Nucléaire : l'atome a la cote face au réchauffement climatique
latribune.fr
Les partisans de l'atome soulignent qu'il s'agit d'une source d'énergie très peu émettrice de CO2 et pilotable, c'est-à-dire qui peut être mobilisée en fonction des besoins, à l'inverse du vent ou du soleil.
Lukáš Lehotský - Unsplach
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a une nouvelle fois relevé ses prévisions concernant l'expansion de la capacité de production nucléaire, de plus en plus vue comme un levier de décarbonation.
L'énergie nucléaire connaît un retour en grâce. L'atome, selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), s'impose un peu partout dans le monde comme un levier de décarbonation. « L'élan mondial en faveur de l'énergie nucléaire se poursuit à un rythme soutenu », a déclaré le directeur général de l'instance onusienne, Rafael Grossi, à l'ouverture de la conférence générale de l'instance onusienne à Vienne. Le nucléaire est désormais « de plus en plus reconnu comme une source d'énergie propre et sûre » aux côtés des renouvelables face au défi du changement climatique, a-t-il dit.
Pour rappel, l'AIEA avait déjà relevé en 2021 ses projections pour la première fois depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, consécutive à un puissant séisme et à un gigantesque tsunami dans le nord-est du Japon. L'accident avait porté un rude coup au secteur.
Le nucléaire, qui permet de s'affranchir du gaz russe, profite par ailleurs de la rupture avec Moscou après l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Rafael Gross a également évoqué l'intérêt croissant pour la technologie des petits réacteurs modulaires (SMR), qui visent à développer la production combinée d'électricité, de chaleur et/ou d'hydrogène, essentiellement pour les sites industriels qui consomment beaucoup d'énergies fossiles.
950 gigawatts en 2050 contre 371 GW fin 2023
Dans le scénario le plus favorable au nucléaire, l'AIEA prévoit plus du doublement de la puissance installée, qui grimperait à 950 gigawatts en 2050 contre 371 GW fin 2023 avec 413 réacteurs en opération. Elle misait auparavant sur 890 GW. Dans le cas le moins optimiste, l'organisation table sur 514 gigawatts. Cette énergie fournit 9,2% de l'électricité mondiale, selon des chiffres de 2023, loin du charbon dominant.
«Nous avons 31 pays qui exploitent l'énergie nucléaire aujourd'hui, et près de 30 qui s'embarquent sur cette voie, dont trois sont à des stades avancés de construction et produiront de l'électricité dans les années à venir » (Turquie, Bangladesh et Egypte), a expliqué à la presse Henri Paillere, directeur des études économiques au sein de l'AIEA.
La France a commandé six réacteurs EPR2 et huit en option
Les partisans de l'atome soulignent qu'il s'agit d'une source d'énergie très peu émettrice de CO2 et pilotable, c'est-à-dire qui peut être mobilisée en fonction des besoins, à l'inverse du vent ou du soleil. Mais en raison du coût et des risques, des pays restent résolument contre ou hésitent à franchir le pas.
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En France, Emmanuel Macron a décidé de relancer le nucléaire, en commandant six réacteurs EPR2 - une version « optimisée » de l'EPR - et huit supplémentaires en option Le démarrage du réacteur de Flamanville qui a eu lieu début septembre a ainsi marqué le début de sa montée en puissance par paliers successifs. Il devra atteindre les 25% de puissance pour être connecté au réseau électrique - une étape attendue maintenant d'ici la fin de l'automne, alors qu'EDF espérait initialement l'atteindre d'ici la fin de l'été. L'EPR, un réacteur à eau pressurisée de nouvelle génération, est le 4e de ce type installé dans le monde, le 57e réacteur du parc nucléaire français, et le plus puissant sur le territoire (1.600 MW). A terme, il doit alimenter environ deux millions de foyers en électricité.
La Commission européenne appelle à une nouvelle impulsion pour le renouvelable
La Commission européenne a appelé mercredi dernier à une nouvelle impulsion en faveur des énergies renouvelables. « Certains membres dont la France n'ont pas encore rempli les objectifs. (...) La Commission continue de dialoguer avec les autorités françaises afin de combler ce retard et que la France respecte ses engagements », a-t-elle insisté, en présentant un rapport annuel consacré à l'énergie. La France mène depuis plusieurs années un bras de fer sur le sujet avec Bruxelles, en mettant en avant son énergie nucléaire « décarbonée ». Elle n'a pas encore atteint les objectifs - fixés en 2009 - de compter 23% d'énergies renouvelables dans sa consommation finale d'énergie en 2020.. Le rapport publié mercredi rappelle que la part des énergies renouvelables continue de « varier considérablement » selon les Etats membres. La Suède (66 % en 2022), la Finlande (47,9 %), la Lettonie (43,3 %) et le Danemark (41,6%) y ont beaucoup recours, alors que la Belgique, l'Irlande, le Luxembourg et Malte sont les pays où elles sont les moins développées (moins de 14% du mix).