L'énergéticien espagnol est contraint d'arrêter ou de baisser la production du parc breton, mis en service il y a un an, en période de prix négatifs. Le risque plane sur une fragilisation des turbines dans le cas d’épisodes trop réguliers.Au large de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), 62 éoliennes, chacune aussi haute que la tour Montparnasse, et leurs immenses pales tournent sans faire un bruit pendant qu'un bateau de 80 mètres de long navigue, tout aussi silencieusement, entre ces moulins géants pour assurer une maintenance optimale du parc. Une quiétude qui tranche avec le gigantisme de ces installations, déployées sur une surface de 75 kilomètres carrés.
Depuis leur mise en service il y a un an, ces géants des mers, d'une capacité totale d'environ 500 mégawatts, ont produit 1 500 gigawattheures, proche de l'objectif fixé à 1 800 gigawattheures. Les turbines, fabriquées par Siemens Gamesa, peuvent fournir de l'électricité dès lors que la vitesse du vent est supérieure à 10 kilomètres/heure et inférieure à 110 kilomètres/ heure. Soit un éventail de fonctionnement très large. Toutefois, à plusieurs reprises déjà, ces turbines ont dû s'arrêter net. Non pour des raisons de maintenance, mais parce qu'Ailes marines, la filière d'Iberdrola qui exploite ce parc, avait reçu l'ordre de diminuer sa production en raison des prix négatifs observés sur le marché de l'électricité.
Des épisodes de prix négatifs de plus en plus fréquents
Ce phénomène, qui résulte d'un excédent de production par rapport à la consommation, n'existait pas lorsque Iberdrola a remporté le tout premier appel d'offres d'éolien en mer en France, en 2012. Mais au cours des trois dernières années, sa fréquence a considérablement augmenté. En 2025, plus de 325 heures à prix négatifs ont d'ores et déjà été enregistrées, dont 133 heures au cours du seul mois de mai.
Laisser les trois parcs éoliens en mer tricolores (Saint-Nazaire, Fécamp et Saint-Brieuc) continuer à produire lors de ces épisodes posait un double problème : non seulement cela compliquait la tâche du gestionnaire du réseau de transport d'électricité RTE. Lequel doit en permanence équilibrer l'offre et la demande, afin de maintenir la fréquence à 50 hertz. Mais cela contribuait aussi à accentuer le phénomène, en creusant les prix négatifs et en allongeant les fenêtres pendant lesquelles les prix descendent en dessous de zéro. De quoi accroître les pertes côté finances publiques.