Le design initial ne permettait pas à la start-up de produire de la chaleur à un prix compétitif. L'entreprise table désormais sur la mise en service d'une première chaudière nucléaire en 2030 au plus tôt, et non plus en 2026-2027.En France, Jimmy est la seule start-up à avoir déposé un dossier de demande d'autorisation de création (DAC) pour développer un petit réacteur nucléaire modulaire, ou SMR en anglais (pour Small modular reactor). Nous étions au printemps 2024. La jeune pousse avait alors fait sa demande en choisissant de sauter l'étape, non obligatoire mais néanmoins fortement conseillée par le gendarme du nucléaire, de pré-instruction du dossier, destinée à « dé-risquer » le développement du réacteur.
À l'époque, Jimmy tablait sur un temps d'instruction lui permettant de mettre en service un premier prototype sur le site industriel du sucrier Cristal Union de Bazancourt (Marne) en 2026, voire en 2027 au plus tard. Mais c'était sans compter la survenue de plusieurs obstacles.
Selon un document de travail de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) qu'a pu consulter La Tribune, l'autorité de sûreté a suspendu l'instruction de cette demande d'autorisation de création. « L'ASNR confirme avoir transmis à la MSNR [Mission de la sûreté nucléaire et de la radioprotection, placée sous l'autorité du ministère de la Transition écologique] une liste de compléments à demander à Jimmy pour poursuivre l'instruction technique de la demande. À date, elle confirme ne pas les avoir reçus », précise dans un mail adressé à La Tribune le gendarme du nucléaire. Si ces documents supplémentaires n'ont pas été reçus, c'est parce que la start-up s'est engagée « dans une revue de conception en profondeur de son projet avec un impact majeur sur le rapport de sûreté », peut-on lire dans le document.
Le défi de la compétitivité
Fondée en 2020 par Antoine Guyot et Mathilde Grivet, Jimmy ne développe pas un réacteur nucléaire dédié à la production d'électricité, mais une petite chaudière nucléaire destinée à remplacer les brûleurs à gaz pour produire de la chaleur. L'entreprise vise essentiellement les industriels des marchés de la chimie, de l'agroalimentaire et les papeteries, tous grands consommateurs de vapeur, en quête de décarbonation.