L'Agence internationale de l'énergie (AIE) craint des « tensions » sur l'approvisionnement mondial en minerais et métaux critiques, indispensables à la transition énergétique. Les besoins augmentent : en 2023, les seules ventes de voitures électriques ont bondi de 35%, et le déploiement de panneaux solaires et d'énergie éolienne a progressé de 75%.
Faut-il craindre des « tensions » sur l'approvisionnement mondial en minerais et métaux critiques, indispensables à la transition énergétique ? C'est ce que redoute ce vendredi l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui encourage une hausse des investissements miniers pour que la planète parvienne à limiter son réchauffement à 1,5 degré d'ici la fin du siècle.
«La chute des cours des minéraux critiques» comme le cuivre, le lithium ou le nickel utilisés pour conduire l'électricité ou dans les batteries des véhicules électriques, les éoliennes et les panneaux solaires «masque le risque de tensions à venir sur l'approvisionnement», indique l'AIE dans son deuxième rapport annuel sur les métaux diffusé vendredi.
L'Agence estime à « 800 milliards de dollars » le montant total des investissements miniers nécessaires dans le monde d'ici 2040 pour que la planète respecte l'objectif fixé par l'accord de Paris sur le climat de 2015 (COP21) de limiter à 1,5 degré le réchauffement des températures par rapport à l'ère pré-industrielle.
Le lithium et le cuivre plus à risque
L'an passé, la chute de 75% des prix du lithium, et celle comprise entre 30 et 45% de ceux du cobalt, du nickel et du graphite a conduit à une baisse de 14% en moyenne des prix des batteries, mais aussi à un risque de coup de frein sur les investissements dans le secteur minier par rapport aux années précédentes.
En volume, les deux métaux les plus à risque de « tension » sur leur approvisionnement sont le lithium et le cuivre, qui affichent un « écart significatif » entre les perspectives de production et celles de consommation, indique le rapport.
Car les besoins augmentent. En 2023, les seules ventes de voitures électriques ont bondi de 35%, et le déploiement de panneaux solaires et d'énergie éolienne a progressé de 75%.
Les électrolyseurs qui fabriquent l'hydrogène vert nécessaire pour décarboner l'industrie lourde ou les transports ont besoin de métaux comme le nickel, le platine, ou le zircon. Or, la croissance de leurs installations est exponentielle : +360% en 2023 selon le rapport.
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Au total, pour ne pas dépasser le 1,5 degré de réchauffement, la « demande pour les minerais critiques va quadrupler d'ici 2040 », a souligné le directeur exécutif de l'AIE Fatih Birol sur le réseau social X vendredi.
Contrer l'hégémonie de la Chine
L'AIE attire aussi l'attention sur les besoins de diversification d'approvisionnement pour contrer l'hégémonie de la Chine, notamment sur la fabrication de deux composants clés des batteries automobiles, les anodes (98% proviennent de ce pays) et les cathodes (90%).
«Plus de la moitié du processus de fabrication du lithium et du cobalt se passe en Chine. Et le pays domine l'intégralité de la chaîne de production du graphite» utilisé aussi bien dans les batteries que dans l'industrie nucléaire, selon le rapport.
« Je ne serai pas étonné de voir de plus en plus d'intérêt pour l'extraction du lithium » parmi les majors pétrolières, a souligné Tim Gould, chef économiste de l'AIE. L'Américaine Exxon Mobil, première compagnie pétrolière mondiale, a déjà annoncé des investissements en ce sens.
Des risques sociaux et environnementaux sur les communautés locales
Mais le développement des mines fait peser beaucoup de risques sociaux et environnementaux sur les communautés locales voisines, se sont inquiétés il y a quelques jours des ONG, avant une réunion des pays de l'OCDE sur le sujet à Paris.
La course aux minéraux critiques inflige des « coûts sérieux » aux peuples indigènes et à leurs terres traditionnelles, a ainsi déclaré mardi Galina Angarova de la tribu des Buryat en Sibérie, qui dirige une coalition d'associations de défense des droits des peuples autochtones.
« Si nous continuons à ce rythme, nous risquons d'obtenir une destruction de la nature, de la biodiversité et des droits de l'homme » dans une économie décarbonée, sortie du pétrole, du gaz et du charbon, a-t-elle dit à la presse. « Nous sommes à la charnière de la prochaine révolution industrielle ... et nous devons la mener correctement », a ajouté Galina Angarova.
Les investissements ne suivent pas la demande, selon l'ONU
Fin avril, une étude de l'ONU Commerce et Développement affirmait que la demande de lithium pourrait augmenter de plus de 1.500% d'ici 2050, avec des évolutions similaires pour le nickel, le cobalt et le cuivre.
Mais « les investissements mondiaux dans les minéraux essentiels à la transition énergétique ne suivent pas la vertigineuse hausse de la demande », selon l'étude. En conséquence, « les niveaux de production actuels ne permettent pas de répondre aux besoins pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, conformément à l'Accord de Paris », indique-t-elle.
L'ONU a recensé 110 nouveaux projets miniers dans le monde, d'une valeur de 39 milliards de dollars, dont 22 milliards de dollars investis dans 60 projets dans les pays en développement.
Mais pour atteindre les objectifs de zéro émission nette en 2030, l'industrie pourrait avoir besoin d'environ 80 nouvelles mines de cuivre, 70 nouvelles mines de lithium et de nickel chacune, et 30 nouvelles mines de cobalt. Les investissements nécessaires entre 2022 et 2030 se situent entre 360 et 450 milliards de dollars, selon l'étude.
La multiplication des SUV électriques risque de créer des pénuries
Par ailleurs, en novembre dernier, WWF avait déjà alerté sur le risque de pénuries de métaux critiques, notamment créé par la multiplication des SUV électriques. L'ONG appelait à réduire de toute urgence la taille des voitures électriques, sans quoi la France pourrait se retrouver en pénurie de métaux critiques.
« La transition écologique a besoin du véhicule électrique, mais le problème c'est sa taille », avait affirmé lors d'une conférence de presse Jean Burkard, directeur du plaidoyer chez WWF France, soulignant que les SUV constituent désormais 41% des ventes de ces véhicules.
Le problème ? « Un gros SUV électrique consomme 3 fois plus de cuivre et d'aluminium et 5 fois plus de lithium, nickel et cobalt qu'une petite citadine électrique », révèle l'étude, alors que ces métaux sont jugés « critiques », car indispensables à toute la transition énergétique mais existant en quantité limitée.
La demande en métaux rares pourrait ainsi être multipliée par 30 en 20 ans. Puisqu'ils sont très peu produits en France, cela pose des « risques géostratégiques » selon Jean Burkard, et signifie qu'en cas de pénurie, « on va devoir choisir entre avoir des véhicules électriques, des éoliennes ou des réseaux électriques ».