Notre sélection scènes de la semaine
ARMELLE HÉLIOT
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Pour » La Tribune Dimanche », Armelle Héliot est allée au théâtre... Revue.
LTD/Vincent PONTET
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Pour » La Tribune Dimanche », Armelle Héliot est allée au théâtre... Revue.
LTD/Vincent PONTET
Tout commence dans le noir. Un noir profond, un noir de chambre à coucher conjugale dans un appartement communautaire de la Russie des années 1920-1930. Il a faim. Sémione (Jérémy Lopez) a faim. Il demande à son épouse Macha (Adeline d'Hermy) s'il reste du saucisson. Il a un petit creux, le chômeur. Rien de bien grave, sauf que l'incident réveille toute la maison, sinon toute la ville. Sémione ne trouve son salut que dans la fuite. Par suite d'une mauvaise interprétation de son comportement, on croit qu'il est saisi d'un désespoir profond et qu'il a l'intention de se suicider... La course, loufoque, commence et ne s'arrêtera que deux heures plus tard, dans un désordre de carnaval très coloré.
Le Suicidé (parfois traduit Le Suicidaire) est une œuvre formidable par ce qu'elle dit de son époque et par ce que l'on peut y lire de notre temps. Un grand classique, en quelque sorte. Le brûlot se dissimule derrière les scènes farcesques, désopilantes. Né en 1900 à Moscou, Nikolaï Erdman manie un art à la Molière. Il n'a pas besoin de démonstration. Il se contente de l'humain. Il ne craint ni le grotesque, ni le pathétique, ni l'absurde, ni la démesure. Il offre aux interprètes des partitions magnifiques.
Composée en 1928, la pièce est travaillée dès l'année suivante par Meyerhold et Stanislavski. Mais en 1932 elle est interdite, et en 1933 Erdman est condamné à l'exil en Sibérie. S'il en revient un jour, il ne reviendra jamais à lui-même et mourra en 1970 avant que Le Suicidé voie le jour sur scène.
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Il faudra onze ans pour que la pièce soit montée à Moscou, un an après son apparition sur Broadway en 1980. En France, c'est Jean-Pierre Vincent qui la crée en 1984 à l'Odéon, avec la troupe de la Comédie-Française. Depuis on a vu d'autres versions : Patrick Pineau, Jean Bellorini avec François Deblock dans le rôle-titre. Chaque fois, soulignons-le, des spectacles épatants. C'est qu'il y a dans l'œuvre de Nikolaï Erdman une puissance dramatique époustouflante. Une puissance comique dans un univers déglingué où chacun se doit de bricoler, s'il ne s'est pas remis entre les mains du pouvoir.
ARMELLE HÉLIOT
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