« Quand je retourne là-haut, dans le Val de Sambre, les gens me regardent. Ils savent ce que j'ai subi, ils me reconnaissent. Ce sont des regards compatissants mais personne n'ose venir me parler. Avec ma famille non plus on n'en parle pas, c'est resté un sujet tabou. » Mélanie a 40 ans, elle vit aujourd'hui près de Lyon, loin d'Aulnoye-Aymeries, là où elle a grandi. Là aussi où, un matin de janvier 1997, elle a croisé la route de Dino Scala, surnommé « le violeur de la Sambre ». Elle avait 14 ans, il l'a agressée sexuellement dans la rue, sur le chemin du collège. « J'ai laissé ma confiance en moi sur le trottoir ce matin-là, racontet-elle. Je ne l'ai jamais retrouvée depuis. » Vingt-six ans plus tard, Mélanie dort avec la lumière et la radio allumées, toujours, un couteau sous l'oreiller, parfois. En avril, cette mère de deux jeunes enfants a fait une tentative de suicide. Quelques mois plus tard, elle va mieux, elle se reconstruit.
Mélanie est l'une des 54 victimes des viols, tentatives de viols et agressions sexuelles commis entre 1988 et 2018 par Dino Scala, condamné en 2022 à vingt ans de prison. Mais cinq ans après l'arrestation du violeur de la Sambre, son ombre plane toujours sur la région. À Aulnoye-Aymeries, le commissariat vétuste où, comme tant d'autres victimes avant elle et après elle, Mélanie avait déposé plainte ce matin de janvier 1997 n'a pas bougé. Seuls les barreaux aux fenêtres et le vieil écriteau « Police » indiquent qu'il ne s'agit pas d'une maison de ville en mauvais état. Pourtant, quelques mois après la capture de Scala, Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur, était venu annoncer la construction d'un nouveau commissariat, comme un nouveau départ pour des effectifs qui n'avaient pas réussi à attraper le violeur trois décennies durant. Le bâtiment aurait dû être inauguré en septembre mais, comme un symbole, un champignon est venu attaquer la charpente du toit. La livraison est reportée sine die. Le déménagement du « commissariat le plus triste de France », dixit le maire dans La Voix du Nord, attendra.