"Il faut un cursus deux fois supérieur à celui d'un homme pour réussir..."

 |   |  434  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : DR)
Entretien avec Anne Maréchal, avocate associée du cabinet DLA Piper

«Le droit boursier est une sphère masculine. Sur la place de Paris, nous ne sommes que quelques-unes. Au sein des grands cabinets d'avocats anglo-saxons, nous représentons en moyenne 3 % des associés. » Anne Maréchal a la voix posée, et son ton se fait tendre quand elle évoque ses deux filles dont l'aînée va étudier à Pékin l'an prochain. Mais derrière la simplicité apparente, sa bio évoque un caractère sculpté par l'exigence. Énarque, elle a commencé sa carrière à la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) avant de rejoindre la direction fiscale, de 1993 à 1997. « J'ai travaillé, avec Nicolas Sarkozy qui était alors ministre du Budget, à la réforme de l'impôt sur le revenu. C'était passionnant. Mais à peine adoptée, Jacques Chirac a dissous l'assemblée... et tout était à refaire. »

Le président de la COB, l'actuelle AMF (Autorité des marchés financiers), lui confie une nouvelle mission : établir, en tant que responsable de la surveillance des marchés, un outil mathématique et statistique fiable pour détecter toutes les infractions et possibles délits d'initiés sur l'ensemble des transactions. « Aujourd'hui, deux tiers des enquêtes lancées par l'AMF s'appuient sur les résultats de cet outil. La place boursière de Paris est reconnue mondialement comme très fiable. »

La bascule dans le privé ? « Je l'ai faite en 1999 à l'appel du cabinet August & Debouzy. J'ai franchi le pas pour revenir à ma formation d'origine : le droit. Par la suite, j'ai rejoint le cabinet anglo-saxon Herbert Smith avec qui j'ai participé à l'opération de rapprochement d'Air France et KLM et à l'offre publique Sanofi-Synthélabo. »

Mais son plus beau fait d'armes, c'est l'entrée en Bourse d'Areva qu'elle vient de finaliser chez DLA Piper dont elle est avocate associée depuis janvier 2005. « Je suis très fière d'avoir conseillé à la fois l'État, Areva et le CEA dans cette opération. L'État s'étant engagé à coter la société avant fin juin 2011, il fallait réaliser dans un temps très court une offre publique d'échange suivie d'une introduction en Bourse, le tout selon un schéma très innovant. Dans le milieu boursier, si vous ratez une OPE, tout le monde le sait tout de suite. J'ai suscité des jalousies, certains ont raillé le fait que j'étais une énarque. Peu importe. Pour parvenir en haut de l'échelle, la tendance pour une femme est partout la même : il faut afficher un cursus deux fois supérieur à celui d'un homme. »

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :