L’UE « sur la bonne voie » pour tenir ses objectifs climatiques en 2030

Selon les données de la Commission européenne, l’UE a réduit de 37 % ses émissions depuis 1990.
Yves Herman

Selon les données de la Commission européenne, l’UE a réduit de 37 % ses émissions depuis 1990.
Yves Herman
[Article publié mercredi 28 mai 2025 à 9 h 35, mis à jour à 13 h 17.] « Nous sommes sur la bonne voie. » C'est avec un léger sourire que Teresa Ribera, première vice-présidente de la Commission européenne, a qualifié ce mercredi matin la trajectoire climat de l'Union européenne vers 2030. Lors de ce point presse, elle était accompagnée de Wopke Hoekstra, commissaire européen au Climat et de Dan Jørgensen, commissaire européen à l'Énergie.
Après avoir évalué les plans énergie-climat de la plupart des États membres, Bruxelles table donc désormais sur une baisse de 54 % des émissions européennes de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990. Un chiffre proche de la cible officielle de -55 % visé par l'UE. D'après les données de la Commission, ensemble, les Vingt-Sept auraient réussi à réduire de 37 % leurs émissions depuis 1990, dont 8 % en 2023. Décidé en 2021, l'objectif « Fit for 55 » vers 2030 semble ainsi à portée de main.
« Dans le contexte géopolitique actuel, cela démontre que l'UE maintient le cap sur ses engagements en matière de climat », souligne l'exécutif européen dans son communiqué. « Nous devons maintenant nous appuyer sur cette dynamique », abondait ce matin Wopke Hoekstra. « Il s'agit d'un moment décisif », a-t-il insisté.
Cette bonne dynamique est tirée par un secteur en particulier, celui de l'énergie. L'exécutif européen souligne en effet que la plupart des pays membres se sont alignés sur son objectif d'atteindre une part des énergies renouvelables dans la consommation totale de 42,5 % d'ici 2030. Mais sur ce point, la France fait office de mauvaise élève du point de vue de Bruxelles, même si Paris ne cesse de défendre son énergie nucléaire « décarbonée ».
Nicolas Berghmans, directeur du programme « Nouvelles politiques industrielles » à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), met le curseur sur cet aspect : « Ce point d'étape est encourageant. Mais restons vigilants car le résultat donné par la Commission prend en compte les politiques climat actuelles des États membres, mais aussi celles qui sont prévues, donc pas encore déployées. Il y a donc une marge d'incertitude. »
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Et le chercheur d'ajouter : « Ces dernières années, les secteurs du transport et de l'agriculture ont moins été mobilisés sur l'enjeu climat au niveau de l'UE. L'atteinte de son objectif de décarbonation dépendra beaucoup des efforts faits sur ce point. »
Bruxelles relève toutefois des disparités entre États membres en matière d'initiative de décarbonation. Notamment des difficultés en matière de protection des forêts et de séquestration du carbone. Cette « faiblesse de nos puits de carbone, conséquence de la détérioration de nos forêts, est inquiétante et il faut y remédier au plus vite », indiquait ce matin auprès de l'AFP l'eurodéputé centriste Pascal Canfin (Renew). Tout en saluant la « bonne nouvelle » des estimations globales en 2030.
Par ailleurs, trois pays membres - la Belgique, l'Estonie et la Pologne - sont pointés du doigt pour n'avoir pas encore remis leur plan énergie-climat (Pniec). Ils « doivent le faire sans délai », a exhorté la Commission.
Si l'horizon climat de l'UE vers 2030 semble être sur de bons rails, celui de 2040 semble moins sûr. En effet, les pays membres n'ont, à date, pas réussi à se mettre d'accord sur un objectif de réduction précis de baisse d'émissions. Même s'il y a plus d'un an, la Commission recommandait une baisse de 90 % des émissions de CO2 en 2040 par rapport à 1990. En sachant que l'UE a l'objectif, bien défini lui, d'atteindre la neutralité carbone en 2050.
« C'est absolument crucial que l'UE valide cette nouvelle cible notamment à cause de la COP30 au Brésil, où la voix des Vingt-Sept va être déterminante. Ceci, au regard de la sortie des États-Unis de l'Accord de Paris pour le climat », commente Nicolas Berghmans.
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Interrogé sur le sujet ce matin, Wopke Hoekstra, commissaire européen au Climat, a répondu qu'il était déterminé à ce que l'UE fixe sa cible vers 2040 « avant la trêve estivale ». Face à l'inquiétude de certains experts et ONG quant à un objectif qui serait moins ambitieux, la présidente de la Commission avait assuré début avril que les « objectifs en matière de climat de l'UE restent les mêmes ». Avant d'ajouter : « Nous serons plus flexibles et pragmatiques sur la manière de les atteindre. »
Justement. Nombreux sont les observateurs de la politique climat bruxelloise à se demander qu'entend Ursula von der Leyen par « flexibilité ». Ces dernières semaines, certaines sources médiatiques ont indiqué que la Commission européenne envisagerait des flexibilités dans son mode de calcul de l'objectif 2040. Notamment l'achat de crédits carbone sur les marchés internationaux, ou encore la possibilité d'intégrer dans le calcul les technologies de captages de carbone.
« L'achat de crédits carbone internationaux a été permis par le protocole de Kyoto, en vigueur entre 2008 et 2012. Cette initiative avait été critiquée car les projets verts dans lesquels les pays investissaient n'étaient pas de bonne qualité », rappelle le cadre de l'Iddri. Pour l'expert, si cette possibilité est de nouveau offerte aux pays membres, une vigilance s'imposera de facto.
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Si l'UE est sur une bonne trajectoire climat, l'ensemble de la planète ne peut pas en dire autant. Selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence onusienne, le réchauffement moyen de la planète devrait dépasser de plus de 1,5 °C les niveaux préindustriels sur la période 2025-2029.
Et ce, avec une certitude de 70 %, explique l'OMM dans un rapport publié ce mercredi matin. La Terre devrait donc rester à des niveaux historiques de réchauffement. Ceci, après les deux années les plus chaudes jamais mesurées, 2023 et 2024, et même la décennie la plus chaude, précise le rapport de l'OMM.