Alors que la consommation de gaz des Français devrait décliner de 3% chaque année sous l’effet de l’électrification des usages, les gestionnaires du réseau de distribution et de transport de gaz (GRDF, GRTgaz et Teréga) ont une nouvelle fois défendu la place de cette molécule dans le mix énergétique de demain. L’objectif : ne pas perdre trop de clients. Et pour cause, ces derniers financent, via leurs factures, l’entretien des canalisations, dont les coûts resteront importants.C'est un mouvement inéluctable : les Français recourent de moins en moins au gaz pour se chauffer, cuisiner ou produire de l'électricité. En 2023, la consommation de ce combustible est en effet tombée sous la barre des 400 térawattheures (TWh) - son plus bas niveau depuis les années 1990 -, avec un recul historique de 20% par rapport à 2021. Surtout, ce chiffre devrait baisser de 3% chaque année, jusqu'à atteindre environ 280 TWh en 2035, anticipe la filière.
De quoi agiter les trois gestionnaires du réseau de distribution et de transport français, GRDF, GRTgaz et Teréga, autour d'une question cruciale : comment accompagner ce recul sans perdre trop de clients raccordés au gaz ? Et pour cause, ce sont ces derniers qui, à travers leurs factures, financent l'entretien des canalisations, dont les coûts fixes vont continuer d'être importants. Dit autrement : plus les usagers déserteront, plus le nombre de Français participant à cet effort diminuera.
La révolution du gaz « vert »
Dans cette optique, les trois entreprises ont, une nouvelle fois, vanté les mérites du gaz jeudi, à travers la présentation d'un exercice de prospective à l'horizon 2030 et 2035. « En tant qu'opérateurs de réseau, on ne fait pas de lobbying », a néanmoins clarifié Dominique Mockly, PDG de Teréga. Il n'empêche : ceux-ci ont présenté un scénario non-aligné avec celui de RTE, qui mise sur une bascule massive des usages du gaz vers l'électricité afin de préserver le climat. Et lui ont préféré le plan de la Commission européenne « Fit for 55 », lequel « repose sur une moindre électrification des usages que celui de RTE », ont-ils fait valoir. Tandis que le premier anticipe une consommation totale d'électricité de 615 TWh en 2035, le second retient un chiffre de 567 TWh (8% de moins).
Car dans leurs modélisations, le gaz conservera un rôle crucial. Surtout, il s'intégrera pleinement aux objectifs climatiques en se « verdissant » massivement, ont-ils certifié. En France, plus de 40% de ce combustible sera non plus fossile, mais « renouvelable et bas carbone » d'ici à 2035, contre environ 2% aujourd'hui. Et ce, grâce notamment au biométhane, c'est-à-dire le produit de la fermentation de matières organiques issues du milieu agricole (fumier, résidus de culture), forestier, urbain (boues, restes alimentaires) ou industriel. Ainsi, la production de cette molécule devra être multipliée par 5 d'ici à 2030, puis quasiment doubler entre 2030 et 2035.