L'entreprise allemande Bruker s'est associée à quatre autres industriels européens, dont le groupe français Alcen, pour créer la société Gauss Fusion. Objectif : connecter au réseau électrique une centrale à fusion nucléaire d'une puissance d'un gigawatt d'ici 15, voire 20 ans. Si les défis technologiques restent immenses, la jeune entreprise, soutenue par le gouvernement fédéral allemand, entend faire la différence grâce son approche industrielle et son expérience des grands projets. Elle s'apprête à ouvrir un bureau en France.Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le nucléaire n'est pas uniquement source de clivage entre Berlin et Paris. Les deux pays peuvent également faire preuve de coopération en la matière. En effet, si l'Allemagne a décidé de tourner le dos à la technologie de fission nucléaire, elle n'ignore pas du tout les enjeux de la fusion nucléaire... Bien au contraire. Non seulement le pays dispose des équipes de recherches les plus en pointe dans ce domaine, mais il nourrit aussi des ambitions industrielles.
C'est notamment le cas de la société Bruker qui commercialise des câbles supraconducteurs, un élément clé pour assurer le confinement du plasma dans un réacteur à fusion. Celle-ci s'est alliée à quatre autres industriels européens, dont le français Alcen et sa filiale bordelaise Alsymex, premier fournisseur du programme scientifique international Iter, censé démontrer la viabilité de la fusion nucléaire à grande échelle. Ensemble, ils ont fondé la société Gauss Fusion. Basée à Garching-Munich, en Allemagne, celle-ci s'est donnée pour objectif de connecter au réseau électrique une centrale de fusion nucléaire d'ici le début des années 2040.
Reproduire le mécanisme à l'œuvre dans le soleil
Depuis près de 100 ans, les scientifiques tentent de reproduire, sur Terre, le mécanisme à l'œuvre dans le soleil et les étoiles. Contrairement à la fission nucléaire, sur laquelle repose toutes les centrales nucléaires en fonctionnement dans le monde, la fusion nucléaire ne consiste pas à casser des noyaux lourds d'uranium pour libérer de l'énergie, mais à faire fusionner deux noyaux d'hydrogène extrêmement légers pour créer un élément plus lourd. Dans le détail, le mariage forcé du deutérium et du tritium permet de produire de l'hélium et un neutron. Cette réaction doit alors générer des quantités massives d'énergie sous forme de chaleur, qui peut ensuite être transformée en électricité grâce à une turbine.