REPORTAGE. Située près de Bordeaux, cette installation quasiment unique au monde a été initialement créée pour les besoins de la dissuasion nucléaire. Elle sera, pour la première fois, mise au service d’un industriel privé. GenF, la start-up de Thales, espère y mener une première expérience dès 2027 pour le développement de son réacteur à fusion atomique.
Le bâtiment fait plus de 300 mètres de long et cache un sous-sol creusé jusqu'à 15 mètres sous terre. « On pourrait y coucher la tour Eiffel et y accueillir l'Arc de Triomphe », résume Jean Lajzerowicz, le directeur de la communication du Centre d'études scientifiques et techniques d'Aquitaine (Cesta) du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), implanté au Barp, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Bordeaux. Depuis l'extérieur, ce qui ressemble à un immense hangar ne laisse pas imaginer le concentré de technologies de rupture qu'il abrite. Et ce, à des fins hautement stratégiques.
LMJ vue extérieure (Crédits : CEA)
Vue extérieure du bâtiment qui abrite le laser mégajoule depuis les années 2000.
Et pourtant, depuis la fin des années 2000, le site CEA du Cesta y accueille le laser mégajoule ou LMJ dans le jargon. Un dispositif vertigineux composé de 176 faisceaux lasers regroupés en 22 chaînes installées dans d'immenses halls. C'est ici qu'est amplifiée l'énergie de chacun des faisceaux jusqu'à 15 000 joules par unité. Ces derniers convergent ensuite tous vers une sphère de dix mètres de diamètre, faite de 300 tonnes de béton et d'aluminium.
Juste avant de pénétrer dans cette boule métallique, appelée chambre d'expériences, les faisceaux infrarouges sont transformés en faisceaux ultraviolets puis projetés sur une minuscule cible située au cœur de la sphère. Le tout, exigeant une précision de l'ordre de 50 microns... quand le diamètre moyen d'un cheveu en fait environ 70. « Entre son impulsion et le moment où elle touche la cible, la lumière parcourt un kilomètre. C'est comme s'il fallait faire un tir dans un panier de basket de 5 centimètres de diamètre à une distance de 1 000 kilomètres », illustre Jean Lajzerowicz.