Gagner plus pour donner plus, ou l'art de mener une carrière éthique

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80,000 hours propose de mettre sa carrière à contribution pour aider à lutter contre l'extrême pauvreté. Comment ? En donnant à des associations humanitaires efficaces, tout simplement.
80,000 hours propose de mettre sa carrière à contribution pour aider à lutter contre l'extrême pauvreté. Comment ? En donnant à des associations humanitaires efficaces, tout simplement. (Crédits : © Luke MacGregor / Reuters)
Être trader à Wall Street et contribuer à réduire l'extrême pauvreté dans le monde, c'est possible. Du moins est-ce ce que vante 80,000 hours, une plate-forme qui propose de mettre à contribution sa carrière pour faire le plus grand bien possible. Explications.

Que faire des 80.000 heures de sa carrière ? La question taraude Benjamin Todd, jeune entrepreneur britannique, alors qu'il finit ses études de philosophie, en 2011. Familier des idées de Peter Singer sur l'altruisme efficace, il est convaincu qu'il doit employer sa vie professionnelle à faire le plus grand bien possible. Mais comment ? Dans le secteur de l'humanitaire déjà submergé de candidats, un énième salarié ne fera pas de grande différence. S'engager en politique, ou devenir médecin ne serait-il pas tout aussi efficace pour sauver des vies ?

C'est pour répondre à cette question - qui préoccupe nombre de jeunes en quête d'un métier ayant du sens - que Benjamin Todd a créé 80,000 hours. Cette plate-forme, baptisée en référence à une estimation du nombre d'heures travaillées au cours d'une carrière, permet à chacun d'identifier le type de métier qui correspond le mieux à ses compétences. Tout en contribuant autant que possible à rendre le monde meilleur. Ses recommandations révèlent des surprises.

Mieux vaut être banquier que salarié d'une association caritative

C'est l'une des conclusions les plus paradoxales de 80,000 hours: un étudiant en commerce sera plus utile à la société en se tournant vers la finance plutôt que vers l'humanitaire. Mais il doit pour cela s'engager à donner une part substantielle de ses revenus à une association caritative efficace, ce que Benjamin Todd appelle "earning to give". Ou "gagner plus pour donner plus".

En effet, avec ses 160.000 euros bruts annuels, un trader peut vivre confortablement tout en sauvant des dizaines de vies grâce à ses dons. Rémunéré en moyenne 29.000 euros bruts par an, l'administrateur d'une ONG ne peut sans doute pas en faire autant. Or, à l'heure actuelle, le secteur humanitaire aurait plus besoin de fonds que de main d'oeuvre, surtout si celle-ci est inexpérimentée. Pour "faire la différence", rien de mieux, dans ce cas, qu'une carrière qui rapporte.

Quant au risque de faire plus de mal que de bien en s'engageant dans la finance, Benjamin Todd n'y croit pas.

"Ce secteur est extrêmement large et on peut tout à fait y conduire des carrières éthiques. Mais il est vrai qu'un banquier aura rarement un impact direct sur la réduction de l'extrême pauvreté", admet-il.

Ne pas se fier à ses passions pour choisir son métier

Les jeunes qui s'engagent dans le conseil ou dans les nouvelles technologies n'auront sûrement pas non plus d'effet direct sur l'extrême pauvreté via leur métier. Cependant, "commencer sa carrière dans les nouvelles technologies, le conseil ou même le marketing permet de développer des compétences flexibles, applicables à tous types de secteur par la suite, tout en générant beaucoup de revenus à reverser aux associations", explique le fondateur de 80,000 hours.

Surtout, c'est la garantie d'une vie professionnelle accomplie et valorisante, fondée sur deux critères clés : l'utilité et la maîtrise de son métier.

"Choisir une profession à partir de ses passions ne garantit ni le succès ni le sentiment de mener une vie qui ait un sens", constate Benjamin Todd dans une conférence TedX. En revanche, "vous ne regretterez jamais d'être altruiste".

Matt Gibb, jeune entrepreneur dans les nouvelles technologies, s'est engagé suite à sa rencontre avec Benjamin Todd, à reverser un tiers du produit de la future vente de sa start-up à une association. "Cette rencontre a eu un impact énorme sur ma vie. Tout prend du sens aujourd'hui".

Une multitude d'options pour mener une vie éthique

L'idée séduit d'ailleurs beaucoup de jeunes professionnels et d'étudiants, "des personnes entre 20 et 30 ans, très motivées, mais qui n'ont pas la moindre idée de ce qu'ils peuvent faire pour mener une carrière éthique". L'équipe de Benjamin Todd les accompagne dans leurs recherches, s'assure qu'ils ont une vision claire de leurs priorités, et surtout les aide à passer à l'action.

"Sans 80,000 hours, je n'aurais jamais su comment intégrer l'idée de philanthropie dans mes activités", s'exclame Matt Gibb.

