En plein été, et alors que l’Europe présente un bon niveau de stockage de gaz pour se préparer à l’hiver, les prix de cet hydrocarbure connaissent une forte hausse sur les bourses d’échange. En cause, notamment : l’offensive de l’Ukraine en Russie, toujours en cours, intervient près d’un nœud de transit crucial pour le gaz russe. Mais ce n’est pas la seule raison, et d'autres incidents pourraient venir aggraver la situation.La crise de l'énergie, qui a vu les prix du gaz et de l'électricité s'envoler en Europe en 2022 et 2023, n'est-elle pas tout à fait terminée ? Alors même que le Vieux continent s'est tourné vers d'autres fournisseurs d'hydrocarbures que la Russie afin de sécuriser ses imports, le risque d'une hausse brutale des cours en raison de la guerre en Ukraine plane toujours. En témoigne l'impact de l'offensive surprise de Kiev dans la région russe de Koursk, où les combats se poursuivent pour le quatrième jour consécutif.
En effet, cette incursion - la plus importante depuis le début du conflit - semble avoir dopé les cours du gaz : sur la principale bourse d'échange en Europe, le TTF néerlandais, les cours ont dépassé les 40 euros le mégawattheure (MWh), un niveau qui n'avait pas été atteint depuis plus de huit mois. Rien qu'en août, cet indice a ainsi pris environ 12%, s'éloignant ainsi des quelque 30 euros/MWh enregistrés depuis le début de l'année. Soit une « forte hausse », même si les prix restent très éloignés du record de 250 euros/MWh atteints en 2022, commente l'économiste spécialiste des marchés de l'énergie, Jacques Percebois.
Surtout, l'impact sur les factures risque de se faire rapidement sentir : contrairement à l'électricité, le gaz ne bénéficie plus d'un tarif réglementé par les pouvoirs publics. La plupart des offres, y compris celles à destination des particuliers, sont donc très sensibles à l'évolution du TTF.
Un nœud de transit du gaz à la frontière russo-ukrainienne
Mais concrètement, à quoi cette poussée est-elle due ? Pour le comprendre, il faut garder en tête que l'Europe, malgré ses efforts pour se sevrer du gaz russe, n'a pas complètement coupé les liens. Y compris, paradoxalement, l'Ukraine, puisqu'un gazoduc reliant la Russie à l'Europe de l'Est sillonne toujours son territoire et continue d'acheminer la fameuse molécule.
« L'Ukraine a signé un contrat de 5 ans avec Gazprom, qui se termine fin 2024. Aujourd'hui, Moscou continue donc d'envoyer du gaz via ce pipeline, ce qui représente des revenus non négligeables pour Kiev », explique Jacques Percebois.