Rentrée littéraire : le diable et la longue cuillère d’Albert Speer
La « reconnaissance préalable de culpabilité » de l’architecte chéri du IIIe Reich mérite-t‑elle la rédemption ? Jean-Noël Orengo pose la question.
Olivier Mony
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Jean-Noël Orengo se penche sur le cas Albert Speer dans « Vous êtes l'amour malheureux du Führer », publié aux éditions Grasset.
LTD/Jean-Francois Paga/opale.photo
« Les enfants jouent aux soldats [...], les enfants écrasent les fourmis et torturent les mouches [...], les adultes descendent à la cave ou montent au grenier pour reproduire des batailles, des trains électriques et leur réseau ferroviaire, des avions de combat et des navires de guerre, et le guide a des yeux arrondis de gosse enragé quand il parle des Juifs et des yeux arrondis de gosse ébloui lorsqu'il observe et fait visiter chaque recoin de son avenue des merveilles brillamment éclairée par un projecteur simulant la course du soleil. »
Le soleil même la nuit, même dans l'atroce nuit noire du nazisme. Qui brûle les yeux de ceux qui ne savent plus regarder que leur cauchemar, devenu celui de l'humanité entière. Depuis qu'un jour (quand était-ce ? Avant ou après le déclenchement de la guerre, du massacre ? Peu importe) un officier SS dit à Albert Speer, le maître des élégances architecturales du Reich, « vous êtes l'amour malheureux du Führer », celui-ci sait qu'il dansera à jamais par le fait du « guide » sur une corde tendue au-dessus de l'abîme de ses ambitions, d'une folie partagée.
Photo d'illustration (Crédits : LTD)
Dans son nouveau roman Vous êtes l'amour malheureux du Führer, Jean-Noël Orengo explore l'un des plus grands mensonges de l'Histoire.
« C'est une remarque géniale, vulgaire, fardée, digne d'un spectacle de cabaret berlinois, ou d'une œuvre tardive de Luchino Visconti », écrit Jean-Noël Orengo qui, avec Vous êtes l'amour malheureux du Führer, offre l'un des livres les plus ambitieux, les plus graves et les plus troublants de cette rentrée littéraire (justement remarqué par les jurés Goncourt qui l'ont intégré à leur première sélection).