Avec la complicité de la Région Normandie, l'agence de l'environnement lance une expérience pilote auprès de cinq intercommunalités dans l’espoir d’accélérer leur transition énergétique et écologique. Rompant avec la logique des appels à projets, l'Ademe leur propose un accompagnement inédit et cousu main. En cas de succès, la méthode pourrait faire école. Explications.Tous les élus locaux en ont fait l'expérience. Placer en orbite un réseau de chaleur, un programme d'autoconsommation collective, une flotte de bus propres ou un maillage de pistes cyclables relève plus du chemin de croix que du parcours de santé. Embûches techniques, juridiques, réglementaires, économiques... Il peut s'écouler plusieurs paires d'années avant qu'un projet de cet acabit sorte de terre. Même Sylvain Waserman, patron de l'Ademe, est obligé de le reconnaître. « Malgré l'existence de nombreux dispositifs de financement en faveur de la transition territoriale, les temps de mise en œuvre sont beaucoup trop longs en décalage avec l'urgence climatique », constate t-il.
C'est fort de ce constat que l'intéressé vient de lancer, depuis le département de l'Orne, une expérimentation qualifiée « d'inédite » auprès de cinq communauté de communes de taille moyenne (Fécamp, Granville, Bernay, Courseulles-sur-mer et Argentan). Le tout avec la complicité de la Région Normandie qui a inspiré la démarche. Objectif affiché : « accélérer et massifier la mise en œuvre d'actions de transition écologique et énergétique dans les territoires ». Pour y parvenir, l'agence et la collectivité régionale tablent sur une nouveau mode opératoire
Sur mesure versus prêt-à-porter
Exit les appels à projets indifférenciés qui contraignent les élus à des contorsions. Cette fois, les cinq intercommunalités ont carte blanche pour proposer des projets (4 ou 5 pour chacune) pour lesquelles elles bénéficieront d'un soutien sur mesure, à la fois en crédits et en ingénierie, sans qu'aucun taux de subvention soit défini à l'avance. « Les régimes de financement se caleront en fonction des actions. On prend le contrepied de la démarche classique par une approche en pyramide inversée », précise Hervé Morin, président de la Région.
A première vue, ce discours sur la méthode est plutôt bien accueilli par les principaux intéressés. Nicolas Gravelle, président de Bernay Terres de Normandie, salue « le côté ascendant plutôt que descendant ». « Il ne nous faut plus rentrer dans des cases mais ce sont les cases qui vont s'adapter à nos projets », se félicite t-il. Même satisfecit chez Thierry Lefort, son homologue de l'interco Cœur Côte de Nacre dans le Calvados. Lui y voit l'occasion de « se défaire des opportunismes financiers ».