C'est une ligne de fracture qui traverse la communauté des inventeurs d'avenirs : d'un côté, le vaste peloton des rêveurs, comme l'Américain Frank Herbert (Dune) ou le Français Pierre Bordage (Les Guerriers du silence), qui traitent nos désirs de voyages spatiaux comme des réalités et s'affranchissent des limites de la science en deux coups d'imaginaire. Cette science-fiction-là repose sur la poésie, l'aventure, et la capacité du lecteur à suspendre son incrédulité le temps de sa lecture. À l'autre bout du spectre, il existe une science-fiction plus scrupuleuse, baptisée hard science, qui respecte au contraire les lois de la physique telles que nous les connaissons et s'appuie sur des technologies existantes ou pointant à notre horizon.
Une littérature plus ardue, mais souvent d'une troublante crédibilité. L'énorme trilogie du Problème à trois corps, du Chinois Liu Cixin, récemment adaptée par Netflix, en est un parfait échantillon. Tentons de résumer l'intrigue, à couper le souffle pour peu qu'on ne soit pas trop sensible aux migraines. En 1967, en Chine, pendant la Révolution culturelle, la jeune Ye Wenjie assiste au martyre de son père, physicien sommé d'abjurer la théorie de la relativité d'Einstein, jugée bourgeoise et antidialectique. Des années plus tard, cette jeune fille, également scientifique, se voit contrainte de travailler dans un complexe militaro-industriel ultra-secret où l'on développe des armes antisatellites et où l'on envoie surtout des signaux dans le cosmos (si les extraterrestres existent, il serait bon que la Chine en profite la première !).