Attaque du gazoduc TurkStream : la Russie accuse l'Ukraine
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Le gazoduc Turkstream, dernière voie pour acheminer le gaz russe en Europe, a été attaqué (photo d'illustration).
Stoyan Nenov
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Le gazoduc Turkstream, dernière voie pour acheminer le gaz russe en Europe, a été attaqué (photo d'illustration).
Stoyan Nenov
[Article publié le lundi 13 janvier 2025 à 12h22 et mis à jour à 16h30] Le gazoduc Turkstream, dernière voie pour acheminer le gaz russe en Europe, a été attaqué. « Le régime de Kiev a tenté d'attaquer avec neuf drones » une station de distribution de gaz dans la région de Krasnodar (sud-ouest de la Russie). L'attaque « n'a pas fait de blessés » parmi le personnel de cette station de compression située dans la localité de Gaï-Kodzor. Les débris d'un des drones abattus ont toutefois légèrement endommagé un bâtiment et quelques équipements, selon la même source. Dès ce lundi, le Kremlin a dénoncé un acte de « terrorisme énergétique » et a accusé l'Ukraine d'en être à l'origine. Cette attaque « est essentiellement une continuation du terrorisme énergétique que Kiev poursuit, apparemment sous la tutelle d'amis étrangers », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov
D'après l'armée russe, le but de cette attaque inédite était de « suspendre les livraisons de gaz vers les pays européens » via TurkStream. Après l'attaque, « la station de compression assure la livraison de gaz vers le gazoduc TurkStream normalement », a affirmé l'armée russe. De son côté, l'Ukraine n'a pas commenté ces affirmations.
Inauguré en 2020, le gazoduc TurkStream est capable d'acheminer chaque année 31,5 milliards de mètres cubes de gaz. Il est formé de deux tubes parallèles longs de quelque 930 km qui relient Anapa, dans la région de Krasnodar en Russie, à Kiyiköy en Turquie (nord-ouest). Passant sous la mer Noire, il permet à la Russie d'alimenter l'Europe du sud-est et du sud en contournant l'Ukraine, initialement pays clé pour le transit du gaz russe livré à l'Europe.
Ce gazoduc et son prolongement Balkan Stream, constituent désormais la dernière voie d'acheminement du gaz russe vers l'Europe. En effet, depuis le 1er janvier, le transit de gaz russe via l'Ukraine a définitivement cessé, le contrat signé entre les deux parties fin 2019 ayant expiré. Il avait été maintenu malgré l'offensive russe en Ukraine en cours depuis environ trois ans. Cette fin du transit est « l'une des plus grandes défaites de Moscou », s'est alors félicité début janvier le président ukrainien.
Cet arrêt concerne près du tiers des livraisons totales de gaz russe à l'Europe et inquiète plusieurs pays de l'Est européen, notamment la Moldavie, particulièrement vulnérable, et la Slovaquie qui a averti de graves conséquences. Une délégation slovaque est d'ailleurs attendue lundi à Moscou, où elle doit rencontrer Viatcheslav Volodine, le président de la chambre basse du Parlement et proche du maître du Kremlin. L'Europe continue toutefois d'acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) russe, importé par méthaniers, même si elle dit vouloir s'affranchir de tout gaz naturel venant de Russie à l'horizon 2027.
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« L'Europe arrive à se passer de gaz russe via l'Ukraine, les prix n'ont pas flambé. Nous prenons juste un peu plus dans nos stockages et l'équilibre est un peu plus tendu », estime Thierry Bros, expert énergie et professeur à Sciences Po. « Mais si l'acheminement du gaz en Europe via la Turquie s'arrête, ce serait beaucoup plus compliqué » complète-t-il. Dans un tel scénario, les pays touchés seraient notamment la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie. Budapest, un des rares alliés de la Russie au sein de l'Union européenne, a dénoncé une attaque contre un système « essentiel à l'approvisionnement en gaz naturel de la Hongrie et de l'Europe centrale ».
« Toute action qui menace la sécurité de notre approvisionnement en énergie doit être considérée comme une atteinte à la souveraineté », a jugé sur Facebook le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjarto.
Outre l'Europe, si le gazoduc venait à ne plus fonctionner, c'est la Turquie qui pourrait voir ses approvisionnements en gaz menacés. « S'attaquer au TurkStream, c'est aussi s'attaquer au gaz qui va vers la Turquie ». Avant d'ajouter : « La Turquie est 'courte' en gaz, elle a besoin de ce tuyau ».
Outre la fin de l'acheminement du gaz via l'Ukraine début janvier, TurkStream est aussi le dernier gazoduc acheminant du gaz russe depuis le sabotage des tubes Nord Stream en mer Baltique en septembre 2022. Un événement qui a réduit drastiquement les exportations de gaz russe Les coupables de ce mystérieux sabotage n'ont jamais été identifiés. L'été dernier, le Wall Street Journal avait affirmé que l'opération avait été orchestrée par l'Ukraine.
Le quotidien américain a notamment déclaré que l'ancien chef d'état-major ukrainien, Valery Zaloujny, avait supervisé le plan visant à faire sauter les oléoducs. Le président ukrainien aurait été au courant du projet avant de faire volte-face et de demander son arrêt. Un « non-sens absolu » selon la présidence ukrainienne.
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D'autres théories ont imputé la responsabilité de ce sabotage aux États-Unis ou à la Russie. Les deux nations se sont même mutuellement renvoyé la responsabilité. Si les véritables auteurs de ce sabotage demeurent, encore aujourd'hui, inconnus, l'enquête suédoise avait alors fortement soupçonné l'action d'un État, et non pas d'un groupuscule indépendant.
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