En 1981, Yourcenar est au faîte de sa reconnaissance et fraîchement élue à l'Académie française. Mais ça n'a pas l'air de l'émouvoir plus que ça. Et pour cause : elle vient de tomber amoureuse. Elle a 78 ans et lui 31. Il s'appelle Jerry Wilson. Rappelons qu'avant cela Yourcenar avait vécu avec Grace Frick (enseignante américaine qui fut aussi sa traductrice) pendant quatre décennies sur l'île des Monts Déserts. Aux premières pages de l'envoûtant roman de Christophe Bigot, Grace se meurt. Enfin, elle est « objectivement mourante, mais increvable » et n'a plus de vitalité que dans les « flèches venimeuses qu'elle lance à tout instant ».
C'est dans ce crépuscule tendu que débarque Jerry, photographe de son état. Ce beau blond, gay, fascine Yourcenar : « Regard clair et un peu mort », intensément présent et pourtant silencieux ; un pâtre tout droit sorti du Satyricon mais en blouson de cuir. Grace disparue, n'obéissant à rien de convenu, ces deux-là vont inventer une forme d'amour tempétueuse sur laquelle le VIH viendra jeter une ombre funeste. Si on connaissait la Marguerite Duras amourachée de Yann Andréa, on ignorait tout de Yourcenar et Wilson. Le culot du geste littéraire de Christophe Bigot n'a eu d'égal que son exigence.
Un autre m'attend ailleurs est publié aux éditions La Martinière à 20 euros.