Comme il l’a expliqué à une poignée de journalistes en marge d’un événement organisé dans la capitale avec son association Climate Reality, l’ancien vice-président Al Gore, qui participera aussi au sommet SOS Océan dimanche, veut croire que l’actuel président des Etats-Unis n’a qu’un pouvoir limité de ralentir tout progrès en matière de climat.« An inconvenient truth », en Français « une vérité qui dérange ». Parus en 2006, le livre et le film de celui qui fut vice-président de Bill Clinton de 1992 à 2000, à l'origine d'une vaste prise de conscience de l'urgence climatique, sont plus que jamais d'actualité.
Si avant le Kenya, le Brésil à l'occasion de la COP30 en novembre, puis la Mongolie, le prix Nobel de la paix 2007 - ex-aequo avec le GIEC - a choisi Paris pour la session de formation que son association délivre gratuitement dans le monde entier depuis bientôt 25 ans, cela ne doit rien au hasard. Il reste convaincu du rôle fondateur de l'accord adopté il y a dix ans à l'issue de la COP21 : une « feuille de route toujours en vigueur, rassemblant les pays émetteurs de 80% des gaz à effet de serre mondiaux, qui a permis de diminuer d'1°C la température que l'on projetait à l'époque pour 2025. »
Des débouchés réduits pour les énergies fossiles
Et oui, 20 ans après son film, les causes du dérèglement climatique, dont les impacts se sont faits nettement plus visibles depuis, demeurent « une vérité qui dérange » pour les principaux responsables : les acteurs des énergies fossiles. « Plus doués pour capturer les politiques que les émissions », selon l'expression chère à l'ancien vice-président, ils ont décroché le gros lot avec Donald Trump, qui leur déroule le tapis rouge depuis son retour à la Maison Blanche. Et qui, surtout, détricote méticuleusement toutes les réglementations environnementales instaurées par son prédécesseur, et démantèle tous les maillons des sciences et de l'action climatique.
Mais pour Al Gore, cela n'empêche pas les principaux marchés des énergies fossiles d'être condamnés à se replier. Comme il le rappelle, ces énergies sont de moins en moins utilisées pour produire de l'électricité ; d'ailleurs 93% des nouvelles capacités électriques installées en 2024 sont renouvelables. La progression des véhicules électriques, bien que ralentie depuis quelques temps, assèche également leur deuxième marché, celui des transports. Quant à la pétrochimie, dominée par l'industrie du plastique, le réveil récent de l'opinion publique face aux ravages des microparticules devrait aussi la conduire à réduire sa consommation.