Comment permettre au marché carbone européen de mieux remplir sa mission de décarbonation, dans un monde industriel global très concurrentiel ? Une étude publiée ce mardi par le think tank Terra Nova, tente de répondre à cette équation, ô combien complexe.
« Le système d'échange de quotas d'émission de l'UE est un des outils les plus efficaces vers la neutralité carbone de l'Europe en 2050, souligne d'emblée, auprès de La Tribune, Pierre Jérémie, auteur de cette étude, et ancien directeur adjoint du cabinet de l'ancienne ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. Mais le problème est que l'on assiste aujourd'hui un phénomène de fuite des émissions carbone en dehors de l'UE, sur fond de distorsion de concurrence »
La raison principale de ces « fuites » d'émissions carbonées est liée à la concurrence étrangère, non soumise à un marché de quota-carbone. « Si deux acteurs se font concurrence et que seul l'un des deux est astreint à un prix du carbone, ce dernier sera désavantagé, produira moins, et son concurrent davantage : on n'aura fait que déplacer les émissions », déplore le rapport.
Jusqu'ici l'UE répondait à ce problème via deux solutions. D'une part, l'octroi de quotas gratuits aux acteurs les plus exposés à la concurrence internationale. D'autre part, le lancement en octobre 2023 d'un « mécanisme d'ajustement carbone aux frontières » (MACF), une sorte de « taxe carbone européenne », appliquée aux importations de six secteurs, particulièrement à risque de distorsion de concurrence : le fer et l'acier, le ciment, l'engrais, l'aluminium, l'électricité et l'hydrogène.