Première victime des aléas climatiques, la profession doit impérativement évoluer pour s’adapter. De nouveaux mécanismes rémunèrent des pratiques vertueuses.« Des années 1960 jusqu'aux années 2000, la production de blé a progressé régulièrement d'environ un quintal par an et par hectare, rappelle Vincent Marchal, directeur transition agricole chez Axa Climate, filiale de l'assureur dédiée à l'adaptation climatique. Mais depuis quinze ans, l'évolution est en accordéon, et les mauvaises années, la baisse de production peut être équivalente à la production d'un pays comme le Royaume-Uni. » Dans l'arboriculture, la récolte d'abricots peut être divisée par trois d'une année sur l'autre. « Et comme le démontre la trajectoire de réchauffement de référence pour l'adaptation au changement climatique, on n'est qu'au début du chemin. »
Cette trajectoire, qui sert de base au Plan national d'adaptation climatique, prend pour hypothèse une hausse des températures par rapport à l'ère pré-industrielle de +2,7°C en France en 2050 (elle est déjà de +1,7°C actuellement), et +4°C en 2100. Plus de variabilité des températures et des sécheresses, c'est ce qu'annoncent Philippe Debaeke et Sylvain Pellerin, chercheurs en agronomie à l'INRAe et auteurs d'Agriculture et changement climatique (éditions Quae).
Stockage de carbone
Selon plusieurs enquêtes récentes, l'adaptation au changement climatique est un enjeu vital pour les deux-tiers des agriculteurs, et une proportion similaire estime que les pertes de rendements dues au changement climatique seront supérieures aux investissements nécessaires pour s'y adapter et tenter de le limiter.
Car en l'espèce, l'agriculture n'est pas seulement victime. Si elle représente environ 19% des émissions de gaz à effet de serre françaises (essentiellement en raison du méthane émis par les ruminants et du protoxyde d'azote des engrais), elle constitue aussi un puits de carbone important. Autrement dit, elle contribue au stockage de carbone dans le sol. Mais ces capacités se réduisent à mesure que les sols s'érodent sous l'effet de pratiques agricoles intensives. Les solutions permettant d'optimiser le stockage du carbone par les sols sont connues : (re)planter des haies, éviter de labourer, laisser les sols couverts, pratiquer des cultures intermédiaires, préserver des prairies...