Les agences de notation suscitent la colère des politiques européens

Le déclassement à catégorie « spéculative » de la dette de l'État portugais par l'agence Moody's a provoqué non seulement un record historique de ses taux d'emprunt mais aussi des appels des dirigeants européens à « briser l'oligopole » des trois agences.

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Timing, méthodologie, « comportement contestable » : les critiques fusent de nouveau à l'encontre des agences de notation. Une fois encore, les politiques européens les montrent du doigt, appuyant leur rôle dans la crise de la dette souveraine européenne. Cette fois-ci, c'est Moody's qui a déclenché l'ire en dégradant de quatre crans à «Ba2», mardi soir la note du Portugal tout en lui attribuant une perspective négative. Le pays se retrouve désormais en catégorie spéculative.

Lundi dernier, l'agence concurrente Standard & Poor's avait fortement irrité les responsables européens en indiquant que la solution qu'ils négocient avec les investisseurs privés pour les faire participer à un nouveau plan d'aide pour la Grèce serait considérée comme un défaut du pays.

À propos du Portugal, Moody's considère elle qu'il existe « un risque croissant que le pays soit obligé de recourir à un deuxième plan d'aide avant de pouvoir emprunter sur les marchés». L'agence s'inquiète de la capacité du Portugal à réduire son déficit et stabiliser son endettement, comme convenu dans l'accord trouvé avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI).

La réaction des marchés n'a pas tardé. Alors que la tendance des derniers jours avait été à la détente sur les taux périphériques, le rendement des obligations portugaises à deux ans s'est vivement tendu, s'envolant de plus de 380 points de base à 16,70%. Le taux à dix ans a bondi de 200 points de base franchissant la barre des 13 %. Des niveaux record. De fait, le Portugal, qui procédait mercredi à une émission à 3 mois, a dû consentir des taux plus élevés, de 4,926% après 4,863% lors d'une précédente opération le 15 juin dernier.

Protestation de Lisbonne

Le pays est tout de même parvenu à lever 848 millions d'euros, avec une demande représentant deux fois le montant offert. Les taux des emprunts grecs et irlandais ont aussi souffert. Quant à l'euro, il a cédé du terrain, revenant vers 1,43 dollar, alors qu'il s'était réinstallé au dessus de 1,45. Dès l'annonce de la dégradation opérée par Moody's, Lisbonne a protesté que l'agence ne prenait pas en compte les récentes mesures prises pour réduire son déficit, notamment une nouvelle taxe extraordinaire sur les revenus. Le nouveau Premier ministre, Pedro Passos Coelho, a qualifié, à l'unisson de la classe politique portugaise, de « coup de poing dans l'estomac » la décision de Moody's. La colère n'est cependant pas demeurée confinée à la Péninsule ibérique. Regrettant publiquement la décision de Moody's, le président de la Commission européenne, le Portugais José Manuel Barroso a souligné que les décisions de l'agence «n'ajoutent pas à la clarté et à la transparence» mais au contraire «un élément spéculatif supplémentaire à la situation». L'exécutif allemand, dirigeants du principal bailleur de fonds des pays de la zone euro en difficulté financière comme le Portugal, n'a pas été plus tendre.

Dès mardi la chancelière Angela Merkel appelait à se fier surtout «à notre propre capacité de jugement», soit plutôt les estimations de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne (BCE) et du FMI qu'aux trois agences de notation. Son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a lui été plus explicite: «nous devons briser l'oligopole des agences de notation». Depuis des mois la Commission planche sur la création d'une agence européenne de notation pouvant concurrencer les trois agences leaders actuelles basées aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Mais si cette agence européenne devait être à fonds publics elle serait en net conflit d'intérêt si elle notait la solvabilité des États-membres de la zone euro...

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