EXCLUSIF. Pour sauver la Charente de la sécheresse, plusieurs départements et établissements publics envisagent de dévier des cours d'eau. Trois bassins versants sont concernés, du jamais vu en France.
Pour saisir les enjeux du grand projet de dérivation entre la Dordogne, la Vienne et la Charente, il faut plonger dans les nappes phréatiques de La Rochelle. Un pesticide interdit depuis les années 1970 s'est engouffré dans les ressources d'eau potable de l'agglomération. Jusqu'à rendre impropre à la consommation l'or bleu de la cité maritime, contrainte de prélever et traiter l'eau de la Charente à 60 kilomètres au sud pour s'abreuver. Menacé de sécheresses provoquées par le changement climatique, le fleuve est désormais en sursis.
Plusieurs collectivités de Nouvelle-Aquitaine* - dont en tête le département de la Corrèze - réfléchissent à un projet de dérivation des rivières pour réalimenter la Charente. C'est ce que révèle une série de documents obtenus par La Tribune. Une étude, financée par l'agence de l'eau Adour-Garonne, prévoit l'utilisation des eaux du bassin versant de la Dordogne et de la Vienne pour les acheminer vers les lacs de Haute-Charente. Objectif : détourner 30 millions de m3 d'eau sur ces trois bassins versants, soit l'équivalent de la consommation annuelle en eau potable de 550 000 habitants.
La mise en service de cette solution d'adaptation serait prévue pour 2035, après quatre années de travaux, l'installation de stations de pompage, des dizaines de kilomètres de canalisations sous pression et l'éventuelle construction de nouvelles retenues. De quoi soulever de grandes interrogations techniques et environnementales sur ce projet de sauvetage de l'agriculture et de l'eau potable autour de la Charente.