son "capital connaissance". Après avoir créé en 2000 l'Espace européen de la recherche, elle s'est dotée en 2005 d'une charte et d'un code de conduite pour le recrutement des chercheurs. Objectif : développer, en supprimant les "obstacles administratifs et juridiques à la mobilité géographique et intersectorielle" "un marché européen du travail attrayant, ouvert et durable" afin de "recruter et de conserver des chercheurs de grande valeur".

Parallèlement, la Commission européenne augmente régulièrement ses financements en la matière. Dans le cadre du programme cadre pour la recherche et le développement 2007-2013 (7e PCRD), 4,8 milliards d'euros sur 50 milliards d'euros (soit une hausse de 50 % par rapport au 6e PCRD) sont consacrés aux "actions Marie Curie", qui s'adressent aux chercheurs titulaires. "Un projet de mobilité de 2 ans peut ainsi obtenir 250.000 euros pour financer le salaire du chercheur mais aussi les frais annexes et de laboratoire", explique Stéphane Aymard, "point de contact national mobilité" du programme et responsable de la direction recherche de l'université de la Rochelle.

Bourses ouvertes à la mobilité hors d'Europe

500 bourses (sur 2.800 candidats) ont ainsi été attribuées en 2010 en majorité à des chercheurs espagnols et italien. En terme de destination, "la France est plutôt bien placée puisque deuxième derrière le Royaume-Uni", indique Jean-Luc Nahel, délégué permanent de la conférence des présidents d'universités (CPU) à Bruxelles. Pour s'imposer sur la scène internationale, à partir de 2002, Bruxelles a décidé d'ouvrir ces bourses à la mobilité hors d'Europe. En 2010, 120 bourses supplémentaires ont ainsi été octroyées pour des chercheurs "sortants" (majoritairement aux Etats-Unis, au Canada et en Australie) et 137 pour les "entrants" (en provenance principalement des Etats-Unis, de la Chine et d'Inde).

Symptomatique ? L'Europe craint tellement la fuite des ses cerveaux qu'elle conditionne son aide à l'expatriation hors de ses frontières à un retour obligatoire au bout de deux ans (une année supplémentaire d'aide financière au retour est dans ce cas garantie). Les actions Marie Curie, qui ont bénéficié à 15.000 chercheurs depuis leur création en 1992 (pour 70.000 candidats...) devraient encore monter en puissance dans le 8e PCRD. Parallèlement, la Commission finance environ 70 réseaux de laboratoires par an pour la formation de doctorants ainsi que 60 partenariats entreprises-universités. Concernant l'aide au retour des expatriés depuis plus de 3 ans, elle accorde annuellement 500 financements de 25.000 euros par an sur 4 ans, "ce qui équivaut environ à 50 % du salaire en France, précise Stéphane Aymard. Cette aide marche très bien, notamment en Grèce."

Cofinancement avec les régions

Dernier outil en date, "Cofund", lancé en 2009, démarre tout juste. L'idée ? Mettre en place un cofinancement à hauteur de 40 % avec les régions et les universités pour répondre à la demande... tout en dépensant moins. En France, 14 régions se sont associées au projet porté par la CPU. D'autres ont refusé, préférant s'appuyer sur leurs propres programmes. Une trentaine de postes devraient ainsi être financés en 2011-2012 en France pour des chercheurs étrangers. Enfin, la politique européenne s'évertue à améliorer l'accueil et les conditions de vie des chercheurs ( procédures de visas et de circulation plus souples, projet de fonds de pension paneuropéen uniformisé, site de services et d'offres d'emplois Euraxess...).
A priori, le mouvement semble enclenché. Jean-Luc Nahel sent un frémissement : "L'Europe devient depuis quelques années plus attractive pour les chercheurs américains, en particulier le Royaume-Uni, les pays du Nord et l'Allemagne." En l'espèce, la France compte sur le grand emprunt pour accroître sa propre attractivité. A condition que l'équilibre territorial soit respecté et que les universités des grandes métropoles n'absorbent pas aux dépens des plus modestes tous les meilleurs chercheurs en mobilité.

SUR LE MEME THEME :
Mercredi 25 mai, ateliers en partenariat avec la Commission européenne, de 11h30 à 13h00 : « Quelles perspectives pour le 8e PCRD ? » ; de 14h00 à 15h30 : « Actions Marie Curie ». Rencontres Universités Entreprises (RUE), 25 et 26 mai, CNIT Paris La Défense. www.rue2011.com
 

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a écrit le 16/09/2011 à 13:13 :
Les jeunes ont le choix entre :
En France : Un salaire en dessous de celui des ingés (28 000 euros), une médiocre reconnaissance sociale et professionnelle (vous êtes docteur ? ah vous allez pouvoir m'aider je crois que j'ai une gastro) et une insertion professionnelle difficile (les entreprises préfèrent les ingés, les chercheurs enchainent post doc sur post doc avant de se retrouver maitre de conf avec un peu de chance).

A l'étranger : Un bon salaire (50 000 $/an), une reconnaissance certaine (aux US, le PhD est vu comme un passioné travailleur. En Allemagne, le Doktorat est presque une obligation pour atteindre de hauts niveaux de responsabilité), et une insertion professionnelle plus facile.