Même le prix du service -80 euros pour un jeune professionnel et 160 euros pour une personne plus avancée dans sa carrière-, n'est pas rédhibitoire pour cet entrepreneur. "Beaucoup de personnes se contentent dans un premier temps de lire notre guide", explique Benjamin Todd, le prix faisant office de filtre pour ne conserver que les plus motivés. La stratégie porte ses fruits : "environ 1 personne sur 2 a revu ses plans de carrière suite à nos conseils et 1 sur 5 a radicalement changé de métier", conclut fièrement Benjamin Todd. 

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Commentaires
a écrit le 31/05/2015 à 14:19 :
Pour un Occidental, être civilisé c’est savoir fabriquer des produits de très haute technicité. Peu importe la façon d’y arriver. L’énergie nécessaire a été remplacée par l’énergie fossile nettement plus rentable que l’énergie animale (humaine comprise). Il faut donc s’attendre à un retour à l’esclavage quand l’énergie viendra à se raréfier. On commence à nous apprendre à obéir sans broncher : chômage, surveillance, et autres ….
a écrit le 31/05/2015 à 10:58 :
La vraie voie est celle du moine.
a écrit le 31/05/2015 à 10:16 :
rb a raison mais il est noyé dans un océan de jambons. Jambons qui prouvent en passant que l'on peut exercer un métier parfaitement rémunéré sans pour autant parvenir à tenir un raisonnement cohérent, trop occupés à dérouler leurs antiennes mortifères...
a écrit le 31/05/2015 à 7:50 :
Bravo ! La générosité est une démarche personnelle et seuls les riches peuvent aider les pauvres. En France où tout le monde est écrasé par l'état, le don vrai et personnel est réduit puisque tout le monde est enfoncé dans la pauvreté. L'état prétend avoir "nationalisé" la charité alors qu'il exploite les plus méritants pour entretenir des privilégiés et tenir les autres dans la dépendance au social. En France, on rabaisse l'être humain alors qu'on prétend l'élever.
a écrit le 30/05/2015 à 19:31 :
Quel cynisme, le boys participe activement aux inégalités puis vantent ce modèle si derrière il donne(un peu faut pas déconner non plus) à des assocs humanitaire qui luttent contre les méfaits de son métier et remplacent les états qui ne perçoivent pas les impôts du par ces personnes et leurs entreprise....
Il ne remet pas en cause les raisons des inégalités, ne veut toujours pas payer des impôts redistributif garant de la cohésion sociale....
On nous prend vraiment pour des jambons
Réponse de le 31/05/2015 à 17:46 :
+1
C'est comme travailler dans un fond d'investissement en passant le plus clair de son temps à expliquer qu'il faut délocaliser, licencier, optimiser la fiscalité... et donner au resto du coeur dans un élan fabuleux d'altruisme... (donation payée à 60 % par l'Etat en France au passage...)

Un vieil adage aurait dit que c'est comme l'hopital qui se fout de la charité...
a écrit le 30/05/2015 à 16:11 :
C'est bosser pour être toujours plus taxé. L'impôt solidaire, ok. L'impôt confiscatoire... C'est fait depuis ces dernières années. A revenu constant. Et ils disent que notre consentement à ce racket est acquis. Les plus grands voleurs sont nos élus et nos politiques qui permettent cette forfaiture. On est pas contre aider certaines causes, mais se faire truander, non.
Réponse de le 30/05/2015 à 18:17 :
Nombre d'élus en France 618 384

Nombre d'élus au Royaume Uni 24 202

SANS COMMENTAIRES !!
Réponse de le 31/05/2015 à 1:15 :
bien d'accord, et c'est d'ailleurs pour ca qu'en France les gens soutiennent beaucoup moins genereusement les organisatons caritatives que dans de nombreux pays developpes ou les gens sont beaucoup moins taxes. dans le classement des pays par ordre de l'importance des dons au secteur caritatif, la France est 21eme avec 0.32% du pib, loin derriere les US (1ers avec 1.85%) ou meme le Royaume-Uni (7eme avec 0.84%) cf etude 2004, john hopkins center for civil society studies.
Réponse de le 31/05/2015 à 10:36 :
Si chaque élu donne 10 euros par mois ce qui est moins que le prix d'un repas que leur paye la collectivité, on obtient 6 millions d'euros soit 72 millions d'euros par an.
Réponse de le 01/06/2015 à 11:24 :
@livestrong1002. sur les 618384 élus la grande majorité est non rémunérée c'est donc une autre forme de bénévolat différente du bénévolat à l'anglo saxonne mais tout aussi honorable. la majorité des élus français sont des gens honnêtes et dévoués. Voyez plus loin que ce que véhicule les médias à scandale! Sur le fonds il y a deux conceptions et là est le vrai débat/ Soit l'Etat organise le secours social soit ce sont les citoyens aisés qui décident à qui ils donnent. c'est un peu comme les bonnes œuvres de la fin du 19ème. après chacun en fonction de ses opinions vote et choisit. SI le modèle français n'est peut être pas la panacée le modèle anglo saxon a lui aussi ses avantages et inconvénients

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