Une chaîne de solidarité s'est mise en place pour aider les étudiants strasbourgeois affectés par les retombées économiques de la crise sanitaire du Covid.La file d'attente, impressionnante, s'étire autour de la Gallia, l'imposant immeuble néo-renaissance qui abrite le Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires (Crous), son restaurant et une association d'étudiants, l'Afges. D'ordinaire, cette association fait entendre des revendications au sein des instances dirigeantes de l'Université. Elle anime une scène culturelle et propose des hébergements provisoires pour les étudiants sans logement à la rentrée. Mais avec la crise du Covid, les priorités ont changé.
Chaque mercredi matin, des centaines d'étudiants se massent autour de la Gallia pour bénéficier de son aide alimentaire. "Nous organisons cette distribution depuis bientôt un an. Les étudiants sont accueillis sans conditions. Et ils sont de plus en plus nombreux parce qu'ils n'ont plus les moyens de subsister", rapporte Léa Santerre, présidente de l'Association Fédérative Générale des Étudiants de Strasbourg (Afges).
Comment Strasbourg, ville aux 60.000 étudiants, n'a-t-elle pas vu arriver une telle vague de précarité ? "Ce phénomène de pauvreté était déjà une réalité avant la crise du Covid. Mais c'était une pauvreté cachée, masquée par une grande pudeur. Elle s'est révélée de manière forte durant le premier confinement", répond Michel Deneken, président de l'Université de Strasbourg.
1.300 étudiants chaque semaine
En ce début d'année, les distributions du mercredi attirent 1.300 étudiants. Un rituel s'est installé : chacun sélectionne les denrées qu'il souhaite emporter, épicerie, produits d'hygiène ou produits frais. "C'est moins déshumanisant qu'un colis conditionné d'avance et on réduit le gaspillage alimentaire", justifie Léa Santerre. Les produits proviennent de la banque alimentaire, de partenariats avec des enseignes de distribution et de dons. L'Université de Strasbourg a alloué à l'Afges 25.000 euros de crédits, en complément d'une convention pluri-annuelle qui engageait déjà l'association sur divers objectifs sociaux. L'Afges a reçu 50.000 euros de dons de particuliers ou d'entreprises. Des industriels et des commerçants ont offert des marchandises. Bernard Kuentz, directeur de la Maison de l'Alsace à Paris, a mobilisé la filière agro-alimentaire et aidé des fournisseurs à organiser des tournées, récupérer des légumes et des fruits dans les fermes aux environs. Le torréfacteur strasbourgeois Reck a offert 10.000 doses de café. "Pas des doses périmées !" prévient Thomas Riegert, dirigeant des Cafés Reck. "Et comme nous ne produisons pas de café lyophilisé, on a acheté des filtres et je les ai offerts aussi". Le fromager Cyrille Lorho, un meilleur ouvrier de France établi dans l'une des rues les plus huppées de Strasbourg, a rempli une pièce réfrigérée mise à disposition par le Crous. L'Afges a commencé à distribuer des fromages AOP. Chaque mercredi correspond à des distributions pour une valeur marchande de 8.500 euros. Le barreau de Strasbourg a envoyé des costumes, en précisant que "cela pourrait servir à des étudiants qui devront partir en stage". Les Galeries Lafayette ont offert des vêtements chauds que l'Afges revend dans son épicerie solidaire : 3 euros pour une veste d'hiver, 50 centimes pour un pantalon.
Olivier Mirguet à Strasbourg