Quelle question reste t il à se poser pour nos chercheurs ?
a écrit le 19/05/2011 à 23:34 :
Les Français sont des veaux, pas des cerveaux :-)
a écrit le 19/05/2011 à 17:59 :
Donnez nous les places occupée à haut niveau en fonction des origines familiales !aprés ,vous pourrez écrire que les jeunes chercheurs sont dans l'obligation de partir de France car , eux , ne trouvent pas de job en France .Dans ma famille 2 docteurs sont partis et vivent trés bien ,avec de grandes responsabilités alors qu'ils ne trouvaient rien ici ......Eux ,ne parlent pas de retour ,ils ont fondé famille là-bas .
a écrit le 19/05/2011 à 17:33 :
Vu le niveau des salaires des enseignants chercheurs en France, cela n'est pas surprenant. D'autant plus que leurs salaires sont bloqués pour la 2ème année consécutive ! Et quand on voit que les traders, qui ont pourtant coulé leurs banques au point de nécessité des sauvetages de plusieurs milliards, et qui ont créé une crise monumentale, touchent 2 ans plus tard un bonus annuel moyen de 200 000 euros, il n'est pas surprenant de constater que la moitié des polytechniciens préfèrent faire de la finance foireuse mais rémunératrice, plutôt que de la recherche. "Pour la gloire, la science et la nation" dit leur tradition... Ce serait plutôt "pour le fric, le fric et le fric"... Alors si l'on veut une recherche valable, il est nécessaire de payer suffisamment les chercheurs pour éviter qu'ils ne fuient tous vers des activités ou des pays mieux payés. Commencer à 1700 euros après bac +8, c'est nettement insuffisant.
Réponse de le 19/05/2011 à 21:05 :
@ Salaire: nous vivons dans un monde capitaliste dans lequel c'est l'offre et la demande qui fixe les salaires. pour n'importe quel poste, il y a actuellement un millier de candidats. Par conséquent, les employeurs, en France et ailleurs, peuvent se permettre de rabaisser les salaires.
a écrit le 19/05/2011 à 11:13 :
Chercheurs d'or avant tout !! El le cerveau dans tout ça?
a écrit le 19/05/2011 à 10:12 :
Que vient faire Sarko qui gouverne depuis 4 ans et ne peut , dans la situation actuelle de quasi faillite,
a écrit le 19/05/2011 à 9:20 :
Parce qu'il existerait encore une "recherche" en France !!!!
Etonnant avec la RGPP.
Mes enfants ont fui le Sarkozystan tant les "salaires" sont ..... mirobolants ....
à peine celui de la technicienne de surface ...... avec un bac + 8.
Il vaut mieux glander dans une banque ou être politicard pour pouvoir vivre.
Il n'y aura que le fin de triste dans 5 à 10 ans nous serons la lanterne rouge de la recherche et de l'innovation.
a écrit le 19/05/2011 à 7:44 :
Si on veut du personnel qualifié il faut le payer. Ma fille (BAC+10) est dans ce cas. Elle travaille au EU depuis trois ans et ne parle pas "malheureusement pour nous" d'un retour en France. Un pays où les chercheurs, les enseignants, les infirmières doivent crever de faim et où les traders, les présentateurs gagnent 100 fois plus est un pays qui se meurt. Gagner des millions pour taper dans un ballon n'a jamais fait progresser l'humanité.Aujourd'hui Pasteur quitterais la France.
Réponse de le 19/05/2011 à 9:44 :
On s'en passera, un conseil rejoint la
Réponse de le 19/05/2011 à 11:13 :
Le commentaire de votre contradicteur explique une large partie de cette situation catastrophique.
Réponse de le 19/05/2011 à 14:30 :
Je peux dire à by by qu'il ne risque pas qu'on vienne le chercher. Ces neurones dégénérés n'intéressent personne.
Réponse de le 19/05/2011 à 21:07 :
@ partir: bon, espérons qu'avec son BAC+10 elle n'a pas oublié le balai et la serpillère. Ce serait quand même dommage :-)
Réponse de le 20/05/2011 à 9:46 :
@partir?

-Dans mon commentaire il y a 2 choses (si vous savez lire)
"on s'en passera" c'est une constatation.C'est votre fille qui a décidé de s'expatrier et, même si c'est dommage, elle a choisi l'argent à la France(c'est son droit)et je le respecte.Comme vous le dite vous même elle n'a pas l'intention de revenir.Rassurez vous d'autres gens qualifiés n'ont pas pu partir aux EU pour diverses raisons et rien ne dit qu'ils ne seront pas aussi compétants que votre fille.Nous nous en passeront donc ne vous en déplaise.
"rejoint la" est un conseil, en effet vous semblez avoir vraiment mal à la France et dans ce cas autant arrèter là votre douleur. Il est donc préférable que vous partiez vous aussi au EU.
Enfin les Etats Unies ne sont peut être pas venus chercher MES neurones dégénérés mais visiblement LE votre ne les intéresse pas non plus.

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